02 avril, 2008

Princes de la ville, rois des charts

Qu'est-ce que du rap commercial ? La question a longtemps fait débat dans les halls et déclenche toujours la polémique sur la toile, encore plus à l'heure où écrire au Tip-Ex son nom sur ses lunettes de peur de se perdre et danser comme un autiste se balançant de gauche à droite (surtout à droite, libéralisme oblige) permet de vendre des sonneries de téléphone par centaines de milliers. Mais pourquoi les djeunes téléchargent massivement des chansons sur leur téléphone !? Décidément j'me fais vieux.... Bref, dernièrement on m'a demandé si j'allais écrire des articles sur des albums plus récents (Yo Arno ! Un p'tit CDI pour moi chez Rap Mag ?). Genre 1999 - 2000 ? Non non, genre 2006 - 2007. Faut pas déconner non plus ! 1999 c'est déjà un bel effort vous trouvez pas ?





113 "Les princes de la ville" (1999)
Alariana / Double H

  1. Intro
  2. Ouais Gros
  3. 1001 nuits (feat. Big Red)
  4. Tonton des îles
  5. Les regrets restent (feat. Boss1 du 3° Oeil)
  6. Hold-up (feat. Intouchable)
  7. Reservoir drogue
  8. Jackpotes 2000
  9. Face à la police (feat. Faya Dem)
  10. Tonton du bled
  11. Main dans la main (feat. 113 Clan)
  12. Sans retour
  13. Les princes de la ville



Mais le but d'un CD n'est-il pas d'être commercialisé après tout ? Autrement dit, chaque CD serait commercial ? Ou plutôt commercialisable ? Merde c'est compliqué la vie d'internaute, les questions se font existentielles... Bref laissons ce maudit débat ici, comme diraient nos cousins d'Amérique, et revenons à ce qui vous intéresse réellement : ma vie et ses péripéties... Si j'introduis cette œuvre de la sorte (en mode Sartre), c'est qu'il est à la mode de chier sur les albums qui rencontrent un succès, même mérité. Pourtant quand cet opus est sorti en 99 (ou peut-être début 2000 ma mémoire me fait défaut) il a réussit à mettre tout le monde d'accord. Presque tout le monde en tout cas... Moi à l'époque j'étais à mi-temps au lycée technique Laplace et dans ma classe j'avais un pote dont la mère vivait à Thiais juste à côté de Choisy. Le vendredi, dès qu'on avait la possibilité de le faire, on sautait dans le train direction le Val-de-Marne. Forcément l'écoute de l'album n'avait pas la même saveur là-bas que chez moi, même si la France entière a subi la vague vitryote. Après avoir réalisé un "truc de fou" en passant en heavy-rotation sur les ondes de Skyrock l'année précédente en compagnie d'un ancien de la ville et membre des TSC, Doudou Masta, les 3 "gros" décident de revenir "braquer la banque sans faire toc-toc". Serait-ce bel est bien une banque ou l'industrie musicale la victime de ce braquage ?



Car à y regarder de plus près "Les princes de la ville" peut s'apparenter à une usine à tubes ! D'abord "Ouais gros", morceau un brin électro signé encore et toujours par le grand DJ Mehdi, avec sa boucle ultra accrocheuse volée au Kraftwerk qu'Afrika Bambaataa avait déjà "emprunté" pour l'un des premiers titres de l'histoire du rap : "Planet rock". Gros : expression désignant un ami popularisée par le 113 (cf. le dico de ton quartier).
"Hold-up" donc... Autant la FF bof bof, autant Pone a toujours fait des prods excellentes ! Un single improbable quand on y pense, une histoire à base de guns, de saucissonnage et de course poursuite. Mais rien est impossible pour la Mafia K'1-Fry. Ideal J, Manu Key ou encore Rohff nous l'ont également prouvé avec des titres phares tranchant avec les niaiseries radiophoniques qu'on avait l'habitude d'entendre ("ouvre les yeux, je t'emmène en voyage dans les nuages...").
"Jackpotes 2000" ensuite. Ahhh là on touche un point sensible ! Le rap français peut-il faire bouger des culs en club ? Hé bah ouais gros ! Qu'est-ce que c'était bon de taper des petits pas de danse sur ce morceau... Funky à souhait et, il faut dire ce qui est, aussi kitch que le retour de la roue de la fortune sur TF1 !
Titre super léger à l'image d'un "Tonton du bled" qui l'air de rien rentrera dans le crane de chacun d'entre nous pour y resté scotché pendant encore quelques années. C'était pas évident d'arriver avec cette boucle orientale mais Rim-K avait décidé de se faire plaisir pour son solo. Les origines ont toujours eu une place importante dans la musique de ce groupe. On retrouve d'ailleurs A.P. avec un "Tonton des îles" bien en-dessous de la qualité du titre de l'autre tonton mais néanmoins sympathique a écouter, surtout pour tous ceux qui comme moi ont connu les chaleurs tropicales des Antilles (pawol a ti mal hein Nico ?).
Et enfin le titre éponyme, gros hymne à la jeunesse des cités françaises. Déjà que Rim-K et A.P. ne sont pas vraiment reconnus pour rapper dans les temps, cette prod rapide de Mehdi s'inspirant du titre de Curtis Mayfield "Make me believe in you" n'arrange pas grand chose... Mais on s'en balance ! On écoute pas 113 pour la technique du flow, ni même pour leurs talents d'écriture, mais parce que de leur rap se dégage un côté "vrai", sincère avec eux-mêmes et avec leur public. Et quoi que les mauvais langues racontent, ils ont gardé cet état d'esprit 10 ans après leurs débuts discographiques.



Alors bien sûr y avait les "tubes", mais aussi d'autres morceaux tout aussi intéressant tels que "1001 nuits" avec Big Red en invité de luxe : en règle générale, inviter un Raggasonic sur une chanson est souvent gage de qualité, à l'époque tout du moins... Bon c'est vrai je repense surtout à Daddy Mory avec l'autre kainfry Kery james sur le splendide "Evitez". "Reservoir drogue" avec une seconde prod de Pone qui permet à travers sa MPC de faire briller Marseille sur cet album, contrairement à Boss One... Mais 3° Oeil ça n'a jamais vraiment était génial... Le rap Marseillais n'est, en général, pas génial ? C'est pas moi qui l'ai dis... "Face à la police" avec Faya Dem ou encore le titre en réunion avec le 113 Clan "Main dans la main".



Disons le clairement et n'ayons pas peur des mots, l'album tue, c'est tout ! Et c'est surtout dû au travail de DJ Mehdi qui, en cette fin de millénaire apocalyptique à base de piano/violon, nous apporta sur un plateau d'argent (ou plutôt de platine) cet album extra-terrestre gorgé d'influences électro et de ce fait bien en avance sur les autres. Evidemment le charisme des 3 rappeurs n'y est pas pour rien non plus. Grâce à ce disque, le 113 peut se vanter de faire parti de ces (trop) rares artistes de musique dit "urbaine" à avoir sorti un jour un disque populaire au sens noble du terme. Le genre de cd que tout le monde peut écouter en y trouvant son bonheur ! Malheureusement, "Les princes de la ville" n'aura jamais de digne successeur dans la discographie de Karim, Yohann & Mokobé. Peut-être que la 504 break chargée de 2 victoires de la musique amplement méritées sur le plateau d'un Michel Druker toujours aussi has-been, était devenu trop lourde pour rouler correctement sur l'autoroute du sans faute. Ou peut-être n'auraient-ils pas dû oublier le petit Mehdi sur une air de repos...

26 mars, 2008

Tant pis pour ta mère v'la le Ministère

Ministère A.M.E.R. "95200" (1994)
MAM Production / Musidisc
1. Prélude Au Réveil (feat. Hamed Daye)
2. Plus Vite Que Les Balles
3. Un Eté A La Cité
4. Brigitte Femme 2... (feat. Kay-Cee)
5. Les Rates Aiment Les Lascars (feat. Assia)
6. Paradis (feat. Kay-Cee)
7. J'ai Fait Un Rêve
8. Autopsie (feat. Doc Gynéco)
9. Flirt Avec Le Meurtre
10. Les Cloches Du Diable (feat. Hamed Daye)
11. Chap II Acte 20
12. Pas Venu En Touriste (feat. Hamed Daye)
13. Nègres De La Pègre (feat. Kay-Cee)
Si je devais ne garder qu'un album de rap français, je crois que c'est pour "95200" que j'opterais (ouais "Conçu Pour Durer" de La Cliqua est un EP... quoi je triche ?). Deuxième album des Sarcellois après un "Pourquoi Tant De Haine ?" (en 1992) surtout reconnu pour le bordel provoqué par le provocateur "Brigitte Femme De Flic" et son propos résolument black-pro que pour ses qualités musicales (quoique rien que pour Moda...), malgré des morceaux réussis. Après avoir débuté aux côtés de Moda, parti depuis faire des disques avec Dan (du magasin Tikaret), Passi et Stomy ont continué leur petit bonhomme de chemin discrètement, ne se mélangeant pas au reste de leurs collègues (à part un titre - solo de Stomy d'ailleurs, avec Kenzy en renfort - sur la "BO" de La Haine).

Ministère AMER à cette époque, c'est la synthèse made in France de ce qui s'est fait de mieux ces dernières années outre-Atlantique : le côté gangsta de NWA (comment ne pas faire le rapprochement entre "100 Miles And Running" et "Cours Plus Vite Que Les Balles"), le militantisme black-pro de Public Enemy et la provoc' d'un Ice Cube ("Black Corea" trouve un certain écho dans "J'ai Fait Un Rêve"). Un petit extrait d'American Me ("Autopsie"), des gros samples funk que ne renierait pas DJ Slip de CMW (qui en a toujours une bonne dans sa poche... kangourou), on aurait pu plonger dans la pâle copie des Ricains...

Mais non, "95200" est un vrai album bien français, bien franchouillard même. L'interlude de "Un Eté A La Cité" et son florilège de noms d'oiseaux (écouter ça à 14 ans est limite éjaculatoire, en boucle à fond dans la maison, la daronne qui commence à s'inquiéter en entendant "T'as 70 ans tu pleures, tu pleures comme ta fille quand j'l'ai dépucelée la salope"...) sent bon la France de Julien Courbet, les références aux camés des grands boulevards, au RER, aux politiciens de l'époque (dont certains sévissent toujours, un petit furieux devenu aujourd'hui malheureusement calife à la place du calife), au racisme, les bruits et les odeurs, la flambe... Pas de doute : on est en banlieue.
"95200" est le premier grand disque de rap sur la banlieue, sur la cité et quoi que nos auditeurs de "rap de tess" puissent en dire aujourd'hui, les deux énergumènes qu'on a vu sur scène avec Johnny Halliday ("Hiiiiip Hoooooooop !!! Hiiiiip Hooooooop !!!") ont ouvert la voie à pas mal de monde. Rien que pour ça, cet album fait partie des disques majeurs du rap français, et peu importe que Passi ait échangé son flow contre un flaire de businessman et un siège de jury à la Star Ac', et que Stomy ait (entre autre) joué le débile léger dans "3 Zéro" : ils ont fait ce disque.

Chose surprenante, pas de réel crédit niveau production. C'est bien con de pas avoir exactement qui produit quoi parce que 14 ans après, ça reste super solide et sérieux. On navigue entre agressivité minimaliste et prods soul-funk imparables, en se payant le luxe de rester cohérent en étant pourtant assez versatile. Je suis toujours surpris qu'on minimise la qualité de la production de cet album ni l'exception musicale qu'il a été.
Remplacer un beat par un bruit de culasse de flingue et de coup de feu ("Plus Vite Que Les Balles"), balancer un solo de guitare électrique complètement furieux sur plus de 6 minutes ("Je Flirt Avec Le Meurtre") ou poser "Un Eté A La Cité" sans réel beat (à une époque où on sortait tout juste de la surproduction rythmique), c'était et ça reste quelque chose d'assez inédit.

A chaque fois que je tombe sur un morceau de Passi ces dernières années, je me demande comment il a pu en arriver là. Je critique pas forcément ses démarches marketing ni ses choix musicaux (encore qu'il y aurait surement à dire) mais plus le fossé qui sépare son flow aujourd'hui (encore plus prévisible que celui de Sinik) et celui qu'il pouvait poser en 1994. Ok, ça n'a jamais été un Daddy Lord C, ni un Ill, ni même un MC de première zone mais au moins, malgré ses approximations, on avait un mec avec un minimum de présence et dont les couplets se suivaient sans se ressembler. Le minimum syndical me direz-vous...
Quant à Missile Mysto, c'était la fraîcheur, l'absence de calcul par nature. Il réussissait un exercice qui parait surhumain aujourd'hui (ouais je sais, je fais dans le cabrelisme encore plus que d'habitude) : réussir à allier envie et discours. Y a pas tortiller du cul pour chier droit, un mec qui prend son pied au micro c'est quand même nettement plus sympa à écouter que n'importe quel tanche qui prend une posture [choisir la mention utile : caillera, sensible, politique, rigolo, gangster, décalé, bandana, intello, acoustique, fashion, dirty south, g-funk, crunk, fluo - liste non-exhaustive]. Gilles Duarte n'a jamais été un grand lyriciste mais il avait suffisamment de bonnes idées pour compenser cet état de fait : pas de complexes, pas de pression de la part du microcosme hiphopcryte et du coup, des tentatives. Qu'est-ce que ça me manque des mecs qui tentent des choses.

C'est d'ailleurs marrant de voir que ces mêmes mecs qui osaient prendre des risques aussi bien au niveau fond que forme sont devenus ceux qui sont à l'origine de l'uniformisation du rap quelques années plus tard avec le Secteur Ä. En présentant au rap un modèle économique indépendant et rentable, Kenzy et ses acolytes ont ouvert la boite de Pandore. On peut désormais gagner de l'argent, beaucoup d'argent (fantasmé ou réel) grâce au rap et du coup, l'argent remplace le plaisir. Une évolution classique au regard de l'Histoire de la musique mais qui n'en est pas moins à chaque fois un crève-cœur.

14 ans après ma première écoute de "95200", je continue de me faire complètement absorber par l'univers de Stomy B. et Passi, je redécouvre à chaque fois l'album, appréciant un nouveau détail à chaque fois, me marrant de leur irrévérence, profitant de l'immersion dans leur univers (vocabulaire, humour - ah ce fameux interlude caché de "Les Rates Aiment Les Lascars"-, revendications...). Et qu'ils se gardent bien de refaire un album, parce qu'on serait bien tenté de leur dire "Euh coupez là... Y a eu un Larsen ?". D'autres semblent tenter le come back mais qu'ils se gardent bien de retourner en studio ensemble même si leur somme a toujours été nettement supérieure à leur valeur individuelle. Un nouveau Ministère ? Non merci, je n'ai plus foi en la politique...

13 mars, 2008

Lorsque la nuit tombe sur Panaaaam'...


Tout Simplement Noir "Dans Paris Nocturne..." (1995)
Panam' Production / Night & Day


  1. Intro : La Bombe Noire
  2. Tout Simplement Noir
  3. "Négro Parigo"
  4. Je Suis Comme Je Suis !
  5. La Justice
  6. Relax...
  7. J'Suis "F"
  8. Goutamafonkybite
  9. Rien De Bon Sur La F.M.
  10. + Fort
  11. Le Peuple Noir
  12. Paris Nocturne...
  13. O.P.I.2.Flics
  14. A Propos De Tass
  15. C' La Tuff



1995, flash spécial : "Mesdames et Messieurs nous venons d'apprendre que le sommeil de la capitale est dérangé par les aboiements incessants d'une meute de chiennes de garde. La faute à 3 négros parigos portant les noms de Parano Refré, J'L-Tismé & MC Bees. Nous savons de source sûre que ces troubles risquent de perturber le reste de la France...". Voilà à quoi aurait pu ressembler l'ouverture du journal de 20h par PPDA si l'autre frustrée d'Isabelle Alonzo avait mit la main sur ce CD...


A ma connaissance elle n'a jamais dû l'écouter (on l'aurait entendu aboyer j'vous dis) et je n'ai pas découvert cet album via le journal de TF1. Ni même en 95 d'ailleurs. En train, seulement 2h me séparait de Panaaaaaaam (désolé j'étais obligé... syndrome G(angsta) De La Tourette), mais faut croire que certains skeuds ne possédaient pas de carte 12-25 ans...
J'ai écouté "Dans Paris Nocturne" pour la première fois en 96 il me semble. C'était un pote à moi qu'avait piqué la k7 de son grand frère pour la ramener au collège, il faisait souvent ça. C'est d'ailleurs grâce à ces k7 volées que j'ai découvert "3 x Plus Efficace" . Et cette année, ces 2 là m'ont coutées une fortune en piles LR6 ! Mon pote se prennait souvent des branlées par son aîné à cause de ça, moi aussi d'ailleurs. Surtout pour cette k7 de TSN. D'après lui on était trop jeune, c'était un truc pour les grands... Mon cul ouais ! Moi aussi je regardais Sexy Zap (Tchi-tchaaa) et Tabatha Cash me filait la trique ! J'avais le droit... Non non... J'étais obligé même, d'écouter TSN. Je me suis vengé en achetant le CD : Va te faire foutre avec ta bande magnétique qui saute tout l'temps vieux con !


Au revoir le rap mélancolique de la grosse pomme, sur leurs tables de chevet, les disques estampillés Def Jam étaient balayés par ceux de Ruthless Records ou encore Death Row. L'influence Californienne est bien là ! Les "bitches" laissent place aux "tass", les "niggaz" aux "négros parigos" et les "G'z" aux "cailleras". Sans compter les 2 3 sirènes qu'on entendait par-ci par-là. "Plus fort que la bombe atomique, la bombe nucléaire ou la bombe à neutrons... La bombe noire !", et c'est vrai que c'était fort putain ! Une sorte de Ministere Ämer version Parisienne avec une touche de perversion à la Luke Skyywalker ou Too $hort. Car il est clair que le thème de prédilection de TSN était le sexe, et sous toutes ces formes ! Ou plutôt dans toutes les positions ! Sur combien de titres parlent-ils de cul ? Plus facile de compter ceux où ils n'en parlent pas ! Le summun étant atteint avec les titres "Goutamafonkybite" qui commence par l'introdutcion d'une jeune chatte dans une cage de chiens affamés, mais surtout avec "A Propos De Tass" samplant "Belles! Belles! Belles!" de la cocluche des Français Claude François. Haha la manière dont ce morceau démarre me fera éternellement marrer ! Dès que j'entends ce titre de Cloclo commencer dans des émissions de télé ou autres, je ne peux m'empêcher de le prolonger d'un énorme : "des tasspés des tasspés" !! J'pense pas être le seul dans ce cas si ? Ce titre c'est un pur instant de bonheur, et son interlude qui suit n'en est pas moins joussive ! Une anecdote comme on les aime avec une morale qui dressera plus d'un poil de chatte : "qu'elles soient blondes, brunes, rousses : elles sont toutes des tasspés"... Sauf nos mères bien sûr !


"Maiiiis, y a pas que le cul dans la vie !" répondront mesdames... C'est vrai, y a la fonsdé aussi ! Quand ça se passe comme dans "C' La Tuff" c'est cool, mais çà l'est déjà moins lorsqu'on se retrouve à gerber à genoux devant les chiottes après s'être fait passer un savon par la daronne ! On a tous connu ces soirées coupes-gorges où y en a un dans la bande qui, trop "F", se retrouve à foutre la merde et surtout NOUS fout dans la merde. Hé bah ce mec a ici le droit à son histoire en guise de single ! Obsédés par les tass, la défonce, les fêtes et le frique... Mais après tout, "ils sont comme ils sont". Ce qui ne les empêche pas d'aborder des thèmes plus sociaux tels que la justice malheureusement pas toujours juste mais résolument west (pas la justice hein, le son), la police avec ce morceau que n'aurait pas renié Eric Wright, se terminant par une outro toujours aussi délirante (ze TSN touch !), sans oublier la négritude. D'ailleurs si mes souvenirs sont bons, leurs affiches promo montraient le "nègre" emblême de la marque Banania, entouré d'un cercle rouge barré (pas loin de Kéry sur mon mur aussi). Le nom du groupe également : Tout Simplement Noir... Et quoi de plus ?


Ecoutez "Négro Parigo" ou encore "Le Peuple Noir" et vous comprendrez qu'ils sont bien fiers de leur couleur. A ce sujet je vais vous raconter une petite anecdote qui me vient de J'L-Tismé, ça fait ça : "c'était un soir je rentrais tranquillement de chez un pote..." Nooon pas celle-ci bande de vicelards ! C'était durant la tournée de l'album, leur manager leur avait booké quelques dates en Allemagne. Un soir ils se sont retrouvés pour faire un concert dans un club plein à craquer de skins ! 2 3 bouteilles cachées derrière les platines de DJ Guetifa pour se défendre au cas où, et ils commencèrent leur show se demandant quand l'attaque surgirait. Et en fait non, les skins allemands ça aiment le rap parisien, surtout quand ça se fait insulter dans les morceaux. C'est con un faf aussi... Y en a même un qu'est monté sur scène pour interpréter un "slam du 3° Reich" ! Ils sortirent tous saints et saufs, à vive allure quand même (on sait jamais), sautèrent dans la gova direction le prochain club pour un deuxième show... et là pas de bol, un repère de skins ! Le sort s'acharne. Mais ce coup-ci ils étaient trop occupés à jouer au billard et surtout moins nombreux.


"Ils terminèrent leurs jours heureux et eurent pleins de tasspés"... L'histoire aurait pu se finir ainsi, mais pendant la promo de leur second album, "Le Mal De La nuit", MC Bees quitta le groupe. Malgré çà, on attend désespéremment le 3ème album qui verra bel et bien voir le jour d'après mes infos ! Moi depuis, j'ai arreté de fréquenter des tass pour me foutre en couple et me retrouver du coup dans un appart' avec des bougies partout et des photos remplaçant mes affiches de TSN... Pas très caillera tout çà, mais que voulez-vous, on s'fait vieux...

(à noter que le CD comporte en fait 18 plages et non 15)

29 février, 2008

La famille s'agrandit, puis mourra...

Bien avant de tomber dans la marmite du rap, pour moi Boulogne-Billancourt c'était la ville à laquelle adresser ses lettres au club Dorothée. Perso j'l'ai jamais fait (c'est vrai merde lâchez-moi !) mais si le jour de son anniv' on voulait voir son nom défiler au générique de fin, c'est là qu'il fallait écrire. Ou plutôt s'inscrire moyennant quelques biftons il me semble, cette Dorothée perdait pas le nord ! C'est sans doute par frustration de ne jamais y avoir lu mon blaze que je me suis intéressé au "côté obscur" de cette ville des Hauts de Seine, faudrait que j'en parle à mon psy tiens...


Beat 2 Boul "Dans La Sono" (1997)
Beat 2 Boul / Socadisc


  1. Beat 2 Boul - Dans La Sono
  2. Mo'Vez Lang - Original Futur Style
  3. Malekal - Catch A L'arrière
  4. Lagonz Viv & Melopheelo - Paranoïa
  5. Sir Doum's - Je Lutte En Rimant
  6. Zoxea & Less' Du Neuf - Pas Assez Pour Le Futur
  7. Les Sages Poètes De La Rue - Va Tèj' Ton Gun


Pas si obscur que ça d'ailleurs. Tu voulais St Denis comme capitale du rap ? T'auras Boubou. Et si tu kiffes pas t'écoutes quand même et puis c'est tout ! Un vrai vivier de MC's. Rarement une ville de banlieue aura enfanté autant de rappeurs (connus entendons-nous bien, tes cousins qui rappent dans leurs chambres ne comptent pas) au mètre carré. Egalité avec Vitry ouais. Encore aujourd'hui parmi les "gros vendeurs" se trouvent 2 représentants de cette école : Booba & L.I.M. Tous deux ont plusieurs points communs : avoir eu Egosyst comme initiateur à l'art du MCing entre autre mais également le B2B. Le premier d'abord, qu'on ne présente plus. Autant de disques d'or au mur que de tatouages sur le corps. Le jeune Elie commença comme danseur pour Less' Du Neuf (hé oui à l'époque Less Du Neuf faisaient apparement danser !) puis pour le Coup D'Etat Phonik avant que Guégué ne le fasse entrer dans La Cliqua de manière plus ou moins officieuse. Une embrouille avec le Dad' plus tard, le voilà dans l'équipe du cousin de son mentor : Zoxea. Encore une fois ça n'a pas donné grand chose, une apparition sur un maxi des Sages et un album de Lunatic enregisté qui ne verra jamais le jour (on y croit encore ?). Le second maintenant. Son histoire avec Mo'vez Lang au sein du label des Poètes fût plus fructueuse : "poison juvénile" sur la compile à Jimmy Jay, des apparitions sur les 2 minis albums du crew et l'album "Héritiers De La Rue". Ce qui frappe à l'écoute du titre "Original Futur Style" c'est que dans le fond, le discours n'a jamais vraiment changé. Bien sûr l'ambiance est plus "relaxe" que ce qu'on entend maintenant de leur part, mais ils ont toujours été des p'tites racailles ! L.I.M. se démarquait déjà de ses camardes Cens Nino, Boulox Force, Kaiser & Furax de par sa voix rocailleuse perchée dans les aiguës et ses petits refrains chantonnés. Y a pas à dire ça avait de la gueule quand même, c'était "original" comme le précise le titre. C'était ce qui faisait la force des rappeurs d'antant...


En parlant d'originalité, la voix de Mala se place ici ! Tout l'inverse du p'tit salim, dans les graves. Malekal Morte... C'est quand même bizarre qu'ils n'aient pas quitté le navire avec Lunatic tiens. Eux qui ont toujours suivi Booba que ce soit chez J-P Seck (L.I.M aussi d'ailleurs officieusement) ou plus récemment 92I (merde L.I.M. aussi y était un temps je crois bien non ?) ou maintenant au sein de Tallac. Ben non, les mecs ont été fidèles jusque "Dans La Sono" en 2000. Et tant mieux pour nous, parce que quand Mala arrive avec un délire un peu fou c'est quand même mortel à écouter ! Le mec n'a même pas eu le temps de voir son titre dans les bacs qu'il attérissait en zonz (cf. les dédicasses). A cause du "célèbre braquage de taxi" avec B20 d'après mon pote Kiki. 10 piges qu'on attend l'album du bonhomme.


Dans la série découverte... Parce que c'est vrai que c'était avant tout ça le Beat 2 Boul, un moyen pour Les Sages de nous faire découvrir les nombreux talents qui arpentaient les rues de leur ville chérie. Je disais donc (la vache, v'là qu'j'me coupe la parole tout seul !), dans la série découverte, je voudrais le petit "Mamadou, Dou-mama, Doum's, Siiir Doum's !". Pour moi c'était assurement lui LA découverte de cet opus. Le fils caché de Pop Dan ? peut-être bien, en tout cas l'influence de "l'enfoiré le plus dingue de la planète" était saisissante. Parfois la même intonation, la même façon d'écrire... Et quand on sait le culte que je voue à Dany Dan haha ! M'en a pas fallu plus pour apprendre par coeur ce titre en le répétant devant ma glace (genre vous l'avez jamais fait !?). Lui aussi a fait parti de l'échappée chez 45 (de manière officieuse également) et 92I. J'ai été super déçu par son dernier projet (le premier même), je m'attendais à un truc dans la lignée de "Je Lutte En Rimant" et j'ai eu un truc dans un délire... euh... Pas comme ça quoi ! Dommage...


Lagonz Viv, on a plus jamais entendu parler d'elle, dans le milieu du rap tout au moins. C'était l'unique rappeuse et chanteuse Neo-Soul de la bande. De vous à moi j'suis pas super fan du titre. Elle ne rappe pas de manière exceptionnelle, chante plutôt pas mal, mais dans l'ensemble c'est un peu mou du g'noux ! Et c'est pas le 16 de Melo P. à la fin qui va me faire changer d'avis. C'est con ils étaient à un titre du sans faute. J'suis quand même sévère là, ça s'écoute tranquillement. C'est même bien meilleur que la moitié des trucs pourris qu'on nous bastonne toute le journée ! En plus la prod est pas mal, décidemment j'suis bien le sale con qu'on dit !


Mais quand on achetait un produit Beat 2 Boul, c'était surtout pour réentendre un petit peu les Sages Po' ! 4 titres sur 7 : c'est déjà pas mal. Mais malheureusement pas en trio à tous les coups. Parfois à 2 comme dans le titre d'introduction (Zox & Dan), seul : avec Less' Du Neuf pour Zozo ou Viv pour Melo, et enfin tous ensemble pour clôturer l'album. Comme à leur habitude les frères Kodjo se partagent les productions... Partage inégale en vrai : 5 à 1 pour le Zoxeakopat. Mmmmhhhh ça sent comme dans la cuisine de tonton Logilo ! Normal, il a été leur professeur et c'est d'ailleurs au Logil'home que les prises de voix effectuées dans le studio des Sages (le 92 Mic'Sages qui sera plus tard cambriolé ce qui leur coupera l'envie de continuer l'aventure collective) seront mixées. Ol'Tenzano produit également un titre, "Pas Assez Pour Le Futur" évidemment. Ce mec est trop sous-estimé... La prod est vraiment bandante ! Avec un Zo' égale à lui-même : en avance. D'ailleurs faut bien l'admettre, difficile pour "l'accroc au Dan" que je suis, mais sur "Va Tèj' Ton Gun" il met clairement à l'amende ses 2 partenaires. Avec ce petit refrain dont lui seul a le secret... Ce titre est l'antithèse du Gangsta Rap : ranges ton calibre et fais péter les fat laces ! Aujourd'hui on les traierait de "bobo du rap" pour ce genre de morceau...



Y a une réédition de l'album qui est sortie dernièrement (et un 3ème ep décevant), une réédition qui a nické le bizness de nombreux ebayers qui vendaient leurs copies "pour une poignée d'Euros conio". Je l'ai vu atteindre les 50€... ebay est un monde de sauvages ! L'école Beat 2 Boul n'est plus mais beaucoup de rappers ayant reçu des cours là-bas vendent toujours des cds : Booba en tête de file mais également Salif ou L.I.M. Beaucoup mais pas les professeurs eux-mêmes, injustement oubliés au panthéon du rap français par la nouvelle génération d'auditeurs. Pourtant ils continuent à sortir des disques (à quand le nouvel opus à 3 ?), mais les d'jeunes les boudent... Ils sont méchants les moins de 20 ans ! J'sais plus qui a dit : "celui qui n'a pas besoin d'écrire n'a pas le droit d'écrire"... Bon je vous laisse, je retourne "[lutter] en rimant" devant ma glace... "Paix et à plus" !

08 février, 2008

Première mission accomplie

Finalement je m'en tire bien, sur mes 5 albums de référence en rap français, Octopus a déjà pondu des articles sur 3 d'entre eux. Ce qui me met dans une position plutôt confortable lorsque dans les soirées B-Boys (comprendre "vieux cons") on me dit : "Yo Fizzle j'ai lu ton article sur Conçu pour durer...", je peux répondre tout simplement : "C'est pas moi c'est mon coloc blogger là, j'en aurais mieux parlé moi tu me connais !". Mais ce coup-ci il m'a mit la pression, je me retrouve au bout du plongeoir, impossible de reculer: je dois sauter dans le grand bain !



Ideal J "O'riginal MC's (sur une mission)" (1996)
Alariana / Label 60 / Night & Day

  1. Le Combat Continue
  2. Ghettolude I
  3. Je Dois Faire Du Cash
  4. Comme Personne Ne L'a...
  5. Le Ghetto Français
  6. Ghettolude II Histoire Vraie
  7. Show Bizness
  8. Uniquement Pour Les Miens
  9. Le Ghetto (remixé Par Yvan)
  10. Ghettolude III Fidèle Au Hip-Hop
  11. O'Riginal MC's
C'est toujours difficile de parler d'un de ses premiers amours. Ideal J, c'était une institution à l'époque où avec Ien-ien & Titou on enregistrait nos premiers 16 sur un petit magnétophone avec une instru en fond sonore. J'avais même la photo de Kery au-dessus de mon lit ! Haha ça fait un peu "Fan 2" avec le recul mais pour nous, il incarnait une sorte de Malcolm X des ghettos français. La comparaison est clairement abusée mais je l'assume, c'est mon côté excessif ! Le haut-parleur des cités si vous préférez...
"J'arrive avec le flow qui va causer des
dégâts". Bon ok, il n'avait pas le flow de Daddy Lord C, la technique de Dany Dan ou la plume d'Oxmo. C'est pas tant ça qui nous plaisait chez lui, mais plutôt ses qualités d'interprétation. Si le mec voulait que tu pleures : tu pleurais. Avec son côté pessimiste du style "j'en ai rien à branler si j'crève demain"... C'était incroyable, les mots qui sortaient de sa bouche auraient pu sortir de la mienne. Aujourd'hui encore un titre comme "Le Ghetto Français", avec sa superbe boucle volée aux Brecker Brothers, m'interpelle directement. Je ne peux pas m'empêcher de frissonner à chaque écoute (malgré son grand talent, Yvan n'arrive pas à nous sortir un remix surpassant l'original... ce qui est rarement le cas ceci dit) !
Ce titre, c'est ma vie, j'ai plein de souvenirs avec, bons ou mauvais d'ailleurs... Je me souviens qu'avec Momo (celui de la coursette oui) on l'écoutait souvent. Lui et moi, on était inséparables. On sortait avec 2 soeurs jumelles, elles avaient 3 ou 4 piges de plus que nous et des scooters : la classe ! "Tu veux connaître la pureté d'une amitié enfoiré ?" disait Alix dans ce morceau. Quelques années plus tard cet "ami" me donna gentiment à ces messieurs en bleu. "Amitié gâchée" chantait 3° Oeil... Je raconte encore ma life et je vais encore recevoir des mails de ce genre : "Franchement j'kiffe comment t'écris mais j'trouve qu'tu parles pas assez du cd. Retourne chez Dr. Melfi, Tony !". Mouais... En même temps je fais c'que je veux, n'est pas Monsieur Cachin qui veut !

1996 nouvelle année : nouvelle orientation. On est bien loin de leur première apparition sur l'album de Solaar et du maxi "La Vie Est Brutale". Nouvelle formation également, plus restreinte. Exit son copain rappeur Harry (Jessy Money) et Brahim Asloum euh... Selim Du 9.4 pardon, le danseur. Seuls l'Haïtien et son backeur Teddy Corona répondent présents. Deux membres originels auxquels viennent s'ajouter le jeune prodige DJ Mehdi. Au revoir l'underground mafia de Sully B. et place à celle plus racailleuse des kainfry sous la protection de leur mentor : Manu Key.
L'album sort donc chez Alariana, nouveau label créé pour l'occasion par des amis. On retrouve également un logo dont nous avons souvent vanté les mérites ici-même: Night & Day. Alors, gage de qualité ? Oui. "O'Riginal MC's" a toutes les caractéristiques du chef d'oeuvre: très peu de titres (dont 3 interludes et 1 remix) pour éviter l'indigestion, une production minimaliste à base de samples de jazz et de soul (et même de funk avec le groupe War) hyper soigné signé Mehdi et surtout un rap sans chichis, sans blabla...
Des thèmes universels : le quartier, la famille ou encore l'argent. Un album c'est forcément personnel, mais j'sais pas, celui-ci donnait l'impression d'être écrit avec des milliers de mains et pas seulement celles de son interprète. Pour moi, cet opus est un tournant dans l'histoire du rap français. Certains diront que c'est l'arrivée du rap de pleurnichard, que le mec se plaint tout l'temps... Et alors ? Kery crachait à la gueule de tout le monde les cicatrices de son entourage. C'est la naissance du rap de rue tel qu'on le connait aujourd'hui, le rap d'une génération désabusée, qui en a marre de souffrir en silence et se fout de danser sur les sons flingués du Sugar Hill Gang. Zappe la tronche de ce gros con de Charles Villeneuve de ton écran et insère ce CD dans ta chaine : bienvenue dans la réalité fiston !


Du côté d'Orly-Choisy-Vitry un album ne se faisant jamais seul, les membres d'Ideal J font appel à quelques un de leurs soldats sur le titre fustigeant le show-bizness : le tout jeune Kim Bad qui deviendra Rim-K au sein du 113, Different Teep sans Mista l'homme à la grosse voix, Yézi L'Escroc (qui d'après les bruits qui courent a décidé de juste devenir "L'Escroc") et le déjà très talentueux Rohff. D'ailleurs le mec sort carrément du lot en apportant sa p'tite touche au morceau, Kéry étonne également de par son flow renouant avec son premier amour : le ragga. C'est le titre le plus "cool" de l'album, car le reste de l'opus tend comme un string la France conservatrice. Celle-là même qui verra 10 ans plus tard ses enfants porter des t-shirts à l'effigie de la clique. Nous, c'était plutôt Air Max / 501 / cuir. Ca blaguait pas !

C'était aussi difficile d'acheter un skeud à la FNAC que de garder sa casquette croco plus d'une semaine. "Demande à la FNAC, toujours nos CDs qu'on vole" a dit Rohff, c'est très égocentrique (m'enfin bon on connait le bonhomme), mais certainement aussi très vrai. Quand t'allais acheter un skeud là-bas, fallait guêter d'abord à gauche, à droite, et un p'tit coup derrière pour être sûr qu'aucun mec t'ait vu pour ensuite te le braquer à la sortie du magasin ! Bah ouais... Et si jamais ça t'es déjà arrivé : lâche un com, avec un peu de chance je te rendrais ce que je t'ai pris dans les années 90...

29 janvier, 2008

Achète le maxi t'auras le remix en bonus


X-Men "J'Attaque Du Mike" (1996)
Time Bomb Records
- Face A
1. X-Men - J'Attaque Du Mike (Version LP) (Prod : Black-Tom Cassidy)
2. X-Men - J'Attaque Du Mix (Version Remix) (Prod : Ke-C!)
3. X-Men - J'Attaque Du Mike (Instrumental)
- Face B
1. Diable Rouge - L'Homme Que L'On Nomme Diable Rouge (Version Originale) (Prod : Ke-C!)
2. Diable Rouge, Kassim, Kamal, Pit, Ziko, Booba, Ali, Cassidy, Hill-G & Hi-Fi - Time Bomb Explose... (Prod : DJ Mars)
3. Diable Rouge - L'Homme Que L'On Nomme Diable Rouge (Instrumental)
4. X-Men - J'Attaque Du Mix (Instrumental)

Time Bomb... Je suis un peu passé à coté à l'époque, la faute à ma banlieue qui était trop loin des émetteurs de certaines radios spé. J'arrivais pas à capter bien comme il fallait pour pouvoir écouter les freestyles radio de cette clique là même si quelques K7 tournaient à l'époque. Mais bon, on le savait tous : les X-Men, Oxmo Puccino, Lunatic, c'était mortel en freestyle.

A l'époque d'ailleurs, les X s'appelaient encore les X-Men et ils étaient trois : Hill-G (Gilles de son prénom, devenu Ill depuis), Cassidy et Hi-Fi (aujourd'hui en solo). En matière de freestyle, Ill était dans d'autres sphères, frôlant souvent l'abstraction mais avec tellement de style et de classe qu'on ne pouvait qu'en tomber accro... codile (j'ai pas pu m'en empêcher).
Et avec ce premier essai, c'est le carton plein. La quintessence du flow, une claque définitive pour tous les auditeurs de l'époque et la naissance d'une école dont l'influence commence seulement à faiblir aujourd'hui (à mon grand désespoir) : "textuellement parlant, le X-Men aime faire des enfants" comme le chante Cass' du "J'attaque Du Mic". Ill a toujours été cité comme référence en matière de flow par ses congénères mais Hi-Fi faisait également partie du haut du panier (ses maxis avec Leslie une fois parti en solo étaient de haute volée... j'ai un peu décroché quand il a signé chez 45 Scientific mais je crois que je décrochais du rap français tout court à cette époque). Cassidy, le pauvre, a toujours un peu souffert de la comparaison avec ses camarades mutants et j'ai toujours trouvé les gens un peu durs avec lui : je suis dingue de son couplet sur "L'invicible Armada" (faut que je vous en parle de celle-là aussi bordel)... "C'est Cassidy qui t'cause, finie la pause Kit Kat" raaaah ça me rendait dingue.

Seulement deux titres et le trio confirme tout le mal qu'il faisait à la concurrence. Sur une prod douce et enjouée, la mission des MCs estampillés du X qui consiste à attaquer le mic est plus que réussie. D'ailleurs, c'est marrant d'avoir choisi un titre aussi "agressif" alors qu'il est tout en mélodie et en technique (et j'ai presque envie de dire délicatesse). Et tout ça en parlant de leur réalité de lascar parisien, un exercice trop difficile pour les MCs en 2008 ?
"Donc voici Hill-G, strike une fois d'plus", ça attaque du mix après avoir plié le mic. Pas un remix, plus un part.2 minimaliste porté par l'alliance d'un gimmick de saxo discret et d'un beat dur et métronomique. Bien inspiré celui qui serait capable de dire quelle version l'emporte sur l'autre, du grand art dans les deux cas.

Forcément, "l''histoire" ne retient que les titres des X-Men mais chez moi, le titre de Diable Rouge a une saveur particulière. Encore une découverte partagée avec l'ami DJ Curtis : avant d'avoir ce maxi, on se passait en boucle le premier couplet de "L'homme que l'on nomme..." dispo sur la (finalement décevante) compile "Time Bomb". "En direct de Gy-cer... St Christophe pour ceux qui savent pas !". Pour les petits Conflanais que nous étions, Cergy, c'était "chez nous", ça représentait notre coin et c'était suffisamment rare à l'époque (et toujours aujourd'hui) pour qu'on en soit contents ! On découvrait le MC de LSO et même si son couplet n'était objectivement pas fantastique, on l'a bouffé en boucle : encore aujourd'hui je suis capable de le sortir d'une traite... La prod sombre et inquiétante, la voix grave de Trickpa, on s'est pété la nuque là dessus. Alors là, avec la version complète (on a été déstabilisé par les dédicaces légèrement différentes, c'est dire si on l'a saigné sur la compile), on est super guez.
A force de le saigner chez Loïc, il me le fallait ce maxi bordel... Donc mission Chatelet, direction LTD sa plage, ses cocotiers. Je sors de la boutique tout content avec mon sac plastique quand soudain, tatatin (comme la tarte), un renoi tout de rouge vêtu (jogging, béret mais pas baskets), un gros feuilles-deux au bec qui passe devant nous. Merde ! On mate la pochette du skeud (la version vinyle a une double cover : d'un coté, en bleu, les X-Men, de l'autre en rouge forcément, DR) : c'est bien lui ! Que faire ? Pas habitué pour un sou à accoster des rappeurs dans la rue à l'époque, encore moins pour leur demander de me signer mon vinyle et pas rassuré par mes 14 ou 15 printemps, j'hésite. Loïc lui se dégonfle complètement et tente de me décourager. Finalement, je me décide et c'est un Diable Rouge raide déchiré qui me signe super gentiment (et avec surprise) mon maxi. Un carnage d'ailleurs, le titre de son morceau devient, avec le marqueur (rouge) qu'il a réussi à trouver "L'homme que l'on nom". Je crois que Loïc est encore jaloux de ça aujourd'hui ahah ! Je suis content de ma pièce de collec' même si DR c'est pas les X-Men.

C'est quand même un des maxis les plus dingues du rap français ce 4 titres. Deux classiques (les titres des X) et la première et seule trace discographique officielle du crew Time Bomb au complet. "Time Bomb Explose". Prod minimaliste dans la lignée des "J'attaque..." sur laquelle se succèdent la crème du freestyle de l'époque : Diable Rouge, les Jedi Kassim et Kamal (futurs Ghett' Dip), Pit (pas encore Baccardi), Ziko (La Brigade), Ali et Booba (Lunatic). Rien que ça. A chaque fois que je réécoute ce titre, je me dis que l'apparition de Ziko est vraiment trop courte, la figure de proue des 12 brigadiers faisait vraiment partie du haut du panier à l'époque, un des mecs les plus sous-estimés...
"C'est les Lunatic connard écoute les bitchs crier / Booba + A.L.I. microphone premier / trier les bons sur Time Bomb / Les faux sont mis d'coté / C'est d'la bombe boy, 'peut pas boycotter" : Booba commençait les traumatismes. J'ai du rendre ma mère dingue à me remettre son couplet 20 fois de suite à fond dans ma chambre. N'empêche, ça m'amuse pas mal de voir les gens qui trouvent que Booba se perd, qu'il change de discours, etc... Merde les mecs, depuis "Tout Le Monde Dans La Ronde" (sur le maxi de remix de "Amoureux D'une Enigme" des Sages Po), celui qui n'était pas encore le Météore parlait de fric, de tass et de plier la concurrence avec toujours ce lien presque viscéral au bitume...
Bref, juste (encore) un petit classique. Trois sur la même galette, qui dit mieux ?

Bon alors après, oui, les X-Men ont perdu Hi-Fi, ont perdu le "Men" pour éviter les emmerdes avec Marvel et ont enregistré un "Jeunes, Coupables et Libres" assez décevant (tiens, d'ailleurs, ils l'avaient enregistré au Studio Bonzaï à Colombes à quelques mètres de là où j'ai passé mes 6 premières années, chez un ami de mes parents). Oui, Ill n'a plus jamais été aussi fort (alors que Cass' a gagné en puissance). Mais quand même, aussi décevante la suite de leur parcours a-t-elle pu être, je pense qu'il y a un paquet de MCs qui aimeraient avoir marqué le rap français comme ces trois là l'ont fait.

17 janvier, 2008

Perry Ellis, la saga continue...

Quand Octopus m'a proposé d'écrire avec lui pour le blog je me suis dit : pourquoi pas ? C'est l'occasion de se remémorer de bons vieux souvenirs. Et justement, après avoir écrit un billet (c'est comme ça qu'on dit en langage blogger non ?) sur la compilation "L432", j'ai repensé à ces fameuses Perry Ellis.




Vous vous souvenez de mon pote qui revenait des States avec? Il s'appelait Clément. Il était arrivé dans ma classe en 1997, c'était le "petit nouveau". Moi-même, ayant fait 4 collèges, j'étais pas très "ancien" non plus dans celui-ci. Deux ans j'y ai passé, mon record ! Quoiqu'il en soit, Clément était un vrai fils de riches, pas un fils de riches genre "putain ils ont une voiture neuve !", mais plus dans le style "putain ils ont 2 voitures neuves !!". Riche au point que son grand frère osait mélanger le Nutella à du Camembert dans ses sandwiches ! Quel gâchis… Mais on l'a vite fait entrer dans notre équipe car il était cool, du moins avant qu'il essaye de galocher ma zouz sous un tunnel ferroviaire pendant que je me faisais courser par les condés avec mon pote Momo (on reparlera de lui un jour). Encore une folle journée !


Quand on avait pas cours (ou pas envie d'y aller, "comme ma mère peut m'écouter pour toi je tchatche cool"), on allait chez lui pour se mettre à l'envers et faire nos histoires avec des zoulettes. Mais surtout pour y écouter du son. Il avait une chaine hi-fi INCROYABLE ! Quand on mettait le son à fond, les murs tremblaient. "Ma parole" comme disait Dan ! Quasiment tous les jours en sortant du bahut, c'était direction la FNAC. L'enculé, il avait un scooter (un vrai bolide pour l'époque, le célèbre Nitro) alors Tonio et moi on le rejoignait à pieds là-bas… Et un jour en écoute à une borne, y avait ce fameux CD d'Afro Jazz, "Afrocalypse". On avait déjà un peu entendu parler d'eux via la mix-tape de Cut Killer sortie en 95 (que j'ai mieux écouté par la suite) et leur maxi en 96, mais c'est grâce à "L432" qu'on a vraiment prêté attention à ce groupe.


Alors en voyant cette pochette légèrement surréaliste pour l'époque (wesh l'hélicoptère derrière), on s'est jeté dessus pour l'écouter. Seulement deux casques par borne, dégage Clément ! Ça a était très vite : 5 minutes d'écoute et 120 balles de plus dans les caisses de la FNAC ! 240 plutôt, Clément en avait prit un également.



Afro Jazz "Afrocalypse" (1997)
Island


  1. Intro
  2. Représente
  3. Afrocalypse
  4. La Téci
  5. Guerre Des Nerfs (Feat Suprême NTM & Lucien aka Papalu)
  6. Pénélope
  7. Sucker MC (Feat André "Doc"/Syd)
  8. Mystic (Feat Macka)
  9. Interlude
  10. Strickly Hip Hop (Feat Ol' Dirty Bastard du Wu-Tang Clan)
  11. Paria VS Etat (Feat Lucien aka Papalu)
  12. Pas Vu, Pas Pris
  13. You Can't Stop (Feat Big Red de Raggasonic)
  14. Glou-Glou Play
  15. Sacerdoce
  16. Phrasé
  17. Outro


Direction chez lui, en bus pour nous : nouvelles amendes, fausses adresses données aux contrôleurs (merci les cartes étudiantes bidons), en scooter pour l'autre privilégié. J'insère le CD dans sa putain de chaine et boum ! Nouvelle claque dans la ganache : "Représente". J'ai jamais vraiment été fan de NTM (qu'on retrouve ici en featuring sur le titre "Guerre des nerfs" avec Lucien alias MC Papalu), j'ai toujours trouvé Kool Shen un peu rincé (insultez moi j'adore ça !), mais faut bien dire que leurs "poulains" avaient prit le bon côté du groupe, le côté de Joey quoi ! D'ailleurs c'était surtout ses protégés à lui. Non pas qu'ils gueulaient dans le micro façon Jaguar Gorgone mais Daddy Jokno, Jaeyez et Robo avaient réussi à capter cette énergie.L'album sonnait super cainri pour l'époque, bien plus que leurs concurrents et c'était clairement revendiqué. Y a qu'à les voir sur la pochette, leur dégaine tout droit sortie de Brooklyn façon BCC : boots Fubu, baggys jeans, veste camouflage et blunts à la main. Un délire assumé jusqu'au bout puisque des producteurs américains de renoms (Da Beatminerz, Buckwild et Diamond D) côtoient les Français de la "
maison mère" : DJ Spank, DJ Clyde (ex-Assassin), DJ Max, Joey ou encore le "undergound hero", Daddy Jokno lui-même. Ne manquaient plus que les invités vedettes NTM, le déjanté du Wu-Tang Ol' Dirty Bastard (RIP) ou encore Big Red pour assurer correctement le buzz de cet opus.

Un casting de rêve en partie dû à une signature sur la major Island alors dirigée par le manager de NTM, Terror Seb. Sans doute la raison pour laquelle on les retrouvait sur "L432" sortie quelques temps auparavant sur le même label (merci Seb, qui au passage, plaça sa femme Lady Laistee ou encore Polo). C'était la minute mauvaise langue mais il est clair et net que les membres d'AJ ne manquaient pas de talent. Leur single avec le sale vieux bâtard de Brooklyn était monstrueux !
Je ne me rappelle plus si le clip avait commencé à être diffusé avant ou après la sortie de l'album mais je me souviens qu'il tournait pas mal sur M6 à l'époque. La nuit ok, mais quand même ! Merci Seb… Voilà que ça me reprend ! Tonio et moi, on passait nos nuits fonsdés à écouter nos vieilles K7 qui sautaient toujours au mauvais moment (pas les vôtres ?) et à mater des clips. Celui-ci nous faisait bien kiffer ! C'était pas à la même période que le one-hit wonder québécois KC LMNOP chantait "Ta yeule ! Vis tas vie pis reste en vie" ?


Mais là je m'égare et me rend compte que je n'ai pas vraiment parlé de l'album en lui-même… Bon il faut l'admettre, c'est loin d'être un classique au sens propre du terme. Néanmoins, il a quand même longtemps squatté mon lecteur.
Dix ou onze ans plus tard, je trouve qu'il a bien vieilli, bien mieux que certains de ses collègues. Le fait que l'album ait été enregistré sur NYC y est pour beaucoup je pense. On y ressent la crasse propre aux rues de la grosse pomme, mais version 77-93 ("

de Brooklyn, Aulnay à Melun"). Pas de concession ici, tout le monde en prend pour son grade : l'état, les salopes, les rappeurs en carton… Ça parle de prise de conscience de la jeunesse banlieusarde ou du réveil du peuple noir face à l'oppression. Une chose est sure : c'est ghetto !

Les MCs de l'hexagone ont toujours eu du mal à mélanger Hip-Hop et street : t'étais un scarla ou un zulu. Moi j'ai l'impression que les membres d'Afro Jazz étaient fiers d'être les deux même s'ils se considéraient "strictly Hip-Hop". Mais tout ça, Tonio et moi on s'en foutait, c'qu'on aimait c'était leurs flows qui se mariaient à la perfection et leurs 3 voix imposantes… A l'époque, les cordes vocales musclées c'était bonnard ! Les prods faisaient plaisir à entendre aussi, en pleine suprématie des violons et leurs copains pianos, sampler de la soul et du jazz était un parie risqué.


J'sais pas si l'album s'est bien vendu, en tout cas nous ce jour là, on en avait prit deux. Et tant pis s'il me manquait 100 balles pour une paire de Perry Ellis…

06 décembre, 2007

Le temps des Perry Ellis

Nous sommes en juin 1997. L’époque où dans ma rue ça portait des ensembles Pelle Pelle avec de Perry Ellis aux pieds ! Oh merde ! Perry Ellis ! Vous connaissez ? Cette année là, un de mes potes avait passé ses vacances aux States. Quand il est revenu, il portait un ensemble Fila bleu, blanc et orange comme t’en as jamais dicave par chez nous ! Et aux pieds, il avait ces fameuses shoes. Une paire de chaussures qui ressemblaient un peu aux Stan Smith mais c’était pas pareil... C’était plus cainri ! Il en a pas fallu plus pour que le petit shop du coin se fasse harceler par tous les B-boys de la ville, l’obligeant à en commander pour tout le monde ! Et c’est au cours de cette grande époque pour la mode que le label Island sort une compilation au nom un peu étrange, L432.

L 432 (1997)
Island Records


01. La roue tourne - Expression Direkt
02. Les vrais le savent - Lunatic
03. La monnaie blesse - Polo
04. Rimes et chatiments - Ärsenik
05. Pucc Fiction - Oxmo Puccino & Booba
06. 3 Spliffs et 1 freestyle - Afro Jazz & Lucien
07. Cash Remix - Ideal J
08. La parole est mienne - Casey
09. La d'ou l'on vient - La Squadra
10. 3'30 pour un freestyle - Ekoue / Polo & Casey
11. Le Zedou - Busta Flex
12. L'impact net - Lady Laistee
13. La method - Emmigrands
14. Il boit pas...- Expression Direkt & Abuz
15. Afro Jazz - Afro Jazz

Inutile de chercher un rapport entre le contenu du cd et les quelques lignes inscrites en rouge sur la pochette rappelant ce qu’est cet article du code pénal, il n’y en a pas ! Médisant et grognon que je suis, je dirais qu’on surfe ici sur la méchante vague Hostile qui a déferlait sur le rap français un an auparavant !
Mais, comme dirait Kennedy, "nique sa mère" ! A l’époque, on en avait rien à foutre de tout ça ! Si la qualité était au rendez-vous, les biftons sortaient ! Qui se souciait de savoir si les X-Men pendaient réellement les traîtres ou si Lunatic était un groupe de tireurs fous ?? Personne ! T’avais du flow, du style, on t’écoutait ! Mais la je m’écarte du sujet et prouve aux détracteurs que ces articles sont écrits par 2 vieux cons... Et c’est vrai !

Premier titre première balle ! "La roue tourne". Expression Direkt (soit Kertra, Delta, Weedy et Tintin alias Le T.I.N.), groupe mythique de Mantes La jolie, qui jusqu’ici n’a sorti que des albums (le premier épisode de "Guet-Apens" étant l’exception) bien en dessous de leur énorme potentiel, il faut bien l’admettre ! Si Express D. avait eu la chance de sortir son premier album à l’époque de ce titre et de ses autres classiques du genre de "Dealer pour survivre" ou "Mon esprit part en c…", nulle doute qu’un article aurait figuré ici ! Une prod un brin influencée "west" de Rude Lion, l’Eskwad en renfort (Weedy & le T.I.N.) et Judy au refrain… Que demande le peuple ? On les retrouve également sur la plage 14 avec Abuz sur une prod du grand Mysta D., accessoirement frère de Tepa des Spécialistes. Voilà une combinaison qui a toujours fonctionné, à tel point qu’ils auraient pu se rebaptiser Express D.Abuz ! Que ce soit sur "Guet-apens" ou "L’invincible armada", c’est toujours un plaisir d’écouter cette association. Abuz fait également partie des oubliés du rap français malgré un flow hors du commun. Il n’aura jamais la reconnaissance qu’il aurait du recevoir et depuis s’est lancé dans une espèce
de porno-music sous le pseudo de Ricardo Malone. Les auditeurs sont parfois cruels…

Comment présenter le groupe qui suit... Lunatic ce n’est finalement que deux titres en 1996 et 1997 et un album qui arrivera quelques années plus tard. Deux titres d’anthologie qui ont tenu en haleine tout le microcosme Hip-Hop ! Oui je sais il y a également eu "Tout le monde dans la ronde" avec les Sages Po’, les freestyles et le maxi avec Time Bomb mais il faut bien le reconnaître, ce qui a fait l’histoire de ce groupe météore ce sont bien ces deux titres. Je parle évidemment des morceaux "Le crime paie" présent sur Hostile et "Les vrais savent" qui apparaît sur celle-ci donc. (encore cette compile !)

Booba, Ali. Le premier de Boulogne, le second d’Issy. Ali la tête, Booba les jambes diront certains ! Jaloux ! A l’époque, c’est grâce à vos langues que le monsieur avait les fesses propres, notamment pour des titres comme "Pucc’ fiction" que l’on retrouve ici. Un casting à la "Heat", un scénario à la Scorcese sur une prod magnifiquement réalisée par Monsieur DJ Mars. Y’a pas grand-chose à raconter la dessus : Ox’ est un story-teller des plus talentueux et Boobs le petit grain de sel qu’il fallait. A l’origine, cette instru était destinée à accueillir les lyrics du "Crime paie". Bien en a pris à Mars de travailler sur celle-ci un soir avec B2o ! Qu’auraient donné ces deux chansons sans les prods auxquelles on les associe ?

Avant d’être celui qu’il est aujourd’hui, Booba est passé par la plupart des grandes équipes de son époque, de manière officielle ou officieuse : danseur pour le Coup d’Etat Phonique (je crois même que c’est Guégué qui l’incita à rapper), recrue discrète du Beat 2 Boul, C2 La Balle de Ziko (ex-Brigadier), Time Bomb et 45 Scientific pour finir. Les fans pleurent ce groupe qui ne se reformera JAMAIS et espèrent toujours que les bandes de leur album mort né de l’époque Beat 2 Boul refassent surface !

Après Lunatic, deux noms qu’on avait déjà pu lire sur le back d’Hostile. Polo et Ärsenik. A l’époque, des rappeurs, y en avait pas encore 50 par bâtiment donc fatalement, les tracklistings se ressemblaient. Mais qui va se plaindre d’entendre trop de bons titres ?? "Polo ? C’est qui ?". Si t’as moins de 20 piges je te pardonne. Polo c’est un seul et unique maxi, "Panne sèche", l’un des titres phare de la compilation du petit label à la grenade. "La monnaie blesse" sur celle-ci est un très bon morceau mais loin d’égaler "Panne sèche" avec son refrain catchy qui fit sa gloire et ce, malgré une jolie prod signée Dj Clyde & Max. Et puis plus rien ! Disparition du bonhomme ! Enfin presque. "3’30 pour un freestyle" ou comment remplir un tracklisting l’air de rien. Je n’ai pas vraiment envie de parler de ce titre. Ekoué est un très grand MC, son flow unique proche du parlé est un de ses atouts car bien évidemment, Ekoué c’est avant tout la conscience politique du rap français au sein de La Rumeur, raison pour laquelle l’utiliser uniquement pour un freestyle me fout en l’air !
Bref passons aux gars du 6ème Chaudron...
Il y a 10 ans, Villiers-le-bel brûlait déjà sur une instru démoniaque signée Djimi Finger accompagné de deux pyromanes nommés Lino & Calbo. "Rimes et châtiments" est dans la lignée de ce qu’Ärsenik avait livré précédemment : sombre, "sponsorisé par les pompes funèbres" tout comme l’étaient "Ball-trap" ("L’art d’utiliser son savoir") et "L’enfer remonte à la surface" (encore et toujours "Hostile" !). De la punchline en veux-tu en voilà ! Les frangins revinrent quelques temps après épaulés par le Secteur Ä, pour sortir un album complètement différent de ces 3 titres mais qui n’en fut pas moins un classique qui se transforma directement en B.O. des cités françaises ! Depuis, Lino, resté parmi les rappeurs favoris de ton rappeur favori, nous à quand même déçu en solo, sans parler du second effort du duo qui est carrément passé la trappe. On attend quand même impatiemment le troisième parce qu’on les aime bien et puis sans eux, qui connaîtrait René Lacoste hein!?


Joeystarr est aux manettes et donne également de la voix sur un titre. Normal, Afro Jazz c’est un peu ses poulains. Durant son histoire, NTM a "pistonné" deux groupes, Afro Jazz donc, et leurs propres backers les Psykopat. Revenons vite à AJ tellement je trouve faibles les P.S.Y.K.O ! "3 spliffs et 1 freestyle" est un titre décevant venant d’eux. Bien que la musique signée Lucien soit intéressante, les lyrics sont vraiment moyens. Heureusement que plus loin "Afro Jazz" nous rassure. Ce titre présent sur leur maxi éponyme est un pur égotrip, un exercice de style et de flow à la Wu-Tang dans la lignée de ce que vont donner par la suite Daddy Jokno, Jah Eyez et Robo avec "Afrocalypse" la même année. Deux ans plus tard, alors amputés de Jokno, les deux larrons nous balanceront dans les bacs un "AJ-1" bien décevant.

"Un jour j’ai dis et si Dieu veut tu verras, je l’enverrai au deblé faire ses beaux jours dans une villa y’a quoi !?". Kery James, Kery James... Tu m’as tellement déçu. Heureusement qu’il reste des titres comme "Cash remix" derrière toi. A l’époque, DJ Mehdi était l’un des meilleurs beatmakers de France ! Cette mélancolie qui se dégageait des morceaux produit pour la Mafia était fabuleuse, du Mobb Deep à la française ! Tout ceux qui ont connu les débuts de Different Teep ( wesh Lil’Jahson t’es où ?) ou Idéal J ne peuvent me contredire. Depuis Mehdi s’est mis à l’électro (mouais) et Kery bah... On sait pas trop ! Depuis la mort de Las Montana (membre d’Intouchable, groupe apparemment maudit qui se fera également arracher Mamad quelques années plus tard) durant la tournée du classique "Le combat continue", c’est un jour "J’vais pas leur dire c’qu’ils veulent entendre", le lendemain ça balance des "thuuuug life" et prend des poses de voyous. Et aujourd’hui Monsieur ose prétendre qu’on ne le soutient plus, nous les anciens auditeurs d’Idéal Juice parce qu’on est mauvais et jaloux ! Mec, pose-toi la question une seconde : c’est pas parce que t’aurais pas un peu régressé ?

A eux deux, Rocca et Daddy Lord C forment La Squadra, noyau dur du légendaire groupe La Cliqua. L’un des groupes, avec le Ministère Ämer les plus indignement oubliés par la nouvelle mais également l’ancienne génération de rappeurs et auditeurs. Ce titre, comme tous les autres de l’époque, est une bombe ! Normal, Lumumba quoi ! Suis-je impartial ? Nan, fan ! Même pas honte en plus ! "Là d’où [ils viennent] Dieu n’a pas mis les pieds". Sûrement. Mais forcé de constater que si Dieu n’y a pas foutu une patte, la fée du Hip-Hop a du se pencher tellement sur leur berceau quand ils étaient bébés qu’elle y est tombée ! La Cliqua, c’était 10 ans d’avance niveau flow.

Et justement, s’il existait une école du flow en France, Busta Flex en serait l’un des principaux enseignants. Il faut dire qu’il a été à bonne école avec Lone. Alors quand 3’37 après la fin du morceau de La Cliqua (comme ça on évite de passer par la plage 10), Flex Baba compare son album à un zedou sur une prod de ce dernier, on se prend une méchante gifle dans la face et on attend avec impatience que le dealer du coin nommé FNAC nous le bicrave ! Je me souviens qu’à l’époque sa promo se faisait via des k7 audio sur lesquelles figuraient uniquement le single "J’fais mon job à plein temps". On s’fait vieux...

Deux artistes féminins sur une même compilation : pour l’époque c’était beaucoup ! Aujourd’hui encore en y réfléchissant...

D’abord Casey, la meuf de Dooeen Damage, le label de l’ex Requin Vicieux Maurice et de B-Love, à qui personne n’oserait foutre la main au cul ! Une vraie caillera ! Un bonhomme en string mais aussi l’une des meilleures rappeuses françaises. C’est vrai qu’en même temps, on les compte sur les doigts de la main. Elle fut invitée par NTM sur leur dernier album, invitation qu’elle déclina car ne venant pas directement d’un des membres il me semble. La classe quand même ! Ce n’est qu’en 2006 qu’on put la retrouver sur un long format, toujours chez DD. La femme est de nature fidèle ! Haha !
La mygale ensuite... On a affaire ici à l’un des seuls titres corrects de la Lady ! Son premier album (le second n’ayant pas le droit de citer chez moi) étant une merde sans nom. Bam ! Et non je ne suis pas misogyne Mesdames, juste un fin connaisseur et un auditeur exigeant !

Ah j’ai pas parlé du titre des Franco-Américains Emmigrands ! Donc... Personne me paye pour écrire ici, pourquoi parler de ce que je n’aime pas alors ? Héhé ! Non sérieusement, y’a rien de spécial dans ce morceau. Pas mauvais mais banal, noyé parmi des classiques. Et puis le franglais m’a toujours fait chier. K-Maro n’a rien arrangé à ça ! Oh je vous vois venir, je ne mélange pas les torchons et les serviettes, je détends mes lecteurs après une review peut-être ennuyeuse ! Non ? Merci !

1997 – 2007. Ca fait long. Malgré ça, la plupart des morceaux n’ont pas prit une ride, contrairement à moi qui collectionne les cheveux blancs bien que je n’ai toujours pas soufflé ma 25ème bougie. L432 est une compilation qui a marqué son époque, avec, il est vrai, moins d’impact que ses grandes sœurs "Hostile", "Invasion" ou encore "L'Invincible Armada" (album de producteur on dit aujourd’hui). Néanmoins, toute personne se réclamant fan de rap français se doit d’en posséder un exemplaire ! A bon entendeur...

28 octobre, 2006

La Sauce avant la fuite

Busta Flex "Kick Avec Mes Nike" (1996)
La Sauce Production
1. Kick Avec Mes Nike
2. Aïe Aïe Aïe
3. Hiphopcryt
4. La Prison
J'ai pas tellement parlé de Busta jusqu'ici, pourtant quand j'étais ado j'étais dingue à chacun de ses couplets. Je l'ai découvert comme beaucoup sur le premier album de Lone où il assurait plus que le sparing partnership de celui qui l'avait découvert. Il avait bien fait un morceau avec son frère Jimmy sous le nom de Original Blue Fonk sur la première mix-tape "Freestyle" de Cut Killer mais comme je n'ai jamais eu l'occasion de mettre la main dessus...
L'album de Lone m'ayant traumatisé (pour être sincère, les apparitions de Busta m'ayant traumatisé), j'attendais le premier maxi de celui qu'on considérait à juste titre comme la fraîcheur incarnée avec impatience. Je crois que j'ai acheté ce maxi à Tikaret, à la toute fin du magasin... mais je me plante peut être complètement et ça serait alors à LTD. J'avais traîné pour aller à Chatelet et je me demandais si j'allais encore en trouver... J'ai pris le dernier !

Quatre titres, tous produits par Lone à l'époque où il était pas encore parti en courant quand Busta (Valéry François de son nom civil) eût ses embrouilles à Rennes avec Express D suite à une rime malheureuse dans un freestyle (une histoire de "style tellement fort que même les musulmans mangent du porc" en gros), mais si vous savez bien, "le 20 mars 97 ça a bardé !". Moi j'aimais bien cette période là, c'était les débuts d'Homecore qui faisaient des sapes mortelles, à un prix évidemment prohibitif, surtout quand on a 15 ans (un sweat c'est 5 albums, le choix était vite fait).

"Kick Avec Mes Nike" donc. Le titre éponyme est bien évidemment un egotrip où Sta-beu démontre qu'il est un rappeur hors norme, fan de Redman bien sur, mais avec un feeling unique. Encore aujourd'hui, l'énergie qui se dégage du morceau est assez bluffante. La prod du "gitan cosmopolite" est discrète, musicale et sait s'effacer pour laisser au MC la place de libérer son exubérance.
Tiens, j'en profite pour lancer une question en l'air : pourquoi avoir censuré certains passages du morceau ? Il aurait suffit de mettre comme ça se fait souvent une version radio et une version non éditée... Petit bras sur ce coup-là.

J'ai toujours eu une petite tendresse pour le second titre de la première face, ce "Aïe Aïe Aïe" pourtant nettement plus faible que les trois autres. D'une part pour le clin d'oeil à "Fugee-La" des Fugees dont j'ai toujours été fan, de l'autre pour le clin d'oeil aux parkas Helly Hansen "couleur papaye" à la mode à l'époque et que j'ai regardé avec beaucoup d'envie (j'avais fini par trouver un coupe vent de la même marque bleu et blanc assez mortel pour une misère... mais absolument pas ventilé, très classe les marques de transpiration quand on l'enlève). Bref, amusant ce petit morceau sur les videurs et vigiles.

La face B s'ouvre sur le titre que j'ai du le plus faire tourner à l'époque, "Hiphopcryt". J'étais dingue des voix en entrée (si quelqu'un sait d'où ça vient, je suis preneur), je kiffais les encouragements de Lone avec la voix traffiquée et on retrouvait le Busta egotrip et arrogant que j'appréciais tant. C'est vraiment dingue toute l'énergie que ce mec pouvait déployer sur un titre... Alors oui, effectivement, il a jamais fallu trop lui en demander niveau fond mais niveau forme, pour l'époque c'était sans commune mesure (et encore, je trouve que ça vieillit pas si mal malgré quelques trucs très faciles).

Finalement, quand on regarde bien, les deux faces du maxi sont composées de la même façon : un premier titre "single" égotrip suivi d'un second plus axé "story telling" comme le prouve ce "La Prison" qui, et je m'en étonne encore, n'était pas si mal écrit. Bon, c'est sur, ça transpirait pas le vécu et pour un mec qui raconte qu'il a passé 5 ans au ballon et que tout le monde l'a zappé, je le trouve bien guilleret... sûrement un manque de maturité, mais c'est justement ce coté chien fou qui faisait tout le charme du bonhomme.

Ensuite, comme je le disais, y a eu l'embrouille avec Express D et Flex s'est retrouvé tout seul avec son frangin jusqu'à ce que Kool Shen le prenne sous son aile et en fasse le fer de lance de son nouveau collectif : IV My People. Et puis forcément, ils s'embrouilleront. Et Busta ira trouver refuge un temps auprès du Comité 2 Brailleurs avec qui il finira également par se fâcher. Après la naïveté "keep it real hip hop" de son premier album, après un EP plus typé "street", il s'essaiera à un album bounce qui ne fera un bide. Depuis c'est l'éternel retour, sans jamais convaincre... Sûrement parce que le 20 mars 1997, ça a bardé... et que ça a cassé quelque chose en lui, mais là je fais ma Mireille Dumas du pauvre (vous imaginez le truc ?) donc je vais m'arrêter là.

Et pour le coup, je vais mettre les 4 titres en écoute !

PS : il est tard, j'ai la flemme de descendre à la cave pour aller chercher le maxi et scanner le sticker donc pas de pochette pour l'instant.

Petit label deviendra grand

VA "Hostile Hip Hop" (1996)
Hostile Records
1. Arsenik - L'enfer remonte à la surface (5:24)
2. X-Men - Pendez les, Bandez les, Descendez les ! (3:38)
3. 2 Bal Niggets feat. Niro - 3 fois plus efficace (4:07)
4. Polo - Panne Sèche (Halloween Rmx) (4:30)
5. La Clinique feat. Les Sales Gosses - Tout Saigne (4:13)
6. Sté Strausz - Plus d'idéal (4:26)
7. Teemour - Pas mieux demain (3:58)
8. Lunatic - Le crime paie (5:01)
9. Aktivist - Cauchemar (3:36)
10. Da Maad Fungusth - Les spots bleus (4:10)
11. Les Rongeurs - La chasse est ouverte (4:32)
12. Boss Raw - 1 million de cailleras (5:04)
Cette compile, je me souviens parfaitement quand je l'ai achetée... Enfin pas la date précise mais plus les circonstances. J'étais en seconde (1996), ça devait être à la fin de l'hiver vu qu'il faisait plutôt bon... On avait du passer le week end à écouter le vinyle chez Loïc (son frangin avait du mal cacher les cellules) et il me fallait ce disque. J'avais réquisitionné un pote de classe qui avait un booster ('tain impossible de retrouver le nom du modèle... il était rouge et blanc avec une sorte de damier façon formule 1 devant) pour m'emmener aux 3 Fontaines un midi. J'étais revenu au lycée à la bourre mais super content de mon achat. Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux...

J'ai remis le CD sur la platine tout à l'heure et l'impression est la même qu'à l'époque : y a pas à chier, la première moitié est vraiment incomparablement meilleure. Et puis en fait, les 2 premiers tiers sont vraiment biens ou étaient les classiques de l'époque.

Les frangins d'
Ärsenik (alors encore accompagnés de leur cousin Tony Truand) n'avaient fait que "Ball Trap" (quelle claque ça) et avec "L'Enfer Remonte A La Surface" ils étaient catalogués "horrorcore" (pour ceux qui connaissaient le terme, sinon c'était plus "ouais les mecs avec le délire chelou façon cimetierre là"). N'empêche que c'était encore un nouveau style qu'on se prenait dans les gencives. Quand l'album "Quelques Gouttes Suffisent" est sorti, beaucoup avaient été déconcertés de ne pas retrouver l'ambiance macabre et sadique de ces deux premiers morceaux. Ils se sont toujours défendus d'avoir voulu faire de l'horrorcore et bien les en a pris globalement.

Ensuite, y avait les rois du freestyle radio, les
X-Men (encore à 3 avec Hi-Fi). Comme à l'époque, je trouve que ça rappe vraiment dinguement (si si ça existe), il y a des phases qui sont marquées dans mon crâne minuscule en lettres majuscules (yo rap)... mais la prod me gonfle toujours autant. "Pendez-Les, Bandez-Les, Descendez-Les", c'est quand même pas la panacée niveau prod et ça m'a toujours empêché d'être vraiment fan du morceau.

Surtout que juste après, y avait mon groupe préféré sur la compile : les
2Bal Niggets, qui plus est au grand complet puisque Krokmitten pose comme toujours (mais trop rarement) un couplet totalement halluciné. A l'époque, je me souviens que la plupart des mecs à qui je parlais étaient persuadés que ce titre là ("3x Plus Efficace") était sur l'album de 2Bal de 2Neg'. Et ça doit toujours être le cas aujourd'hui... C'est vrai quoi, quelle idée d'avoir foutu le morceau éponyme de leur album sur une compile ? Ben c'est pas si con, ça fait de la pub ! Et quel morceau en plus... Après ça, on ne retrouvera plus la rage et la fraîcheur des jumeaux, de Krok' et Niro que sur la B.O. de "Ma 6-T Va Crack-Er". Déjà le début de la fin... Une chose est sure, quand on se prenait ce morceau en live dans la tête, la salle devenait dingue. Il me semble que c'est après ce morceau qu'Eben avait dû descendre calmer quelques excités à la Clé à St Germain...

On ne s'en souvient guère aujourd'hui mais à l'époque, le premier gros hit underground de la compile (qui en recèle plus d'un au final), c'était "
Panne Sèche" de Polo. Un illustre inconnu. La prod était sombre, propre et efficace. Le MC quant à lui, aujourd'hui, j'ai un peu de mal à tout à fait bien comprendre pourquoi on s'était excité comme ça sur lui. Ok le refrain rentre dans la tête dès la première écoute ("Click click, je n'ai plus de balles / J'ai vidé mon chargeur je me sens mal"). Il y a une vraie ambiance sur le titre mais niveau flow, c'est assez banal. Même chose pour les lyrics. Merde, je me sens con à plus me souvenir ce qui avait rendu dingue les gens... qui en attendaient beaucoup ! Après, une autre grosse compile de l'époque ("L.432"), Polo a disparu de la circulation. Il était question qu'il fasse partie du Black Taga, ce "super" crew qui devait regrouper Joey Starr, Solo et Polo... qui n'a jamais vraiment eu d'existence en dehors de quelques dédicaces.

Et là dessus, on se mangeait le single "grand public" (tardif) de la compile : "
Tout Saigne" de La Clinique avec les Sales Gosses. Ils auraient surement gagné à être plus clairs sur qui était qui et qui était dans quel groupe parce que c'était le merdier. Pendant longtemps, on a cru que Doc Gynéco (que personnellement, j'ai eu du mal à reconnaître au début, sa voix étant plus grave que d'habitude et son nom brillant par son absence sur les crédits du morceau) faisait partie de la Clinique alors que non, c'était juste leur "grand". En réécoutant la plage 5, et malgré le succès de "Playa", je pense que Papillon et Charlie Waits (Les Sales Gosses) auraient gagné à plus s'affirmer individuellement quand on voit le bide que leur album a fait l'an dernier. N'empêche qu'il est toujours super sympa ce titre, le refrain se fredonne immédiatement comme si on l'avait écouté la veille et l'ambiance légère bien connard qui s'en dégage rend le morceau définitivement attachant.
On retrouve cette atmosphère décontactée sur "
La Chasse Est Ouverte" des protégés de Stomy, les Rongeurs, que je redécouvre avec plaisir curieusement. La basse est bien grasse, les claps bien funkys et les deux zouaves arrivent à me faire marrer dans leur délire crève-la-chatte. Quelque chose me dit que quand ils parlent de fourrer, ils ne parlent pas de taxidermie...

Une ambiance qui tranche avec la gravité d'un autre gros succès underground (ça me fait marrer d'utiliser ce mot) de l'époque, "Pas Mieux Demain
" d'un autre inconnu, Teemour. C'est marrant comme 10 ans après, la mise en scène du morceau est douloureusement toujours d'actualité. On avait eu "Sacrifice de Poulet" par le Ministère AMER sur la B.O. de la Haine, très premier degré, impulsif... et là on a un peu son opposé. L'émeute de cité vue de l'oeil désabusé d'un banlieusard, un panorama froid d'une situation à haut risque (t'as vu le style "journaliste de presse Hip Hop" ? la classe hein). N'empêche que j'étais pas fan de sa façon de rapper au Teemour : trop articulé, trop maniéré même si je lui reconnais une interprétation cohérente avec son sujet pour le coup.
Je me souviens qu'il y avait eu grosse enflammade sur le lascar à l'époque, Cut Killer était super fan... et puis son album a fait un flop. Je me souviens encore du clip genre plan séquence qui tournait en boucle sur la 6 (c'était pas mal fait ça, sans doute l'influence du grand cinéaste Djibril Diop qui était de sa famille proche). Et puis plus rien jusqu'à ce qu'on fasse les bacs des boutiques d'occaz.

Et puis il y avait "
Le Crime Paie" de Lunatic, classique d'entre les classiques. Après avoir dansé avec le Beat' 2 Boul', après avoir enregistré un album ches les Sages Po' (pas encore sorti... mais peut être qu'en regardant du coté du Canada dans les prochains mois, on pourrait le voir resurgir) le duo s'en était détaché pour rejoindre Time Bomb et développer une image beaucoup plus sombre que ce qu'on avait pu entendre d'eux (enfin ce qu'on avait pu entendre de Booba, sur "Tout Le Monde Dans La Ronde" le morceau inédit présent sur une des deux versions du maxi "Amoureux d'Une Enigme" des Sages). Jusqu'à "Hardcore" d'Ideal J, je ne crois pas qu'un titre ait autant marqué les gens que "Le Crime Paie", Ali et Booba se complètent parfaitement et même si B2O forçait encore trop son coté "j'ai la tronche tordue parce que je suis un méchant", c'était sacrément fort. Forcément, ça a un peu vieilli mais chaque rime annonçait la qualité d'écriture future des pensionnaires du Pont de Sèvres.

A coté de ça, la Mafia Underground (
Da Maad Fungusth - y a pas idée de prendre une blaze pareil - et Sté Strausz) tentait une nouvelle percée sans succès auprès du public (alors que mine de rien, le morceau de "j'ai un nom à coucher dehors" était vraiment pas si mal). Il faut dire que le public avait beaucoup de mal à reconnaître le talent de Sulee B. Wax depuis qu'il s'était mis à photocopier (avec succès) les Ricains. Flèche Bleue (d'Aktivist), quant à lui, forçait trop le trait dans "Cauchemar" et ratait surement là une occasion de faire mieux connaître le label Phat Cratz. Too much également, Boss Raw (proche d'Assassin) qui concluait passablement la compile avec son "1 Million De Cailleras", sauvé par le refrain "délicaillera" interprêté par Karl.

Dix ans après la sortie, le petit label rock qui tentait l'aventure Hip-Hop et se faisait le tremplin de la nouvelle école de l'époque est devenu LE poids lourd des écuries rap français. Joli chemin parcouru même s'ils m'ont perdu en route (et ça a été un moment très dur à vivre pour eux j'en suis conscient). Si j'ai bien tout suivi, cet anniversaire est commémoré par la réédition de la compile (remasterisée pour l'occasion), une bonne opportunité de compléter la collec' si on l'avait pas parce que, mine de rien, c'est une sacrée pièce. Alors oui, très certainement, et plus que pour d'autres disques, c'est sa portée historique qui fait l'intérêt de "
Hostile Hip-Hop" (beaucoup de titres ayant pris un coup de vieux) mais bon, ici on est nostalgiques et on l'assume alors keskonenahafout' hein ?

La sélection du cru : "
Le Crime Paie" par Lunatic forcément, La Clinique, Les Sales Gosses et Doc Gynéco pour "Tout Saigne" et un petit coup de "3x Plus Efficace" des 2Bal Niggets et Niro. Je me fais plaisir...

17 octobre, 2006

Conçu pour ne pas durer

La Cliqua "Conçu Pour Durer"(1995)
Arsenal / Night & Day
1. Intro (Jelahee / Le Chimiste)
2. La Cliqua - Tué Dans La Rue (Rocca, Egosyst, Daddy Lord C, Doc Odnhok / Le Chimiste)
3. Rocca - Comme Une Sarbacane (Rocca / Le Chimiste)
4. Coup D'Etat Phonik - Dans Ma Tête (Doc Odnhok, Egosyst / Lumumba)
5. La Cliqua - Freestyle (Rocca, Egosyst, Daddy Lord C, Doc Odnhok / Lumumba)
6. Daddy Lord C - Toujours Plus Haut (Daddy Lord C / Le Chimiste)
7. La Cliqua - Conçu Pour Durer (feat. Lyon S) (Doc Odnhok, Rocca, Daddy Lord C, Raphaël, Egosyst, Lion S / Lumuba)
"En direct de la Fourche, touche à mon emblême et je t'enfourche !" - Rocca, sur le morceau collectif "L'Underground S'Exprime Chap.1" instigué par Assassin.
Ouais ok, ça veut pas dire grand chose, on sait pas ce qu'est son emblême mais au moins on sait qu'il vient du 18ème. C'est un peu l'arnaque d'ailleurs parce qu'à part la Squadra (Rocca et Daddy Lord C), ils venaient tous de Boulogne, Pont de Sèvres il me semble. En tout cas, Egosyst (Guégué pour les intimes, Arafat aujourd'hui quand il rappe avec IMS), Doc Odnhok et Raphaël étaient du 92 plus que de Paris 18.

Depuis les premiers maxis de Daddy Lord C (et le désormais classique "Freaky Flow 1995 Remix"), on l'attendait ce premier disque de la Cliqua. Et c'est même pas un album. Commençons par exorciser une frustration : je suis passé devant le vinyle de "Conçu Pour Durer" des dizaines de fois, à chaque fois je me suis dit en voyant le vinyle translucide "je le prendrai une autre fois, je préfère acheter un disque que je n'ai pas déjà". Et puis finalement je l'ai jamais acheté et aujourd'hui, il se deal à des prix complètement dingues. Voilà, c'était la minute du collectionneur aigri.

Je me souviens qu'au début, c'est (encore et toujours) Loïc qui m'avait mis "Tué Dans La Rue" sur une cassette. Enorme gifle immédiate et définitive, la prod jazzy, la diversité et l'originalité des flows, l'ambiance générale du track... Un modèle du genre, encore aujourd'hui à mes oreilles. La première grande force de ce disque, c'est son ambiance. Les p'tits gars à la prod (en l'occurrence Le Chimiste, aujourd'hui reconverti dans la réalisation de documentaires et Lumumba) ont du pas mal écouter le grand frère new-yorkais, c'est crasseux, poisseux, collant, dur et sincère. Oui oui, rien que ça. C'est court et c'est bon (pour une fois, désolé mesdames).

Quant aux MCs, à l'époque, je ne vois pas qui pouvait rivaliser avec le duo de la Squadra (Rocca et Daddy Lord C). Le premier, petit Colombien à la voix rocailleuse est capable de placements incroyables et ses incartades en espagnol lui donnent un charisme incontestable. Le second, tout en swing, en aisance domine la discipline comme il dominera la boxe professionnelle française quelques temps plus tard. Quand les deux partagent le micro, c'est ce qu'on fait de mieux en matière de duo : les voix se marient parfaitement et les pass pass fonctionnent à merveille. La complémentarité en matière de rap à l'état pur.
Les autres, forcément, sans démériter, restent un cran derrière. Raphaël n'a pas plus de 16 ans et ne pose sa voix braillarde que ponctuellement et Doc Odnhok (Kohndo aujourd'hui) est encore trop fouillis pour convaincre. Reste Egosyst, Guégué pour la postérité, qui joue plus que les sparring partners pour les heavyweights précités. Il influencera d'ailleurs plus ou moins directement toute une scène active aujourd'hui.

Majoritairement égotrip, ce manifeste new school (avant même les guéguerres commercial/underground, il y a eu cette dichotomie inutile old school/new school... là n'est pas la question comme disait Rocca) n'a guère d'autre ambition que de montrer que le posse du Fourchlin Zoo en a largement sous le pied pour faire taire la concurrence. La rue, la rue parisienne si particulière imprègne les textes des 5 MCs. Il n'est pas question de jouer à celui qui a la plus grosse, qui est le plus gros tueur, la plus grosse caillera, juste de revendiquer un attachement à un environnement particulier. Une seule prétention : froisser des micros et là dessus, il y a consensus à l'époque : ils sont au top. Pourtant, Clark pourrait jouer les bad boys sur disque sans qu'on y trouve à redire, la réputation des Black Dragons (chasseurs de skins émérites et bande mythique des années 80-90) parlant pour lui.
Sept titres seulement, 120 francs à l'époque (je me souviens, 20 balles le titre, ça m'avait fait mal... jusqu'à ce que je pose le disque dans ma mini chaine Aiwa). Les photos d'Armen dans le livret. L'intro intouchable. "Sarbacane", le hit underground. Ce disque est une pièce maîtresse du rap français. Y a pas à chipoter.
Bon la suite a été nettement moins glorieuse que le fut ce EP et la tape que Cut Killer leur consacra. Après une compilation présentant leur label Arsenal (on aura surement l'occasion d'en reparler) et quelques compilations (dont Invasion), les rats quittent le navire. Guégué quittera Kohndo pour aller fonder IMS, Kohndo ira voler de ses propres ailes (et se fera copieusement allumer sur le maxi "Pas De Place Pour Les Traîtres") et les trois survivants auront toutes les peines du monde à sortir leur premier vrai album. Il arrivera d'ailleurs trop tard (c'est ça de venir en licorne aussi...) et malgré une production solide de Gallegos, il peinera à convaincre le public. Déçu par l'accueil et aigri que le succès d'estime ne se transforme pas en disques vendus (surtout à une époque où le rap français sait vendre gros), la Cliqua se sépare et chacun vaque à ses activités en solo.
Rocca continue à sortir des solos qui ne reçoivent pas non plus l'accueil escompté malgré certaines qualités et il décide de s'expatrier aux Etats-Unis et en Amérique latine avec son groupe Tres Coronas qui rappe en espagnol. Daddy Lord C se consacre un temps à la boxe et devient même champion de France professionnel avant de reprendre le micro... Il sortira un solo des plus décevants et il figure parmi mes plus grandes déceptions en matière de rap quand j'entends ce qu'il peut faire aujourd'hui. Quant à Raphäel, il évolue sous le pseudo de Raphton au sein du crew THC proche d'Audiomicide.

Bon, c'est la reprise là, j'aurais pu faire mieux mais faut que je me remette en jambes ! Bon, et pour le son, c'est comme avant, toujours dans la radio blog juste en haut à droite là.

08 mars, 2006

Le Dad remet de l'ordre ici

Daddy Lord C "Freaky Flow Remix" (1995)
Arsenal Records / Night & Day
1. Freaky Flow 19995 Remix
2. Les Jaloux
3. Les Jaloux (La Fourche Remix)
4. Freaky Flow
5. Freaky Flow Remix (Instrumental)
Ce maxi, c'est vraiment le symbole des débuts de ma boulimie rapologique. J'écoutais la galette chez Loïc (encore et toujours) et le sample de "Just The Two Of Us" me vrillait le crâne et Daddy Lord C était à mes oreilles le meilleur rappeur au monde. D'ailleurs, à en lire la pressé spé de l'époque, pour les rappeurs français c'était un peu la référence.

Là, la version dont je parle, c'est le CD... Sur le vinyle que j'ai aussi, il n'y a que le remix, l'accapella et l'instru. Je trouvais ça plus sympa de parler de "Les Jaloux" et la version originale de "Freaky Flow".

A la base, il y avait apparamment eu le maxi "Les Jaloux" (en 1994 d'après la pochette de ce maxi), je suis jamais tombé dessus, si ça se trouve je dis une connerie. Quand on replace le morceau dans son époque, force est de reconnaître que le Dad était quand même dans une autre dynamique que ses contemporains. Je vais encore faire appel à mes souvenirs lacunaires mais je me souviens d'un rappeur qui déclarait avoir cru qu'il s'agissait d'un Ricain quand il a entendu le morceau pour la première fois. La prod est pesante, portée par une contrebasse nerveuse et le Daddy Lord Clark pose comme personne à l'époque. Difficile à décrire cette façon de poser assez maniérée, chantonnante et, même si ça a pris un sacré coup de vieux, encore assez efficace. Le remix présent sur le maxi (La Fourche Remix) est loin d'être dispensable, on reste dans le même genre d'ambiance, c'est pas déplaisant mais bon... De toute façon, je n'ai eu d'oreilles que pour "Freaky Flow 1995 Remix".

Qui dit remix, dit forcément version originale. Méconnue, "Freaky Flow" premier du nom a du être enregistré à la même époque que "Les Jaloux". Clark y a le même type de flow, la prod est plus atmosphérique, loin des canons du Hip Hop new yorkais de l'époque dans lesquels puiseront la Cliqua peu de temps après. Elle est sympa cette version, DLC est jovial, son flow part dans tous les sens, le refrain de Sandra (un peu trop en retrait... comme la voix du Dad d'ailleurs) est pas ridicule dans le contexte de l'époque et puis y a "Funky Worm" fait de petites apparitions discrètes sympas. Du charme donc mais je n'en démords pas, le remix est mieux.

Putain j'étais une brêle quand même, il m'a fallu un bon moment avant de découvrir d'où était tiré le sample de "Freaky Flow 1995 Remix" (produit par Chimiste). Vieux motard que jamais me direz-vous, certes. Bref, pour en revenir à Daddy Lord C, je crois que c'est le titre que j'ai le plus écouté en 1995/96. En boucle, non-stop. Intégré à toutes les K7 que je me faisais pour aller au lycée, indispensable. Tous les couplets par coeur. J'étais dingue de la voix, du flow, de la présence... Faut dire que quand même, niveau maîtrise, c'était (et c'est toujours) très fort ce titre là. Le morceau, au fond, est tout simple. Une banale histoire de dinde qui veut plumer un micheton (quelle salope cette Suzie) mais que ça soit ce mec là qui en parle en ces termes là (en n'ayant pas peur de dire qu'il s'était bien fait niquer), c'était bien. La prod, légère et guillerette, se prêtait parfaitement à l'exercice.

Il avait eu raison de réenregister le titre, de modifier quelques rimes, ça gagnait grave en fluidité et ça permettait de mieux mettre en avant les progrès considérables que Clark avait pu faire derrière le micro. La pochette du maxi annonçait "Daddy Lord C & La Cliqua" (photos par Armeni Blanco) et on voyait toute la clique derrière le boxeur (qui finira par devenir champion de France pro quand même), moi du coup je l'attendais à fond leur premier skeud. Et je serai pas déçu (c'est une autre histoire), pas comme avec le solo du Dad malheureusement.

En écoute, le remix bien sur mais aussi la version originale de "Freaky Flow" et un petit "Les Jaloux" première mouture parce que... "Daddy Lord C remet de l'ordre ici".

07 mars, 2006

La magie des 6 Noirs

Aaaaah là je m'attaque à un de mes disques de chevet. J'ai juste un petit problème de chronologie personnelle, je sais plus quand j'ai découvert tout ça, avant ou après la tape de Cut "Spécial Ménage A 3", j'étais pas super au top de l'actu à cette époque là. Je me souviens d'avoir acheté le maxi de "La Magie Du Tiroir" à un disquaire qui avait un stand sur un marché en Bretagne. A St Malo ou à Dinard. J'ai eu du pot quelque part, j'ai l'impression qu'il n'y en a pas eu des tonnes de sortis. En tout cas, je suis jamais retombé dessus dans les bacs d'occaz.
Y avait pas grand chose dessus, 3 titres seulement mais pas les plus mauvais.

2Bal 2Neg' "La Magie Du Tiroir" (1996)
Crépuscule / Echec Et Mat
1. 2Bal 2Neg' - La Magie Du Tiroir (Radio Version)
2. 2Bal 2Neg' - Labyrinthe (Album Version) (feat. Vestat, Rocca, Vensty, Mr. R & NOB)
3. 2Bal - Où Est Mon Gang ? (Bonus Track)
Ça a l'air un peu désuet aujourd'hui mais à l'époque le thème de "La Magie Du Tiroir" était assez original. Jusqu'ici, les disques qui sortaient étaient ceux d'artistes signés en maison de disque et là, on a des mecs qui gueulent "allez vous faire foutre, on fait notre biz sans vous vu que vous voulez pas de nous". Assez couillu et l'image utilisée était bien trouvée. Ils en auront chié pour le sortir leur disque si mes souvenirs des interviews de l'époque sont bons (je dois toujours avoir les Radikal dans ma cave, faudra que je cherche) : pas de thunes pour les studios, c'était le système D pour trouver des bandes. Je crois me souvenir aussi que le disque a mis un an et demi pour sortir et que les jumeaux des 2Bal n'avaient que 16 ans au moment de l'enregistrement. Impressionnant quand on écoute leurs prestations.
"Labyrinthe" c'était exactement le genre de titres que je kiffais : plein d'invités et un concours à celui qui rentre le plus dans la gueule de l'autre. Et pour finir "Où Est Mon Gang ?" un morceau des 2Bal Niggets (les jumeaux Doc TMC et G.Kill et le créateur du Ménage, Krokmitten) bien sombre qui impose bien l'identité du MA3. Manquait que la folie du Krok'...

Ah ouais au fait, pour ceux qui l'ignorent, 2Bal 2Neg' c'est la réunion de deux groupes bien distincts qui ont unis leurs forces et ressources pour sortir un disque. Les 2Bal Niggets from da 77 dont je viens de parler et les 2Bal' composé de deux frangins aussi (Niro et Kicklow) accompagnés d'un troisième comparse (Eben) et originaires du 94. Pour ce projet là, ils reçoivent le soutien de deux duos de producteurs : KiloMaitre Production (Tefa et Masta) et White & Spirit. En réécoutant l'album, je me faisais la réflexion que des titres comme "Que Faire ?" ou "Ma Vision Du Monde" sonnaient comme les trucs de La Cliqua de cette époque là (c'est une bonne chose).

Le Tefa dont il est question, c'est le même que dans "Les 11 Commandements" et c'est le frère d'une fille que je croisais souvent en vacances à St Cast le Guildo (Côtes d'Armor, 22), la petite Béa B. dédicacée dans le dernier titre. KiloMaitre Productions étaient venus avec Eben pour maquetter l'album de J.Mi Sissoko en 1997 (ça sortira pas d'ailleurs). On s'asseyait sur un banc en face de l'appart où ils étaient et on les matait bosser par la baie vitrée. D'ailleurs je me souviens d'avoir vu Masta rapper et c'était pas mauvais. J'avais eu mon album dédicacé grâce à une copine, Charlotte (super mignonne) qui bossait dans la crêperie où je rentrais les tables le soir. Eben a pas du s'ennuyer, l'enfoiré.

2Bal 2Neg' "3x Plus Efficace" (1996)
Crépuscule / Echec & Mat
1. Intro
2. 2Bal 2Neg' - La Magie Du Tiroir
3. 2Neg' - Accepte Mon Concept
4. 2Bal - Gued 1 (Dingue Remix) (feat. Kid Mesa & Rick Sweet)
5. 2Bal - Que Faire ?
6. 2Bal 2Neg' - La Rue Est Comme...
7. 2Bal 2Neg' - Labyrinthe (feat. Venstat, Rocca, Vensty, Mr. R & NOB)
8. 2Neg' - Que d'Injustice (feat. Emi & Gravity)
9. 2Bal - Poètes De La Mort (feat. Mr. R)
10. 2Bal - Où Est Mon Gang ?
11. 2Neg' - Noir C'est Noir (feat. Lyon S)
12. 2 Neg' - Ma Vision Du Monde
13. 2Bal 2Neg' - Interlude
14. 2Bal - Vie De Chien (feat. Emi)
15. 2Neg' - Old School Shit
16. 2Bal - Dingue
17. 2Neg' - Lascars
18. 2Neg' - Est-Ce Qu'on Flingue ?
19. 2Bal 2Neg' - Lève Ta Main (Mission Suicide)
20. 2Bal 2Neg' - A Suivre...
Et donc cet album, ben il est bien. Vraiment bien. Et pas que parce que la nostalgie joue. Déjà c'était quand même bien produit (ah ce petit sample de "Melody Nelson" pour "La Magie Du Tiroir") et de ce coté là, ça vieillit carrément bien. L'album est assez varié, des samples de jazz, des trucs plus dark, des trucs festifs, y en a pour tous les goûts tout en gardant une vraie identité.

Ensuite, parce que ça rappait sacrément bien, surtout les 2Bal d'ailleurs. Les jumeaux ont une présence incroyable, techniquement c'est super fort (16 ans merde). Ils s'amusent avec leurs voix (TMC chante pas mal... il avait fait un morceau solo sur une compile de Tonton David vraiment sympa), balancent des trucs bien connards et puis de temps, sont capables de trucs plus personnels avec pudeur ("Que Faire ?" qui avait été clippé).
Et puis y a Krokmitten. Complètement dans son monde le fondateur du Ménage A 3. Le mec est super discret, on ne voyait jamais sa tête (il s'amusait bien avec ses masques) et on savait très peu de choses sur lui. J'avais lu dans "Rap Ta France" qu'à l'origine il officiait sous le pseudo de Harry X à ses débuts du coté de Villeneuve Saint Georges où Solaar le croisait de temps à autre. Même dans les 2Bal, on l'entend peu mais merde, je suis fan. Son couplet halluciné sur "Poètes De La Mort" fait partie de mes couplets préférés de tous les temps. Depuis, il a fait des vidéos complètement incroyables et des disques absolument dans la matrice (y en a un où il raconte l'histoire des jeux vidéos en enchaînant des noms, bien perché).

Quant aux 2Neg', c'est clairement Niro qui tenait la barraque. Il est speed, plutôt technique même si aujourd'hui son flow est assez daté. C'était pas mal écrit, en tout cas souvent mieux que son pote Eben qui était un peu trop en force et en sérieux. J'aimais bien Niro pour son humour et son coté "je m'éclate sur le beat". Kicklow, j'ai jamais trop bien pigé ce qu'il foutait dans le groupe. J'ai eu une période où j'étais à fond sur les apparitions des 2Neg' sur l'album, le coté "conscient" tout ça et puis finalement non, je reste un connard alors rendez moi mes Niggets.

Avant d'oublier... Les interludes de l'album sont cools. Celui en plage 13, cette petite boucle de piano délicate qui servira d'habillage à une scène de "Ma 6-T Va Crack-er" il me semble et surtout le "Old School Shit" qui parodie les sessions freestyle de Radio Nova à l'ancienne. L'animateur qui parle en faisant genre "je rappe", les mecs qui rappent depuis deux semaines et les blases ridicules ("MC NEW !!! ET MC FORCE POPOPOPO !"). Aller, je repose mon petit frites-merguez... Ok c'est sur...

C'était bien ce disque, je l'aime toujours autant même si je sens bien qu'il commence à vraiment vieillir. L'aventure 2Bal 2Neg' s'est terminée avec un concert à l'Elysée Montmartre, ça avait fait la couv' de Radikal. Le drame. Je n'étais pas allé à celui-là. Avec Loïc (ça faisait longtemps que j'avais parlé de lui tiens), on était allé à la Clé à St Germain. La salle était blindée, que des Renois foncedés... Un peu trop d'ailleurs, ça a fini par partir en baston. Eben a arrêté le show et est descendu dans la fosse pour afficher les mecs. Marrant, ça a calmé tout de suite tout le monde même si ses potes sur scène étaient un peu inquiets (visiblement il est difficilement controlable sous pillave). En tout cas, c'était mortel. On est resorti de là dégoulinant de sueur (bravo l'aération mais pas seulement), les mecs assuraient sacrément. Putain de bon souvenir.
Ensuite, Doc TMC a fait des grosses conneries et a pris 15 ans fermes. Peu de temps après, Niro a sorti un maxi estampillé 2Bal 2Neg' "Du 77 Au 94 La Charge", un truc assez médiocre, bricolé bizarrement. Un seul titre inédit, l'autre face c'était un morceau de Niro. On a compris, te casse pas, c'est bel et bien fini et vous n'aurez pas eu l'occasion de faire le disque de trop ensemble.

Et pour la route, quelques titres dans la radio blog : "La Magie Du Tiroir", "Labyrinthe" avec Venstat, Rocca, Vensty, Mr. R & Nob pour les morceaux des deux groupes réunis, "Ma Vision Du Monde" des 2Neg' et deux morceaux des 2Bal' "Que Faire ?" avec Doréa au refrain et bien sur "Poètes De La Mort" feat. Mr. R encore (Krokmitten rulez).

06 mars, 2006

J'apparais sur l'instru comme une roquette à fragmentation

VA "Dontcha Flex vol.3" (1997)
Mix-tape
- Face A
1. Res.K-P
2. Les Reptiles feat. Mr. R & X-Ena
3. Nysay
4. ATK
5. Malone
- Face B
1. Dany Dan & Driver
2. Busta Flex, Mass, La Vipère & Dontcha
3. Zoxea, Dontcha & K-Reen
4. E.K-Tomb
5. Seul 2 Seul & Quitte Ou Double

VA "Dontcha Flex vol.4" (1997)
Mix-Tape
- Face A
1. Dontcha, Mass, Joey Starr & Lord Kossity (refrain : Peggy)
2. Mass, Dontcha, Daddy Lord C & Les Reptiles
3. Iron Sy & Test
4. Dontcha, Daddy Lord C & Dexter
5. Antilopinterlude
6. Less' Du 9
7. Clash Impro : Zoxea vs Dontcha
- Face B
1. RCFA
2. ATK
3. Akt[é]Fraz[é]
4. Fatcap
5. Les Refrés
6. Improbonus : Zoxeakopat
A la fin des années 90, la mix-tape était le passage obligé pour tout MC qui voulait se faire connaitre et c'était un vrai échange de procédés entre le DJ/l'instigateur et les artistes. Pas un simple délire "wesh t'as vu j'monte un projet mix-tape là, vas-y fais moi un morceau, tu trouves une prod originale, tu fais un inédit et tu dédicaces mon truc dans un couplet t'as vu... Hein ? Un studio ? Ah non man, j'ai pas de studio mais c'est pas reuch. Vas-y, je te rends service, fais pas ta pute !" (et avec les net tapes c'est pire encore). Les mecs aimaient rapper, on les prenait pas encore trop pour des cons et y avait pas encore les facilités d'autoprod qu'il y a aujourd'hui donc la mix-tape était un vrai support à prendre en compte.

Dontcha Flex, on l'avait entendu sur "Hip Hop Vibes", la compile de Lord Killer sortie chez Night & Day en 1996 mais c'était un peu un inconnu parmi un paquet d'autres. Et puis les disquaires spécialisés parisiens mettent en vente une tape à son nom, le volume 3. On apprendra plus tard qu'à l'origine Dontcha officiait en Belgique et qu'il y a sorti les deux premiers volumes.

De toutes les mix-tapes que j'ai pu écouter (et mon parcours m'a conduit à en écouter des centaines... pour le pire le plus souvent), je crois que ces deux là sont mes préférées. Devant les "Poska #25", "Opération Coup 2 Poing" et quelques autres considérées comme des classiques. Pas de mix, pas de DJ, pas de prods originales mais que des titres inédits sur des grosses faces B américaines. Et niveau casting, le choix a été judicieux.

Ces tapes m'ont fait découvrir ATK à l'époque. "Microtest" était sorti de façon confidentielle et exclusivement en vinyle en 1996 mais je ne l'ai eu dans les oreilles que des années plus tard. J'ai toujours aimé les posse cuts, les trucs avec trouze mille mecs qui viennent placer un 16 mesures histoire de jouer à celui qui a la plus grosse. ATK, ils étaient 6, c'était déjà pas mal et ils avaient tous un truc différent entre les chouineurs conscients (Axis et Antilop.SA), les "techniques classiques" (Test et Fredy K) et les doux dingues, mes préférés Cyanure et Fréko. Sur la 4, ils posent sur le sample de valse à la con qui a fait le succès d'André Rieux et sur la 3, sur la même boucle utilisée par Xzibit pour "Paparazzi" donc gros samples de musique classique grillés. Ça avait son charme à l'époque...
Ils devaient être pas mal avec Dontcha à l'époque puisqu'on retrouve également Antilop pour une interlude (assez insignifiante) et Test avec Iron Sy sur "Dé Dé Dé Dé" (il avait déjà un truc à l'époque l'ami Sy).

Dans la catégorie découverte, il y avait aussi les Reptiles (Anaconda, Royal Cobra Naja et La Vipère) qui étaient les "petits" de Mass des Res.K-P. Ils avaient un style haché dynamique vraiment bien foutu avec les déterminants qui sautent devant les noms, ça avait de la gueule. Les prestations de La Vipère sur ces tapes, avec quelques couplets de Mel (du Délit), c'est un peu ce que j'ai pu préférer en France quand une meuf prenait le micro.

La Dontcha 3 c'était aussi la première apparition d'un duo de Boulogne (protégé de Zoxea) nommé Nysay. Cash (aujourd'hui Salif) et Exs sont tout minots mais sont clairement monstrueux. C'est là que Salif pose pour la première fois "J'marche en groupé, dès qu'j'mets l'grapin sur une groupie, j'fais néné à ma troupe et ça s'passe dans l'local accroupi" (très limite je le reconnais). C'est marrant mais à cet époque, les duos c'était plus que "je pose mon 16, maintenant c'est à toi et le dernier on fait moitié-moitié", chacun intervient sur les couplets de l'autre, comme en concert. Y a pas à chier, ça donnait une autre dimension aux trucs.
Ils en place une pour leur "maison de prod" dans le morceau, C 2 La Balle qui regroupait à l'époque Nysay, Tony Fresh (Mafia Underground) et L'Skadrille sous l'égide de Ziko (ex-La Brigade), label qui malheureusement ne sortira pas grand chose.

En parlant de crew qui auront pas donné grand chose, Joey Starr aura été balèse (tiens, la Dontcha 4 ça doit être sa première tape). Après avoir clamé Black Tagga avec Solo et Polo, y a une histoire de Perestroïka avec Dontcha et sans doute quelques autres (Socrate de Tandem, originaire d'Aubervilliers où Dontcha a posé ses valises après la Belgique ?). Bon, on n'en verra pas la couleur. La collaboration entre Dontcha et Joey ne durera pas des masses non plus. Jaguar Gorgone (boooom bang !) devait réaliser le solo de son pote ("Les Bords Du Fleuve") mais comme avec Beedjy (une meuf dont il était également aussi sensé s'occuper), l'histoire finira en eau de boudin. Mais Jojo aura pas tout perdu au change, suffit de regarder le tracklisting des tapes et de les comparer avec celui de la première compile "B.O.S.S." : Les Reptiles, Fat Cap, Mass, Iron Sy (tous signés chez Joey et Spank mais qui n'auront toujours pas sorti d'album en 2006), Akt[é]Fraz[é].

Les mix-tapes, c'était à la fois l'occasion pour les MCs de tester des couplets et pour les auditeurs de se tenir au courant des derniers rapprochements du milieu rap. Le couplet de Busta Flex sur la Dontcha 4 en est le meilleur exemple : on retrouvera ses rimes sur son premier album (ou alors sur un inédit sorti en face B d'un maxi, flemme de chercher là) et on découvre le rapprochement entre le Flex Baba et Kool Shen ("J'en place une pour Zizi, Jimmy, pour Kool Ne-she"). C'était un peu le début de la fin du Busta de la grande époque, juste avant son album chez IV My People, encore dans la dynamique freestyle.
J'aimais bien ce truc d'ailleurs. Acheter un album et pouvoir chanter les couplets dès la première écoute (genre "Les Bords Du Fleuve" de Dontcha ou Mr. R sur "Sachons Dire Non" je crois), ça créait un climat complice entre le disque et moi, et ça j'aime bien.

C'était sympa ces K7, y avait une bonne ambiance. Le clash sympathique entre Zox' et le DON qui, à défaut d'être vraiment bien (comme le voudrait la légende populaire) est amusant. Même chose pour l'impro de Zox'. Et puis à part quelques titres franchement passables (celui de Malone et le 2ème des Refrés), ça tient sérieusement la route. Tous n'ont pas fait une longue et riche carrière mais ils ont plus ou moins compté à un moment ou à un autre dans leur style. Ah et je savais pas où le dire mais "c'est dingue comme la voix de Seul 2 Seul ressemble à celle de Kery James sur cette tape !". Voilà.

Bon, petite sélection pour la radio blog, je vais me faire plaisir... On va mettre du Res.K-P, du Reptiles, du ATK, du Nysay et puis d'autres trucs. Aller zou.

28 février, 2006

Hip Hop Vibes a de jolies jambes

VA "Hip Hop Vibes" (1996)
Night & Day
1. DJ Yves - Haute Tension
2. 3 Coups - Miroir
3. E.K-Tomb - Piège
4. Dontcha Flex - Je T'Epate
5. Puzzle - Venu Des Souterrains
6. Coos J. Mwapa - Mission Accomplie
7. Gued-1 - Gued-1 Elite
8. MAG - Aucune Chance
9. Malédiction du Nord - Juste Bon Pour Le Sacrifice
10. Jazzywill & Bamboo - Icognito
11. Sefaket Kurk - Couteau A Double Tranchant
12. Mic Xeno - Insomniak
13. Art Syndrom - Mal A La Tête
14. Ad'Hoc-1 - Criminalité
15. Res.K-P - Fais-Toi Plaisir
A l'époque, j'avais toujours un oeil sur les sorties Night & Day (y a comme de la redite) et je traquais toutes les apparitions de la Cliqua et du Ménage A 3. D'ailleurs, ça m'a poussé à acheter certains trucs parfaitement horribles du genre la compile "Pax Mafiosa" dont je n'ose même pas remettre le disque dans ma chaîne. Mais pour le coup, "Hip Hop Vibes" compilation instiguée par Lord Killer avec la collaboration du label Phat Crats et le soutien du SAN d'Evry contenait quelques trucs sympas et servait de support à la première apparition de certains qui feront un bout de chemin.

On va la faire rapide, sur les 15 titres, y en a pas la moitié à retenir. Puzzle n'ont pas encore le coté carré qui fera leur succès (d'estime) quelques temps plus tard, Coos J. et Mwapa ne rappent pas franchement bien et le délire "black pro" est un peu limite, la prod du morceau de MAG est cacophonique, le titre Jazzywill & Bamboo est génant de wannabisme, etc...

Du coup, obligé de se retourner vraiment sur la raison première de l'achat et tant pis pour les surprises (ou presque). Pas de 2Bal' Niggets pour le coup mais les 3 Coups, Ad'Hoc-1 et les Gued-1. Ces derniers, on les a quasimment jamais entendu d'ailleurs... à juste titre quelque part puisque "Gued-1 Elite" (produit par DJ Fun) est encore super light. On retrouve quelques quelques gimmicks déjà entendus sur la tape de Cut mais comparés à Ad'Hoc-1 par exemple, ça tient pas la route.
Les Ad'Hoc font bien plaisir d'ailleurs, avec un titre dans la droite lignée de "Ad'Hoc Mène La Barre". Philo et Mah-Jong ont la pêche, c'est un vrai duo où chacun intervient pendant les couplets de l'autre et il avait un certain pour le refrain qui reste dans le crâne.
Ce sont eux qui assurent l'intro du morceau des 3 Coups, un morceau assez classique de Mr. R et Lyon S (comprendre Mr. R en fait trop et Lyon S a une putain de voix). Pas franchement indispensable mais les apparitions du duo sont rares et puis y a une grosse part de nostalgie.

Dans la famille du Ménage A 3, je voudrais les deux fêlées morbides D. Maxxi (alias "The Grave Digga", tout un programme) et D. Abless d'E.K-Tomb. Alors là, c'était un peu la révélation pour moi. Ok c'est super forcé dans le délire "on prend des voix d'outre-tombe" mais merde, elles assuraient les deux. Je sais pas, j'ai toujours eu de l'affection pour elles même si clairement, c'est too much. Et puis ça me rappelle un tournoi de volley à l'héliport de je sais plus où à coté de Paris, le walkman vissé sur les oreilles, le soleil qui cogne, Fanny et Clémentine avec leur petit short...

Dans un délire assez proche, La Malédiction du Nord faisait une apparition remarquée ("J'ai pissé dans l'saint Graal, baptisée dans la 8.6. la Malédiction du Nord ramène le 666"). Bouuuuh attention on fait de l'horrorcore ! Impossible à réécouter ce titre en fait. Pourtant il faisait bien parler de lui à l'époque. Je sais plus s'il était sur leur EP, un vinyle qui m'a toujours fait rêver parce qu'il était violet transparent (comme celui de la Cliqua que je me bouffe encore les couilles de pas avoir acheté à l'époque... tout transparent). Mais bon, c'était trop glauque pour moi, trop joué ça me fatiguait rapidement.

Marrant que je dise ça parce que j'ai toujours bien aimé les Res.K-P, et dans le genre surjoué ça se posait là quand même. Les mecs prennent des voix pas possibles, reprennent la chanson des nains de Blanche-Neige, ça rappe même pas spécialement bien ! Je sais pas qui est qui (à part Mass la grosse voix et Tema l'Alien et sa voix de cartoon) mais ils ont l'air de tous bien s'amuser ces gens là. Et c'est ça qui me plaisait bien.

Bon ben en fait, je me rends compte que cette compile c'est quand même pas mortel et que c'est plus le souvenir ému de ce tournoi de volley et des jambes bronzées de mes copines qui me le fait apprécier. Ah et j'aimais bien le tracklisting taggé : j'ai passé un moment à imiter les lettres dans mes classeurs au lycée. Ceci étant, j'aime vraiment le morceau d'Ad'Hoc-1 qui va se retrouver de ce pas dans la radio blog ("Criminalité") avec celui d'E.K-Tomb ("Piège"). Après j'étais en tatance pour en mettre d'autres... et puis finalement, allons-y, rions : Malédiction du Nord "Juste Bon Pour Le Sacrifice" et "Fais-Toi Plaisir" des Res.K-P. Et puis encore une louche de Lyon S pour la route ("Miroir").

27 février, 2006

Invasion... de disques dans mes étagères

VA "Invasion" (1997)
Night & Day
1. Cut Killer - Intro
2. La Cliqua - Apocalypse
3. Different Teep - La Rime Urbaine
4. Soul Swing - Radical
5. N.A.P. - Les Vieux De La Vieille (Whesh Part.2)
6. Ideal J - Attaque Contre Attaque
7. Mr. R feat. Le Philosophe - R III
8. Double Pact - La Vie En Face
9. Section Fu - Full Concept
10. Expression Direkt feat. Rohff - J'fais Pas De Sentiments
11. D. Abuz System feat. Oxmo Puccino - Est-ce Qu'ils Sont Prêts
12. Légitime Processus - Fifty Fifty
13. Tout Simplement Noir - La Vie d'Artiste
Je vous ai déjà parlé de Night & Day pour dire que c'était bien. Je persiste et je signe. En 1997, le label a recueilli pas mal de groupes de ce qu'on appelait "l'underground" français. C'est quand même marrant de parler d'underground à l'époque, surtout vu le nombre de groupes qui passaient en heavy rotation à la radio. Vraiment un truc d'ado qui se cherche à se mettre en opposition par principe. Le rap quoi. Quand on regarde l'horrible pochette, c'est vraiment ça : une Renoi en treillis (c'est la guerre man) qui prend d'assaut Paris, maltraitant ses symboles (le kondé, le béret-baguette, le juge, la Tour Eiffel et l'Arc de Triomphe) avec un plaisir non dissimulé. Wesh mon pote, le rap français envahit la France et nique tout sur son passage popopo !

Donc, N&D sont conscients qu'ils ont du bon sous le talon décident de faire une petite compile avec les artistes du label et ils confient la "coordination artistique" (je cite le livret) à un certain... Mehdi Faveris-Essadi. DJ Mehdi, Ideal J. Le bonhomme avait mis une bonne claque à tout le monde avec "O'riginal MC's Sur Une Mission". Et il nous récupère de l'inédit (au moment de la sortie) avec des trucs qui resteront comme des gros morceaux du rap français.

C'est un produit bien bossé quand même. Cut mixait des extraits de tous les groupes présents (il avait bien kiffé sur Rohff visiblement d'ailleurs), on avait un délire mix-tape sur CD, ça claquait bien. Le livret était sérieux aussi, petite présentation des groupes sans en faire trop dans la promo (mettre un son de N.A.P. en disant qu'ils arrêtaient de rapper, c'était marrant), ça permettait de situer un peu tout ce monde (et donner des envies d'achat arf).

Comme des narvalots à l'époque, on a pas mal scotché sur "R III" (le premier album de Mr. R n'était pas encore sorti) qui craint quand même salement. Le sample de musique classique de Black Mozart, R qui partait en couille sur le refrain... On ne peut pas dire que ça ait bien vieilli (ni même que ça ait été vraiment bien en fait).
Dans un autre délire mais aussi insupportable (et déjà à l'époque), les Marseillais du Soul Swing. Les mecs s'appelaient Dope Rymes Sayer (aujourd'hui Faf Larage) et Grand Organisateur DEF (Def Bond), quand même, gardez la pêche les mecs. Le troisième à rapper n'était autre que... K.Rhyme Le Roi. Que du lourd. Le rap marseillais, ça a toujours été un peu naze, un peu balourd et là, on n'était pas dans les meilleurs exemples du contraire.

Dans le genre "j'aime bien mais j'ai un peu honte", le morceau de N.A.P. (New African Poets, les Strasbourgeois straight outta Neuhof) avec son ton larmoyant et son piano-violon de rigueur m'avait donné envie d'acheter leur album "La Racaille Sort 1 Disque". Et puis je réécoutais bien le morceau et je me rendais compte que non, les mecs étaient p'tet sincères et tout mais... ils rappaient pas très bien. Et comme l'album était pas donné et que j'avais pas trop de sous, je me suis abstenu. Sans regret finalement.

Je l'ai déjà dit mais à la base j'étais dingue de la Cliqua. Alors forcément un inédit, ça se fêtait. Sauf que non, j'ai jamais été emballé par "Apocalypse" et aujourd'hui encore, il me laisse une impression bizarre ce morceau. Déjà, Ace à la prod m'avait pas convaincu, je préfèrais la patte feutrée d'un Chimiste. Après, Egosyst avait quitté le groupe, Doc Odnhok était devenu Kohndo et la fraîcheur légère amenée par le duo de Boulogne manque cruellement. Quant à Daddy Lord C, il est en cours de mutation ce qui l'amenera au médiocre Dad auquel on aura droit sur "Le Noble Art" (une de mes plus grosses déceptions). Le délire martial du morceau est lourdingue, on les sent crispés, trop dans le démonstratif qui tombe à plat. Le début de la fin...

La Mafia K'1 Fry commence à se placer sérieusement dans le petit monde du rap français. Different Teep a sorti un premier maxi en 1995 ("La Route Est Longue" dont une nouvelle version, produite par DJ Mehdi sortira l'année d'après), Ideal Junior est devenu Ideal J, "La Vie Est Brutale" est enterré et la renaissance se fait de fort belle manière avec "O'Riginal MCs Sur Une Mission" et Rohff a fait ses armes sur "Guet-Apens" du TIN et Weedy.
Manu Key, Lil Jahson et Mista Flow prennent un coup de vieux à coté de leur nouvelle garde. Leur maxi avait reçu un bon succès d'estime, les gens attendaient la suite mais des petits soucis de justice laisseront Manu en solo pour un moment pendant que les jeunes font leur trou. "La Rime Urbaine" n'est pas foncièrement mauvais mais à côté du "Attaque Contre Attaque" de Kery, il fait pâle figure. On est dans la droite lignée de l'album, on a la même urgence, le même caractère écorché vif (je m'emballe un peu nan ?) et la prod de Mehdi, bien représentative de son époque, permet au titre de se classer parmi les meilleurs du genre. Quant à Rohff, il ne fait qu'assurer le refrain du sombre et violent "J'Fais Pas De Sentiments" (c'est moi où ça sample la pub Obao ?), pas forcément grandiose au passage, mais il en impose.

A l'époque, ils trainaient ensemble tous là : D. Abuz System, Express D., Mafia K'1 Fry. Et Abuz mettait des gifles au micro à 90% des rappeurs français. Putain, quand il démarrait à fond comme sur "Est-Ce Qu'Ils Sont Prêts", ça cognait dur. Des punchlines connard comme il faut, bas du front du genre "Hey MC t'as un chat dans la gorge ou quoi ? On va te mettre une souris dans le cul peut être qu'il descendra", grande classe. Mais il assurait aussi dans le genre posé, souvenez-vous de "Pourquoi".

Dans le genre "Je fais bien ce que je sais faire", je demande Double Pact, Section Fu et TSN. Les premiers ont passé un palier depuis "Impact N°3" : la prod d'Yvan est plus léchée, Stress et Nega ont fait des progrès considérables aussi bien niveau forme que fond et se complètement mieux que jamais. Malheureusement peu de temps après, Night & Day fermera ses portes et leur premier album n'aura pas de distrib' en France (je l'ai en vinyle quelque part, faut que j'y rejette une oreille ça promettait quand même).
Pour Section Fu, "Full Concept" fera partie de la longue liste de titres éparpillés sur des compiles et qui auront retardé l'album de Dexter, Voodoo, Linko et Rudee (Atimali aujourd'hui)... à tel point qu'on ne l'aura pas avant 2003 (trop tard). Là c'est vraiment le concept de la Section, le délire de l'échiquier. C'était super original à l'époque, le EP "Mortal Kombat" était un must have. Avec le recul, je déchante un peu : j'aime toujours autant la voix de Voodoo, Dexter me fait marrer avec son off beat mais les deux autres sont un peu transparents. J'ai une grosse affection pour eux mais merde, je m'étais mis dans la tête qu'ils rappaient mieux que ça.
Et enfin Tout Simplement Noir... Les trois Négros Parigos que sont J'L'Tismé, Bess et L'Parano Refré cloturent la compile tranquilement, toujours aussi "jmenbalek" et branchés cul que sur "Dans Paris Nocturne". Laaaaaaaaaaaid back et toujours classe ("Puis j'vais iech iech yo dans mes te-chio, tu t'demandes ce que j'ai damé, c'était pas des fayots").

Pour la fin je me suis gardé les méconnus Légitime Processus. Trois MCs (Efay, K-Libre et 2Toff), un toaster (Loo Ranks), un DJ (DJ LC) et un producteur (RC) qui n'auront pas eu grand succès au delà de l'estime de quelques DJ et quelques auditeurs éclairés. Il y avait un morceau assez mémorable sur leur album éponyme, "Quel Pied Quand Elle Pleure" où Efay parlait de sa bite (et non, pas la peine d'appeler les Chiennes de Garde, ce n'est pas une apologie des violences conjugales), c'était quelque chose. Je les avais découvert avec "Fifty Fifty" justement, où seuls Efay et Loo Ranks sont présents. Il aura fallu attendre que j'ai l'album (en vinyle, wesh "Résistance Vinylique" ou quoi) pour capter que le premier couplet n'était interprété que par un seul mec, Loo. Bluffé étais-je. Et Efay s'en sortait pas mal même si aujourd'hui ça a vieilli. Le refrain restait dans le crâne et puis y avait des bruitages de Street Fighter II aussi. Gros coup de coeur ce morceau, il me fait toujours bien plaisir.

"Invasion", ça fera comme "La Haine", ça me coutera des thunes. Il fallait que je comble les trous dans la discographie. D'ailleurs, à part Soul Swing et NAP, il doit pas me manquer grand chose. Ah si putain, j'ai "Dans Paris Nocturne" qu'en K7...
Trève de blabla, j'en ai déjà étalé une sacrée tartine, on va se mettre un peu de son : Ideal J bien sur ("Attaque Contre Attaque"), D. Abuz System avec Oxmo Puccino au refrain ("Est-Ce Qu'Ils Sont Prêts - Tu crois marquer comme l'encre mais tu n'es qu'un trait de craie") et le "Fifty Fifty" de Légitime Processus. Et puis "La Vie En Face" de Double Pact tiens, aller.

24 février, 2006

Tu en tomberas forcément accro... codile



Sacré Bruno. Il m'avait tué sur "Autopsie" avec Ministère AMER en 1994 ("95200" mon album de chevet en rap français), ses jeux de mots à deux balles, sa nonchalance, sa façon de parler de son quartier... Présence furtive mais ô combien remarquée. C'était un sacré bon titre d'ailleurs : le refrain complètement débile ("Tant pis pour ta mère v'la le Ministère !"), l'extrait de "American Me", Stomy qui reprend des comptines pour parler de camés, j'ai saoulé les gens dans la cours de récré au collège avec ça !

Je savais pas grand chose de ce Bruno/Doc Gynéco. Il n'avait fait que ça et vu qu'à l'époque, Passi et Stomy ne faisaient pas de compiles, c'était un peu l'invité mystère mais définitivement, ce mec avait un truc à part.

Et puis deux ans plus tard, un CD 2 titres arrive dans les bacs, "Viens Voir Le Docteur" (ouais putain, quand j'y pense, acheter des 2 titres, quelle connerie, surtout quand y a même pas d'inédit ou de remix dessus). La prod est lente, groovy, chaude. On est loin des canons du rap de l'époque qui fronce les sourcils ou couine sur des boucles piano-violon en clâmant le "vrai" Hip-Hop.
Bruno chantonne, joue avec les mots, use et abuse des métaphores avec une nonchalance narquoise inédite. Pas de violence, pas d'histoire de quartier, Gynéco parle de filles, de cul. On est en pleine guéguerre anti-wacks (après les délires old/new school). Faut dire qu'on se tape de sacrées merdes dans le genre festif à la con ou calibré pour la radio : les Kim, les Squeegee (des mecs de Besançon qui avaient fait un clip horrible façon "Braveheart") et d'autres perdus dans les méandres des one-hit-wonders (et encore). Mais Bruno, il a un truc. Il a un univers, un vocabulaire, une présence.
Et puis sur le 2 titres, y a un feat. de Passi qu'on n'avait pas entendu depuis "95200" ou presque. "Est-Ce Que Ça Le Fait ?" (ouaaaaaaaaaaaais ouaaaaaaaaaaaaais) est lui aussi funky, chaleureux et même si les deux compères racontent n'importe quoi, ça reste méchamment dans le crâne. Bon, il arrive cet album ?
Tiens j'me disais là... C'est quand même moche que Passi n'essaie plus de s'amuser avec son flow comme il le faisait à l'époque. Ok il a jamais été un très grand rappeur mais au moins, on s'ennuyait pas autant que depuis qu'il fait ses "Dis L'Heure 2...".

L'album donc.
Doc Gynéco "Première Consultation" (1996)
Virgin France
1. Viens Voir Le Docteur (Dirty Moog Mix)
2. Dans Ma Rue (High For The Chronic)
3. Nirvana
4. Passement De Jambes
5. Né Ici
6. Vanessa
7. Classez-Moi Dans La Varièt'
8. Les Filles Du Moove
9. Si Tu Crois Que Je Pèze
10. No Se Vende La Calle (L.A. Razza Mix)
11. Celui Qui Vient Chez Toi (Quand Tu N'es Pas Là)
12. Est-Ce Que Ça Le Fait? (feat. Passi)
13. Tel Père Tel Fils (Papa Was A Rollin' Stone) (Version Radio)
14. Première Consultation

Franchement, malin le Gynéco. Il anticipe à fond. "Classez-Moi Dans La Variet'". Il fait du rap mais il faudra pas lui prendre la tête avec nos conneries de rappeur. La street crédibilité, le paraître, les sourcils froncés, la posture, il a observé visiblement. Mais il préfèrait jouer au foot. Ou avec ta meuf. Et aujourd'hui, maintenant qu'il est un rappeur de façon officielle, il a pas envie qu'on l'emmerde avec ça.
En fait, il a anticipé un tas de trucs quand on regarde. Il savait déjà qu'on allait lui casser les couilles parce que c'était pas "du vrai rap" ("Classez-Moi Dans La Variet"), qu'il allait avoir du succès et qu'on allait les lui briser avec les thunes ("Si Tu Crois Que Je Pèze"). Hop, direct, il a les réponses toutes prêtes, pas besoin de se fatiguer à écouter les mauvaises langues.

Pour un mec qui maquettait son truc pour se marrer sur des boucles faites à l'arrache la nuit pendant les sessions d'enregistrement de "95200", il savait quand même bien où il allait. Après, c'est une question de coup de bol, de Buretel qui était chez Virgin le signe et l'emmène à L.A. pour enregistrer son album avec des zikos. Je sais pas si y avait eu beaucoup d'albums de rap français enregistrés avec des instruments live jusque là. Le fait est que ça donne une sacrée chaleur au tout et lui permet de bien vieillir. Gynéco n'est pas là pour la technique mais pour la musique. Il fait les choses simplement, avec légereté et ça fonctionne.

Il m'a toujours fait marrer. "Les Filles Du Moove" annonçait la génération de skyblogueuses d'aujourd'hui en collant aux tass de boite de l'époque (doit toujours y avoir les mêmes mais j'y vais pas). Ça m'aurait bien fait délirer un bon morceau sur ces grognasses fans de photos de bébés en noir et blanc, de mecs torses nus (en noir et blanc toujours), de dauphins ou de chevaux qui copient-collent des textes de leurs chanteurs niais préférés à moins qu'elles ne se croient doués d'un talent pour la poésie dépressive. "Hihi elle cè ma best jt kiff cro cro cooooooo, lachè vo com!!!!! en + elle è celib !!!!!" ou "jte coné pa encor tro bi1 mè jte kiff grav !!!!". Bordel, y a des mecs qui sont serial niqueurs de ce genre de dinde. Mais je m'égare...

Un pseudo à la con qui choquera un temps les féministes, un single censuré en radio ("Nirvana" pour la phrase sur le suicide de Bérégovoy) et un autre qui connaîtra la foudre d'associations couineuses (putain pour prendre mal le coup de "les Youpins s'éclatent et font des magasins", fallait vraiment avoir envie de faire chier le monde) sans oublier les embrouilles avec le Secteur Ä (je la garde pour plus tard tiens), ça aide pour le marketing qu'on le veuille ou non, que ça soit calculé ou non.

Le public achète en masse un album de rap. C'est un peu l'alibi des familles pour dire "le rap c'est trop violent mais j'aime bien Doc Gynéco". Il veut amener le public au rap et le rap au public. Apologie du cul, du foot, des drogues douces, du quartier et dénonciation des délires intégristes du rap, ça parle à la ménagère qui veut s'encanailler sans choquer et qui veut rester à la page. Chapeau Bruno.

Aujourd'hui, Bruno Beausire fait partie du paysage culturel français. Il a sa marionnette de foncedé aux Guignols, il fait des albums plus ou moins réussis, il sort des bouquins où il parle de sa vie et de sa philosophie (et même que c'est pénible à lire) mais son premier album ne vieillit pas. Surement parce qu'il n'a pas été pensé comme un album de rap mais bien un album de variétoche sympa, malin et bourré de rengaines qui trottent dans la tête. Je le connais encore par coeur (à quelques exceptions près, genre "Première Consultation" que je trouve un peu light).

Petite sélection dans la radio blog comme pour chaque article : "Autopsie" avec Stomych et Passich, "Dans Ma Rue" qui lui a apporté le succès, "Les Filles Du Moove" parce que ça me fait toujours marrer ce coté "mec désolé pour ces pauvres filles", "Passement de jambes" parce qu'il rappait pas mal là dessus et en bonus, le duo avec les Rita Mitsuko pour un live sur M6 ("Si J'Etais Riche").

23 février, 2006

Kassovitz, tu m'auras couté du blé enfoiré...

VA "La Haine - Musiques Inspirées Du Film" (1995)
Delabel
1. Intro
2. Ministère AMER - Sacrifice De Poulets
3. Sens Unik - Le Vent Tourne
4. IAM & Daddy Nuttea - La 25ème Image
5. Expression Direkt - Dealer Pour Survivre
6. Sté Strausz' - C'est La Même Histoire (C'est Asmeuk)
7. La Cliqua (La Squadra) - Requiem
8. MC Solaar - Comme Dans Un Film
9. FFF - Le Vague A L'Arme
10. Raggasonic - Sors Avec Ton Gun
11. Les Sages Poètes de la Rue - Bons Baisers Du Poste
12. Assassin - L'Etat Assassine
1995. J'ai 14 ans, je suis en 3ème au collège Montaigne. Au cinéma, y a un film en noir et blanc qui parle de la banlieue qui sort. Je suis dans une période "fier d'être banlieusard" (pas non plus à faire du "represent" à tout va mais c'est là où j'avais trouvé mon identité à l'époque) et donc forcément, je vais le voir. Tourné à quelques stations de chez moi, à Chanteloup-les-Vignes (on voit un peu ma ville quand ils prennent le train pour Paname, trop la classe), Cut Killer qui mélange Edith Piaf, NTM et KRS-One à fond dans la cité, Aktuel Force qui break, des dialogues qui deviendront cultes ("Comment ils ont fait pour faire rentrer la voiture ?!"), j'en prends plein les mirettes.

Et puis y a la sortie de la bande originale. Enfin, des "Musiques inspirées du film", la véritable BO sortira elle aussi (avec "Mon esprit Part En Couille" d'Express D notamment, repris de la compile "Ghetto Youth Progress" de Rudlion) sur le même CD que celle de "Métisse", le premier film de Kassovitz.
Cette saloperie d'album m'a filé le virus "rap français" pour un bon moment. Sacré casting il faut dire. Aussi bien les poids lourds (même si finalement le titre de NTM n'apparaîtra pas) que la relève ont fourni des inédits de qualité (sauf Assassin mais le choix du titre est justifié par rapport au sujet du film). C'est surement la première BO (nan pas banlieue ouest négro) rap en France et peut être la dernière qui colle aussi bien au film auquel elle se rapporte. Un produit cohérent quoi, ça se perd de nos jours.

Et d'entrée de jeu, ça cogne dur. Une des seules apparitions du MÄ en dehors de ses albums (aujourd'hui, ils veulent nous la jouer "on est de retour" c'est assez grotesque, bref) et un procès à la clé : c'est "Sacrifice De Poulets" portés par un Stomy qui force sa voix de fausset et un Kenzy en ministre de l'information. Ils en auront pris plein la gueule pour ce morceau, condamnés même.
Pourtant, le futur gangster d'amour (sic) ne fait que reprendre les débuts du film en incarnant un émeutier qui veut se venger d'une bavure sur un des mecs de son quartier. En tout cas, du coup, la compile sera pas rééditée. Collector mon pote.
Bref, gros morceau, je mettais ça dans toutes les compiles que je me faisais sur K7.

Y avait aussi des mecs de mon département. A l'époque, c'était le désert. Les seuls mecs du coin dont on avait un peu entendu parler, c'était La Harissa, les Portugais d'Eragny/Cergy (et ils étaient du 95). Personne de mon entourage n'avait la compile "Ghetto Youth Project", ni le maxi de "Mon Esprit Part En Couille" donc je découvre Le TIN, Weedy, Kertra et Delta avec "Dealer Pour Survivre".
Je me souviens que le truc qui m'a le plus surpris au départ, comme avec le track de Sté (il m'a fallu un moment pour savoir si c'était bien une fille), c'est la quantité de verlan utilisé dans ce morceau : "chan-mé c'est la lère-ga et j'en suis trop goute-dé", vaille-tra, lère-ga, ille-cou... Pas que ça me choque, c'est du vocabulaire qu'on utilisait mais dans le rap, autant, c'était surprenant.
Au-delà de ça, y avait un mélange de chant (j'aime bien le brin de voix de Weedy), de pseudo ragga, de mecs véner' et surtout un accent de vérité qui donnait un résultat franchement réussi (3/4 Coste-La caillera ! A la kiss mon fils !).

Bon y avait des trucs qui me bottaient moins là dessus. Sens Unik, y avait un mec qui rappait avec une voix chelou et un flow à l'ancienne. J'aimais bien Osez sur le morceau en revanche. MC Solaar, on se rendait bien compte qu'en 1995, il était déjà tout fatigué (putain le coup de la "crotte de nez à New Dehli", ça me choquait déjà à l'époque) et FFF, ils faisaient un peu parachutés là par hasard. A force, je m'y suis fait à ce morceau, j'aime bien la voix de Marco Prince de toute façon je crois.


IAM & Daddy Nuttea, leur "25ème Image", c'était un peu le hit de l'album je me souviens. Le sample d'Akira fonctionnait bien mais comme tout morceau d'IAM, ça a salement vieilli. Et puis Nuttea, c'est plus mon copain. C'est dingue comme les flows d'Akhenaton et de Shurik'n font kitch. Le DJ d'Ivry et les Marseillais referont joujou ensemble sur "Un Cri Court Dans La Nuit" deux ans plus tard mais entre temps, Nuttea aura invité AKH et Daddy Mory pour poser une sorte de remix sur "Retour Aux Sources" (le morceau "Alerte").


Dans le délire Ragga, y avait Daddy Mory justement avec son pote Big Red. J'avais déjà entendu Mory sur "Raggajam" (premier album de Solaar "Qui Sème Le Vent Récolte Le Tempo" avec Kery James encore minot) mais j'avais jamais entendu Rapsonic le premier groupe de Big Red avec Crazy B (et toujours pas à ce jour d'ailleurs). Ils avaient l'air de bien se marrer ces deux là et puis essayer de les suivre, c'était le défi : fallait faire le morceau complet sans accrocher. Paie ton jeu de con. Ils sortiront leur premier album, bien sympa, la même année.

Bon on va passer sur Assassin assez rapidement. Avec le recul, je rigole doucement mais à l'époque... Putain j'étais à fond. J'ai pas découvert Squat et ses copains invisibles avec "Rapattitude" ni avec les deux volets de "Le Futur, Que Nous Réserve-t-il ?" mais bien avec "La Haine". Je suis vraiment tombé dans Assassin. Ça durera un moment. C'est dur mais j'assume. Mais j'y reviendrai.

Ministère AMER c'était du lourd, un de mes titres préférés. S'il avait fallu faire un top, il aurait été dedans avec deux autres titres : "Requiem" crédité à la Cliqua et "Bons Baisers Du Poste" par les représentants de Boulogne que sont les Sages Po'. Putain les gifles.

Bon alors en fait de Cliqua, il n'y avait "que" La Squadra, ce qu'on pouvait faire de mieux en matière de duo en rap français (j'ai beau cherché là, je vois toujours pas mieux). Daddy Lord C et Rocca. Un noir, un blanc. Une complicité au micro fabuleuse, une technique de dingue. C'est bon, y aura avant et après eux pour moi. Sérieux, avant eux, qui faisaient des pass-pass aussi bien foutus en France ? Les mecs partageaient le micro comme personne, ça donnait une énergie incroyable. Cherchez pas, je suis fan. Et puis la prod' de Chimiste aussi discrète soit-elle annonçait plein de bonnes choses pour un projet du groupe. "Conçu Pour Durer", intestable.

Et enfin, Les Sages Poètes de la Rue. Je les ai découvert sur scène en 1994 en première partie de MC Solaar. J'étais môme, j'étais venu voir le Solaar de "Bouge De Là", "Quartier Nord", "Obsolète" et finalement, je suis sorti du Zénith avec Les Sages Po' incrustés dans les rétines et les esgourdes. Je me souviens m'être dit "merde, c'est ça que j'aime comme musique".
C'était dingue ce groupe. Dany Dan la flambe à toute heure, Melopheelo le calme mélodieux (un peu à la ramasse par rapport aux autres mais il avait son charme) et surtout Zoxea, un flow de dingue, un talent indéniable en impro, une voix reconnaissable entre mille. Ce "Bons Baisers Du Poste", c'était bien foutu. Le coté "histoire vue par le prisme de trois personnalités différentes" (ziva !) et surtout la phase impro de Zox' à la fin du morceau. Une bonne synthèse des Sages Po'. Alors retiens bien "La nuit la galère c'est chaud, fais gaffe à toi, protège ton dos ! Méfie-toi des badauds qui arpentent les rues, la loi de la jungle tue, si t'es pas roi tu es perdu !".

Et donc cette compile m'aura coûté du blé. Parce que du coup, ça m'a fait acheter les disques de tous ces gens là. "Guet-Apens" du TIN et Weedy, "Conçu Pour Durer" de la Cliqua, l'album éponyme de Raggasonic, "Qu'est-Ce Qui Fait Marcher Les Sages"... Ces gens là invitaient d'autres gens, sortaient des maxis, posaient sur des mix-tapes. Et moi j'achetais compulsivement. C'est de votre faute si j'en suis là où j'en suis aujourd'hui ! Enfoirés !

Sélection blog radio sans surprise : Ministère AMER, La Cliqua et Sages Po' ! Petit bonus, "Alerte" sur l'album de Nuttea avec Mory et AKH en feat...

18 février, 2006

Lyon S, tiens bon...

1996... Il y avait la Cliqua mais il y avait aussi le Ménage à 3. Je sais plus s'il y avait encore LTD à l'époque. Le truc à avoir à l'époque, c'était les mix-tapes de Cut Killer : les maxis ricains du moment (aaaah Jamal, Genius, Dogg Pound, Fugees...) et le reste laissé à la discrétion des groupes chauds de l'underground de l'époque. Arrive la N°17, "Spécial Ménage à 3". Blam, claque dans ma gueule. Après celles de la Cliqua (N°11), Lunatic et Afrojazz (N°16), c'est au crew du 77 d'avoir droit à sa K7. Que du bonheur, des fautes partout (dédicace aux 3 Loups), des tracklistings incomplets... Le charme des tapes de Cut.

La prise d'otage de Cut en pleine émission, le morceau collectif, les morceaux de chacun des groupes (2 Bal Niggets, Ad'Hoc-1, Gued-1, 3 Coups), les freestyles virtuels avec les cainris... Nickel de bout en bout. J'ai usé l'enchainement "Parrain 7-4" (3 Coups feat. Dernier Concept & Doc TMC) "Ad'Hoc Mène La Barre" (hyper mal repris sur le premier album du groupe, "A Bord du N333") jusqu'à la corde. Un collector dont je prends grand soin. Evidemment, quand elle a été rééditée sur CD il y a quelques mois, j'ai sauté sur l'occaz ce qui me permet de faire péter ça dans la blog radio.

C'était marrant, les mecs étaient tous à fond sur "
Parrain 7-4", surement parce qu'on avait tous rêvé de sampler le thème de Nino Rota... Et puis on avait tous entendu les "Lyon S, tiens bon" balancés par le crew à chaque apparition. Mais qu'est-ce qui avait bien pu arriver à Lyon S ? On avait fini par apprendre qu'il était en planque au bled (Centrafrique si mes souvenirs sont bons) à cause de la double peine. Quand t'es un mome, ce petit coté sulfureux c'est excitant. Et puis merde, c'était abusé, on espérait tous son retour pour donner une suite au maxi des 3 Coups.

Le maxi justement. Alabaz Records qui présente 3 Coups "Check La Devise". Ce logo façon tag (trop Hip Hop man). Le logo du Ménage à 3 en scred. La photo où tout le monde cache sa gueule. C'était dingue. Trois titres, deux MCs, 3 producteurs.

3 Coups "Check La Devise" (1995)
Alabaz Records
1. Check La Devise (prod : Spirit)

2. Art. 15 (prod : Tefa & Masta)
3. La Crise (prod : Spirit)

L'ambiance est sombre. Mr. R en fait trop comme il continuera à le faire mais Lyon S a une présence dingue. Une grosse voix qui m
et la pression que ce soit quand il rappe ou quand il chante. C'est con à dire mais ça sent la rue, le mec qui blague pas. Et son exil a rajouté à son aura auprès de nous (je dis nous parce que je me souviens qu'on était vraiment à fond avec Loïc).

Faut dire que le Ménage à 3, c'était une équipe qui blaguait pas. Enfin de ce qu'on pouvait en entendre au fond de notre 78 paumé. Lyon S, c'était la même famille que Daddy Lord C (frangin ou cousin je sais jamais), les Black Dragons. Gros passif en tant que chasseurs de skins sur Paris. Des cousins partout, dans tous les groupes de rap. Et le Ménage, c'était ça. Le crew tentaculaire par excellence. Les dédicaces à la fin de "La Crise", pour moi, c'est ça le Ménage. Des mecs qui braillent comme des dingues et qui dédicacent la moitié du rap français parce que c'est la même clique qu'eux.



C'est beaucoup la nostalgie qui joue, on l'a tellement saigné ce maxi à l'époque (quand on arrivait à récupérer les cellules des platines chez Loïc). D'ailleurs, y a un super blend à faire avec "
Check La Devise" sur "Attaque Contre Attaque" d'Ideal J (présent sur la compile Night & Day "Invasion" en 1998).

Et Lyon S n'est jamais revenu. Du moins pas dans le rap. Mais les 2Bal ont pris la suite. La succession était d'ailleurs annoncée sur le maxi avec la présence de Doc TMC sur un refrain. Il faudra attendre l'année d'après pour ça mais c'est une autre histoire.

En écoute à droite dans la radio : "La Crise", "Le Parain 7-4" avec Dernier Concept et Doc TMC et en bonus, Ad'Hoc-1 pour "Ad'Hoc Mène La Barre".

Double Pact, c'est bien pour serrer...


Double Pact "Impact N°3" (1995)
Label 60 Productions / Night & Day
1. Intro (feat. Elie Eid)
2. Bonne Epoque (feat. Betula)
3. Le Passé Passe
4. Impact N°3
5. Tout Ce Qu'on Pense De Toi (feat. Egosyst & Les Petits Boss)
6. Dope MC's
7. Le Bon / Le Mauvais
8. Outro
Night&Day. Toute une époque. Les jazzeux qui se mettent au rap français et qui, contre toute attente, ont bon goût. Night&Day, forcément, c'est la Cliqua. Et la Cliqua, ils ont fait des petits. Double Pact c'est la branche suisse du 18ème. Si si. Trois mecs, Stressan (le blanc à la voix aigue qui s'appelle Stress maintenant) et Nega (le noir qui est le frère de Loucha des Petits Boss) qui font du rap et Yvan qui fait des beats (pour Fratra Production).
Et déjà à l'époque le père Yvan nous pondait des petits trucs sympas derrière ses machines. Des trucs avec des trompettes jazz, des trucs qui sonnaient quand même un peu cainri. Bon ok, ça rappait un peu bancal, y avait des phases un peu light, des feat. dispensables (Betula, tu chantes faux) mais bon, en bon fan de la Cliqua qui se respecte, on aime bien qu'ils aiment bien Egosyst. Et puis, merde c'était bien. Et puis y a encore quelques titres qui passent bien (genre "Dope MCs").

Double Pact c'est aussi et forcément à l'époque, les Petits Boss. Elie Eid, Marabouillar et Loucha. Ils finiront par sortir un maxi un peu plus tard ("La Voix Claire" produit par DJ Mehdi il me semble) en partageant le vinyle avec Le Coup d'Etat Phonik de Doc Odnhok et Egosyst ("Dans Ma Tête 2 (Chimiste Remix)") et apparaître sur la compilation "Arsenal présente Le Vrai Hip Hop". On les aimait bien parce que c'était les "petits" de Double Pact, les protégés de la Cliqua. Fanatiques, oui oui si si. Mais ils puaient sacrément.

J'étais en seconde au lycée Jules Ferry, on écoutait ça en boucle avec l'ami Loïc (toujours le même), même qu'il taggait Dhone, moi des trucs trop longs avec des flèches à chaque lettre et même qu'on le connaissait par coeur ce EP. Ah ouais et son enculé de frangin planquait les cellules de ses platines pour pas qu'on les utilise. Une belle salope quand même.

Bon alors là c'est le moment où j'explique le titre du billet (c'est bien comme ça qu'on dit ?). Je sortais avec une fille de ma classe qui m'avait fait du rentre-dedans en me demandant de lui prêter ma K7 de "L'Homicide Volontaire" d'Assassin (ouais ouais Assassin, on y reviendra surement). Lauriane. 1m57, une grande gueule de rital et plus d'expérience que moi (ça veut dire qu'elle était déjà sorti avec des mecs). "Apollo 13" au cinéma. Emballé (mais mal) c'est pesé.
Elle finit rapidement par me larguer pour se mettre avec un autre mec. Et puis finalement, comme j'étais déjà un mec bien à l'époque, elle a voulu qu'on se remette ensemble.
Comme souvent le midi, la seconde 8 (les terreurs... putain heureusement qu'on n'avait pas les skyblogs à l'époque) mangeait pas à la cantine. On faisait le trajet jusqu'à chez moi. Y avait Alex et son booster orange, Sylvain et sa mob', Julien et son booster complètement traffiqué (un garagiste nous avait dit qu'il aurait du monter à 110 mais vu que Julien était une tanche, il montait péniblement à 50km/h). On faisait des pates tous les midis. On copiait les exos de bio sur Anaïg (qu'on aimait bien que pour ça et puis parce que c'était la copine d'Elise).
Ouais, donc un midi chez moi, les pates, tout ça... Les autres qui jouent au basket devant la maison. Moi dans le salon avec "Impact N°3" qui tourne et puis Lauriane qui vient s'asseoir à coté de moi. Et zou, c'est reparti. Sur "Le Passé Passe" si je me souviens bien. C'est surtout ça dont je me souviens d'ailleurs "putain, j'emballe une meuf sur du Double Pact". Connard tout petit déjà. Bon ça a pas duré. 1 mois et demi à l'époque, c'était genre "long" !

Ah tiens, c'est Armen qui avait pris les photos du CD. Ah ben merde alors, il est là depuis vraiment super longtemps l'animal.

Aller zou, "Le Passé Passe", "Dope MCs" et "Ce Qu'on Pense De Toi" avec Egosyst (Coup D'Etat Phonik/La Cliqua) & les Petits Boss en écoute dans la blog radio (merci à DamKarapitchFrank pour le coup de main).