23 février, 2006

Kassovitz, tu m'auras couté du blé enfoiré...

VA "La Haine - Musiques Inspirées Du Film" (1995)
Delabel
1. Intro
2. Ministère AMER - Sacrifice De Poulets
3. Sens Unik - Le Vent Tourne
4. IAM & Daddy Nuttea - La 25ème Image
5. Expression Direkt - Dealer Pour Survivre
6. Sté Strausz' - C'est La Même Histoire (C'est Asmeuk)
7. La Cliqua (La Squadra) - Requiem
8. MC Solaar - Comme Dans Un Film
9. FFF - Le Vague A L'Arme
10. Raggasonic - Sors Avec Ton Gun
11. Les Sages Poètes de la Rue - Bons Baisers Du Poste
12. Assassin - L'Etat Assassine
1995. J'ai 14 ans, je suis en 3ème au collège Montaigne. Au cinéma, y a un film en noir et blanc qui parle de la banlieue qui sort. Je suis dans une période "fier d'être banlieusard" (pas non plus à faire du "represent" à tout va mais c'est là où j'avais trouvé mon identité à l'époque) et donc forcément, je vais le voir. Tourné à quelques stations de chez moi, à Chanteloup-les-Vignes (on voit un peu ma ville quand ils prennent le train pour Paname, trop la classe), Cut Killer qui mélange Edith Piaf, NTM et KRS-One à fond dans la cité, Aktuel Force qui break, des dialogues qui deviendront cultes ("Comment ils ont fait pour faire rentrer la voiture ?!"), j'en prends plein les mirettes.

Et puis y a la sortie de la bande originale. Enfin, des "Musiques inspirées du film", la véritable BO sortira elle aussi (avec "Mon esprit Part En Couille" d'Express D notamment, repris de la compile "Ghetto Youth Progress" de Rudlion) sur le même CD que celle de "Métisse", le premier film de Kassovitz.
Cette saloperie d'album m'a filé le virus "rap français" pour un bon moment. Sacré casting il faut dire. Aussi bien les poids lourds (même si finalement le titre de NTM n'apparaîtra pas) que la relève ont fourni des inédits de qualité (sauf Assassin mais le choix du titre est justifié par rapport au sujet du film). C'est surement la première BO (nan pas banlieue ouest négro) rap en France et peut être la dernière qui colle aussi bien au film auquel elle se rapporte. Un produit cohérent quoi, ça se perd de nos jours.

Et d'entrée de jeu, ça cogne dur. Une des seules apparitions du MÄ en dehors de ses albums (aujourd'hui, ils veulent nous la jouer "on est de retour" c'est assez grotesque, bref) et un procès à la clé : c'est "Sacrifice De Poulets" portés par un Stomy qui force sa voix de fausset et un Kenzy en ministre de l'information. Ils en auront pris plein la gueule pour ce morceau, condamnés même.
Pourtant, le futur gangster d'amour (sic) ne fait que reprendre les débuts du film en incarnant un émeutier qui veut se venger d'une bavure sur un des mecs de son quartier. En tout cas, du coup, la compile sera pas rééditée. Collector mon pote.
Bref, gros morceau, je mettais ça dans toutes les compiles que je me faisais sur K7.

Y avait aussi des mecs de mon département. A l'époque, c'était le désert. Les seuls mecs du coin dont on avait un peu entendu parler, c'était La Harissa, les Portugais d'Eragny/Cergy (et ils étaient du 95). Personne de mon entourage n'avait la compile "Ghetto Youth Project", ni le maxi de "Mon Esprit Part En Couille" donc je découvre Le TIN, Weedy, Kertra et Delta avec "Dealer Pour Survivre".
Je me souviens que le truc qui m'a le plus surpris au départ, comme avec le track de Sté (il m'a fallu un moment pour savoir si c'était bien une fille), c'est la quantité de verlan utilisé dans ce morceau : "chan-mé c'est la lère-ga et j'en suis trop goute-dé", vaille-tra, lère-ga, ille-cou... Pas que ça me choque, c'est du vocabulaire qu'on utilisait mais dans le rap, autant, c'était surprenant.
Au-delà de ça, y avait un mélange de chant (j'aime bien le brin de voix de Weedy), de pseudo ragga, de mecs véner' et surtout un accent de vérité qui donnait un résultat franchement réussi (3/4 Coste-La caillera ! A la kiss mon fils !).

Bon y avait des trucs qui me bottaient moins là dessus. Sens Unik, y avait un mec qui rappait avec une voix chelou et un flow à l'ancienne. J'aimais bien Osez sur le morceau en revanche. MC Solaar, on se rendait bien compte qu'en 1995, il était déjà tout fatigué (putain le coup de la "crotte de nez à New Dehli", ça me choquait déjà à l'époque) et FFF, ils faisaient un peu parachutés là par hasard. A force, je m'y suis fait à ce morceau, j'aime bien la voix de Marco Prince de toute façon je crois.


IAM & Daddy Nuttea, leur "25ème Image", c'était un peu le hit de l'album je me souviens. Le sample d'Akira fonctionnait bien mais comme tout morceau d'IAM, ça a salement vieilli. Et puis Nuttea, c'est plus mon copain. C'est dingue comme les flows d'Akhenaton et de Shurik'n font kitch. Le DJ d'Ivry et les Marseillais referont joujou ensemble sur "Un Cri Court Dans La Nuit" deux ans plus tard mais entre temps, Nuttea aura invité AKH et Daddy Mory pour poser une sorte de remix sur "Retour Aux Sources" (le morceau "Alerte").


Dans le délire Ragga, y avait Daddy Mory justement avec son pote Big Red. J'avais déjà entendu Mory sur "Raggajam" (premier album de Solaar "Qui Sème Le Vent Récolte Le Tempo" avec Kery James encore minot) mais j'avais jamais entendu Rapsonic le premier groupe de Big Red avec Crazy B (et toujours pas à ce jour d'ailleurs). Ils avaient l'air de bien se marrer ces deux là et puis essayer de les suivre, c'était le défi : fallait faire le morceau complet sans accrocher. Paie ton jeu de con. Ils sortiront leur premier album, bien sympa, la même année.

Bon on va passer sur Assassin assez rapidement. Avec le recul, je rigole doucement mais à l'époque... Putain j'étais à fond. J'ai pas découvert Squat et ses copains invisibles avec "Rapattitude" ni avec les deux volets de "Le Futur, Que Nous Réserve-t-il ?" mais bien avec "La Haine". Je suis vraiment tombé dans Assassin. Ça durera un moment. C'est dur mais j'assume. Mais j'y reviendrai.

Ministère AMER c'était du lourd, un de mes titres préférés. S'il avait fallu faire un top, il aurait été dedans avec deux autres titres : "Requiem" crédité à la Cliqua et "Bons Baisers Du Poste" par les représentants de Boulogne que sont les Sages Po'. Putain les gifles.

Bon alors en fait de Cliqua, il n'y avait "que" La Squadra, ce qu'on pouvait faire de mieux en matière de duo en rap français (j'ai beau cherché là, je vois toujours pas mieux). Daddy Lord C et Rocca. Un noir, un blanc. Une complicité au micro fabuleuse, une technique de dingue. C'est bon, y aura avant et après eux pour moi. Sérieux, avant eux, qui faisaient des pass-pass aussi bien foutus en France ? Les mecs partageaient le micro comme personne, ça donnait une énergie incroyable. Cherchez pas, je suis fan. Et puis la prod' de Chimiste aussi discrète soit-elle annonçait plein de bonnes choses pour un projet du groupe. "Conçu Pour Durer", intestable.

Et enfin, Les Sages Poètes de la Rue. Je les ai découvert sur scène en 1994 en première partie de MC Solaar. J'étais môme, j'étais venu voir le Solaar de "Bouge De Là", "Quartier Nord", "Obsolète" et finalement, je suis sorti du Zénith avec Les Sages Po' incrustés dans les rétines et les esgourdes. Je me souviens m'être dit "merde, c'est ça que j'aime comme musique".
C'était dingue ce groupe. Dany Dan la flambe à toute heure, Melopheelo le calme mélodieux (un peu à la ramasse par rapport aux autres mais il avait son charme) et surtout Zoxea, un flow de dingue, un talent indéniable en impro, une voix reconnaissable entre mille. Ce "Bons Baisers Du Poste", c'était bien foutu. Le coté "histoire vue par le prisme de trois personnalités différentes" (ziva !) et surtout la phase impro de Zox' à la fin du morceau. Une bonne synthèse des Sages Po'. Alors retiens bien "La nuit la galère c'est chaud, fais gaffe à toi, protège ton dos ! Méfie-toi des badauds qui arpentent les rues, la loi de la jungle tue, si t'es pas roi tu es perdu !".

Et donc cette compile m'aura coûté du blé. Parce que du coup, ça m'a fait acheter les disques de tous ces gens là. "Guet-Apens" du TIN et Weedy, "Conçu Pour Durer" de la Cliqua, l'album éponyme de Raggasonic, "Qu'est-Ce Qui Fait Marcher Les Sages"... Ces gens là invitaient d'autres gens, sortaient des maxis, posaient sur des mix-tapes. Et moi j'achetais compulsivement. C'est de votre faute si j'en suis là où j'en suis aujourd'hui ! Enfoirés !

Sélection blog radio sans surprise : Ministère AMER, La Cliqua et Sages Po' ! Petit bonus, "Alerte" sur l'album de Nuttea avec Mory et AKH en feat...

7 commentaires:

le-musicien a dit…

Moi à l'époque j'écoutais "J'appuie sur la gâchette" de neuteume et public enemy (je l'avais acheté a cause de la pochette).

P.S: je sais ça a l'air douteux, mais non, on ne se connaît pas. Comme quoi tout arrive: même un compliment gratuit !

Syncop a dit…

Moi, j'avais 14 ans, en 3ème au Collège Baudelaire...
Et même si j'avais pas vu le film, c'était mon "1er achat rap français" alors que j'avais pas de platine CD et que je grattais le radio poste CD d'un copain ! A l'époque c'était le must hi tech :)

Halala tu viens de me faire un voyage de 10 ans en arrière quand on chantait dans les vestiaires "Pas de paix sans que Babylone paie..." et qu'en enculé m'a tiré le livret... Bon 10 après je connais toujours les lyrics par coeur !

Anonyme a dit…

aie aie aie je cherche la compil ghetto youth progress depuis des années je l ai ecouté un été non stop quand j etais ado
!!
où je peux la trouver help HELP !!!
cl.sophie1@caramail.com

Achipe a dit…

Ahhh la Haine... même âge à l'époque. On a pas fait mieux depuis. Moi j'habitais la région toulousaine, j'avais l'impression d'être un eu loin de l'action mais bon. Première fois que je monte à Paris (1997) : le RER, les tags tout ça... nostalgie

Massakai a dit…

j'en avais 15, j'habitais Evry, ainsi que les 8 années qui ont suivies. Ce film c'étais mon quotidien sur grand écran. Premier film surpuissant, premier CD ( j'avais réussi à me le faire offrir par une amie de ma mère!!). Que du bonheur de retrouver ce son. J'ai laissé le CD à mon ex et je m'en mords les doigts. Je continue à chanter les lyrics que je connais encore sur le bout des doigts. Octopus, merci pour ta plume pour nous rafraichir la mémoire sur cette époque fertile pour le rap Français.

Kipit a dit…

Putain, cette compil' est d'une densité, cohérence… Fiout ! Petite remarque, le langage employé par Sté est du "veul". Je me rappelle les interviews ou Sulee B. et elle s'évertuaient à expliquer qu'ils (les gens des quartiers de Vitry - ils étaient bien de Vitry ?) étaient à l'origine de ce "verlan du verlan abrégé" (sic).

Bon et sinon, c'est quand même marrant de lire ce que d'autres ont vécu au même moment… Y'a pas à dire le rap français de fin 1994 et mi 1998 a été vécu par certain d'entre nous comme un traumatisme.

Bravo pour le blog, je n'ai pas encore tout lu, mais j'ai parfois l'impression d'être vous, sauf que mon fief c'était CrocoDisc/Gibert Joseph. Je suis même jaloux de ne pas être l'auteur de certain article.
Bonne continuation. Au passage, même découverte des Sages Po' : http://www.linternaute.com/musique/temoignage/temoignage/21478/amoureux-d-une-enigme/

PS : je suis pressé de lire l'article sur Assassins, car je sens que j'ai été dans le même cas… Et j'assume, comme le dit un pote : "si j'ai pu y croire et que ça m'a éviter de mal tourner c'est bien" ;-)

PS2: Un article sur la trilogie de la Rumeur ?

PS3: Tout n'a pas sa place dans les commentaires de cet article mais, putain, pas moyen de vous contacter "en direct"…

One Shot a dit…

A mythique ce film, mais moi j'ai vécu l'histoire de façon différente : j'ai vu le film il y as 6 mois. Mais la BO m'a fait redecouvrir les sages Po' (je les connaissait pour leurs so commercials) ainsi que le ministere et puis j'ai découvert sté et express D.


PS:"Cut Killer qui mélange Edith Piaf, NTM et KRS-One à fond dans la cité," T'a oublié Assassin avec la phrase "la justice nique sa mère, le dernier juge que j'ai vu avait plus de vice que le dealer de ma rue"