29 février, 2008

La famille s'agrandit, puis mourra...

Bien avant de tomber dans la marmite du rap, pour moi Boulogne-Billancourt c'était la ville à laquelle adresser ses lettres au club Dorothée. Perso j'l'ai jamais fait (c'est vrai merde lâchez-moi !) mais si le jour de son anniv' on voulait voir son nom défiler au générique de fin, c'est là qu'il fallait écrire. Ou plutôt s'inscrire moyennant quelques biftons il me semble, cette Dorothée perdait pas le nord ! C'est sans doute par frustration de ne jamais y avoir lu mon blaze que je me suis intéressé au "côté obscur" de cette ville des Hauts de Seine, faudrait que j'en parle à mon psy tiens...


Beat 2 Boul "Dans La Sono" (1997)
Beat 2 Boul / Socadisc


  1. Beat 2 Boul - Dans La Sono
  2. Mo'Vez Lang - Original Futur Style
  3. Malekal - Catch A L'arrière
  4. Lagonz Viv & Melopheelo - Paranoïa
  5. Sir Doum's - Je Lutte En Rimant
  6. Zoxea & Less' Du Neuf - Pas Assez Pour Le Futur
  7. Les Sages Poètes De La Rue - Va Tèj' Ton Gun


Pas si obscur que ça d'ailleurs. Tu voulais St Denis comme capitale du rap ? T'auras Boubou. Et si tu kiffes pas t'écoutes quand même et puis c'est tout ! Un vrai vivier de MC's. Rarement une ville de banlieue aura enfanté autant de rappeurs (connus entendons-nous bien, tes cousins qui rappent dans leurs chambres ne comptent pas) au mètre carré. Egalité avec Vitry ouais. Encore aujourd'hui parmi les "gros vendeurs" se trouvent 2 représentants de cette école : Booba & L.I.M. Tous deux ont plusieurs points communs : avoir eu Egosyst comme initiateur à l'art du MCing entre autre mais également le B2B. Le premier d'abord, qu'on ne présente plus. Autant de disques d'or au mur que de tatouages sur le corps. Le jeune Elie commença comme danseur pour Less' Du Neuf (hé oui à l'époque Less Du Neuf faisaient apparement danser !) puis pour le Coup D'Etat Phonik avant que Guégué ne le fasse entrer dans La Cliqua de manière plus ou moins officieuse. Une embrouille avec le Dad' plus tard, le voilà dans l'équipe du cousin de son mentor : Zoxea. Encore une fois ça n'a pas donné grand chose, une apparition sur un maxi des Sages et un album de Lunatic enregisté qui ne verra jamais le jour (on y croit encore ?). Le second maintenant. Son histoire avec Mo'vez Lang au sein du label des Poètes fût plus fructueuse : "poison juvénile" sur la compile à Jimmy Jay, des apparitions sur les 2 minis albums du crew et l'album "Héritiers De La Rue". Ce qui frappe à l'écoute du titre "Original Futur Style" c'est que dans le fond, le discours n'a jamais vraiment changé. Bien sûr l'ambiance est plus "relaxe" que ce qu'on entend maintenant de leur part, mais ils ont toujours été des p'tites racailles ! L.I.M. se démarquait déjà de ses camardes Cens Nino, Boulox Force, Kaiser & Furax de par sa voix rocailleuse perchée dans les aiguës et ses petits refrains chantonnés. Y a pas à dire ça avait de la gueule quand même, c'était "original" comme le précise le titre. C'était ce qui faisait la force des rappeurs d'antant...


En parlant d'originalité, la voix de Mala se place ici ! Tout l'inverse du p'tit salim, dans les graves. Malekal Morte... C'est quand même bizarre qu'ils n'aient pas quitté le navire avec Lunatic tiens. Eux qui ont toujours suivi Booba que ce soit chez J-P Seck (L.I.M aussi d'ailleurs officieusement) ou plus récemment 92I (merde L.I.M. aussi y était un temps je crois bien non ?) ou maintenant au sein de Tallac. Ben non, les mecs ont été fidèles jusque "Dans La Sono" en 2000. Et tant mieux pour nous, parce que quand Mala arrive avec un délire un peu fou c'est quand même mortel à écouter ! Le mec n'a même pas eu le temps de voir son titre dans les bacs qu'il attérissait en zonz (cf. les dédicasses). A cause du "célèbre braquage de taxi" avec B20 d'après mon pote Kiki. 10 piges qu'on attend l'album du bonhomme.


Dans la série découverte... Parce que c'est vrai que c'était avant tout ça le Beat 2 Boul, un moyen pour Les Sages de nous faire découvrir les nombreux talents qui arpentaient les rues de leur ville chérie. Je disais donc (la vache, v'là qu'j'me coupe la parole tout seul !), dans la série découverte, je voudrais le petit "Mamadou, Dou-mama, Doum's, Siiir Doum's !". Pour moi c'était assurement lui LA découverte de cet opus. Le fils caché de Pop Dan ? peut-être bien, en tout cas l'influence de "l'enfoiré le plus dingue de la planète" était saisissante. Parfois la même intonation, la même façon d'écrire... Et quand on sait le culte que je voue à Dany Dan haha ! M'en a pas fallu plus pour apprendre par coeur ce titre en le répétant devant ma glace (genre vous l'avez jamais fait !?). Lui aussi a fait parti de l'échappée chez 45 (de manière officieuse également) et 92I. J'ai été super déçu par son dernier projet (le premier même), je m'attendais à un truc dans la lignée de "Je Lutte En Rimant" et j'ai eu un truc dans un délire... euh... Pas comme ça quoi ! Dommage...


Lagonz Viv, on a plus jamais entendu parler d'elle, dans le milieu du rap tout au moins. C'était l'unique rappeuse et chanteuse Neo-Soul de la bande. De vous à moi j'suis pas super fan du titre. Elle ne rappe pas de manière exceptionnelle, chante plutôt pas mal, mais dans l'ensemble c'est un peu mou du g'noux ! Et c'est pas le 16 de Melo P. à la fin qui va me faire changer d'avis. C'est con ils étaient à un titre du sans faute. J'suis quand même sévère là, ça s'écoute tranquillement. C'est même bien meilleur que la moitié des trucs pourris qu'on nous bastonne toute le journée ! En plus la prod est pas mal, décidemment j'suis bien le sale con qu'on dit !


Mais quand on achetait un produit Beat 2 Boul, c'était surtout pour réentendre un petit peu les Sages Po' ! 4 titres sur 7 : c'est déjà pas mal. Mais malheureusement pas en trio à tous les coups. Parfois à 2 comme dans le titre d'introduction (Zox & Dan), seul : avec Less' Du Neuf pour Zozo ou Viv pour Melo, et enfin tous ensemble pour clôturer l'album. Comme à leur habitude les frères Kodjo se partagent les productions... Partage inégale en vrai : 5 à 1 pour le Zoxeakopat. Mmmmhhhh ça sent comme dans la cuisine de tonton Logilo ! Normal, il a été leur professeur et c'est d'ailleurs au Logil'home que les prises de voix effectuées dans le studio des Sages (le 92 Mic'Sages qui sera plus tard cambriolé ce qui leur coupera l'envie de continuer l'aventure collective) seront mixées. Ol'Tenzano produit également un titre, "Pas Assez Pour Le Futur" évidemment. Ce mec est trop sous-estimé... La prod est vraiment bandante ! Avec un Zo' égale à lui-même : en avance. D'ailleurs faut bien l'admettre, difficile pour "l'accroc au Dan" que je suis, mais sur "Va Tèj' Ton Gun" il met clairement à l'amende ses 2 partenaires. Avec ce petit refrain dont lui seul a le secret... Ce titre est l'antithèse du Gangsta Rap : ranges ton calibre et fais péter les fat laces ! Aujourd'hui on les traierait de "bobo du rap" pour ce genre de morceau...



Y a une réédition de l'album qui est sortie dernièrement (et un 3ème ep décevant), une réédition qui a nické le bizness de nombreux ebayers qui vendaient leurs copies "pour une poignée d'Euros conio". Je l'ai vu atteindre les 50€... ebay est un monde de sauvages ! L'école Beat 2 Boul n'est plus mais beaucoup de rappers ayant reçu des cours là-bas vendent toujours des cds : Booba en tête de file mais également Salif ou L.I.M. Beaucoup mais pas les professeurs eux-mêmes, injustement oubliés au panthéon du rap français par la nouvelle génération d'auditeurs. Pourtant ils continuent à sortir des disques (à quand le nouvel opus à 3 ?), mais les d'jeunes les boudent... Ils sont méchants les moins de 20 ans ! J'sais plus qui a dit : "celui qui n'a pas besoin d'écrire n'a pas le droit d'écrire"... Bon je vous laisse, je retourne "[lutter] en rimant" devant ma glace... "Paix et à plus" !

08 février, 2008

Première mission accomplie

Finalement je m'en tire bien, sur mes 5 albums de référence en rap français, Octopus a déjà pondu des articles sur 3 d'entre eux. Ce qui me met dans une position plutôt confortable lorsque dans les soirées B-Boys (comprendre "vieux cons") on me dit : "Yo Fizzle j'ai lu ton article sur Conçu pour durer...", je peux répondre tout simplement : "C'est pas moi c'est mon coloc blogger là, j'en aurais mieux parlé moi tu me connais !". Mais ce coup-ci il m'a mit la pression, je me retrouve au bout du plongeoir, impossible de reculer: je dois sauter dans le grand bain !



Ideal J "O'riginal MC's (sur une mission)" (1996)
Alariana / Label 60 / Night & Day

  1. Le Combat Continue
  2. Ghettolude I
  3. Je Dois Faire Du Cash
  4. Comme Personne Ne L'a...
  5. Le Ghetto Français
  6. Ghettolude II Histoire Vraie
  7. Show Bizness
  8. Uniquement Pour Les Miens
  9. Le Ghetto (remixé Par Yvan)
  10. Ghettolude III Fidèle Au Hip-Hop
  11. O'Riginal MC's
C'est toujours difficile de parler d'un de ses premiers amours. Ideal J, c'était une institution à l'époque où avec Ien-ien & Titou on enregistrait nos premiers 16 sur un petit magnétophone avec une instru en fond sonore. J'avais même la photo de Kery au-dessus de mon lit ! Haha ça fait un peu "Fan 2" avec le recul mais pour nous, il incarnait une sorte de Malcolm X des ghettos français. La comparaison est clairement abusée mais je l'assume, c'est mon côté excessif ! Le haut-parleur des cités si vous préférez...
"J'arrive avec le flow qui va causer des
dégâts". Bon ok, il n'avait pas le flow de Daddy Lord C, la technique de Dany Dan ou la plume d'Oxmo. C'est pas tant ça qui nous plaisait chez lui, mais plutôt ses qualités d'interprétation. Si le mec voulait que tu pleures : tu pleurais. Avec son côté pessimiste du style "j'en ai rien à branler si j'crève demain"... C'était incroyable, les mots qui sortaient de sa bouche auraient pu sortir de la mienne. Aujourd'hui encore un titre comme "Le Ghetto Français", avec sa superbe boucle volée aux Brecker Brothers, m'interpelle directement. Je ne peux pas m'empêcher de frissonner à chaque écoute (malgré son grand talent, Yvan n'arrive pas à nous sortir un remix surpassant l'original... ce qui est rarement le cas ceci dit) !
Ce titre, c'est ma vie, j'ai plein de souvenirs avec, bons ou mauvais d'ailleurs... Je me souviens qu'avec Momo (celui de la coursette oui) on l'écoutait souvent. Lui et moi, on était inséparables. On sortait avec 2 soeurs jumelles, elles avaient 3 ou 4 piges de plus que nous et des scooters : la classe ! "Tu veux connaître la pureté d'une amitié enfoiré ?" disait Alix dans ce morceau. Quelques années plus tard cet "ami" me donna gentiment à ces messieurs en bleu. "Amitié gâchée" chantait 3° Oeil... Je raconte encore ma life et je vais encore recevoir des mails de ce genre : "Franchement j'kiffe comment t'écris mais j'trouve qu'tu parles pas assez du cd. Retourne chez Dr. Melfi, Tony !". Mouais... En même temps je fais c'que je veux, n'est pas Monsieur Cachin qui veut !

1996 nouvelle année : nouvelle orientation. On est bien loin de leur première apparition sur l'album de Solaar et du maxi "La Vie Est Brutale". Nouvelle formation également, plus restreinte. Exit son copain rappeur Harry (Jessy Money) et Brahim Asloum euh... Selim Du 9.4 pardon, le danseur. Seuls l'Haïtien et son backeur Teddy Corona répondent présents. Deux membres originels auxquels viennent s'ajouter le jeune prodige DJ Mehdi. Au revoir l'underground mafia de Sully B. et place à celle plus racailleuse des kainfry sous la protection de leur mentor : Manu Key.
L'album sort donc chez Alariana, nouveau label créé pour l'occasion par des amis. On retrouve également un logo dont nous avons souvent vanté les mérites ici-même: Night & Day. Alors, gage de qualité ? Oui. "O'Riginal MC's" a toutes les caractéristiques du chef d'oeuvre: très peu de titres (dont 3 interludes et 1 remix) pour éviter l'indigestion, une production minimaliste à base de samples de jazz et de soul (et même de funk avec le groupe War) hyper soigné signé Mehdi et surtout un rap sans chichis, sans blabla...
Des thèmes universels : le quartier, la famille ou encore l'argent. Un album c'est forcément personnel, mais j'sais pas, celui-ci donnait l'impression d'être écrit avec des milliers de mains et pas seulement celles de son interprète. Pour moi, cet opus est un tournant dans l'histoire du rap français. Certains diront que c'est l'arrivée du rap de pleurnichard, que le mec se plaint tout l'temps... Et alors ? Kery crachait à la gueule de tout le monde les cicatrices de son entourage. C'est la naissance du rap de rue tel qu'on le connait aujourd'hui, le rap d'une génération désabusée, qui en a marre de souffrir en silence et se fout de danser sur les sons flingués du Sugar Hill Gang. Zappe la tronche de ce gros con de Charles Villeneuve de ton écran et insère ce CD dans ta chaine : bienvenue dans la réalité fiston !


Du côté d'Orly-Choisy-Vitry un album ne se faisant jamais seul, les membres d'Ideal J font appel à quelques un de leurs soldats sur le titre fustigeant le show-bizness : le tout jeune Kim Bad qui deviendra Rim-K au sein du 113, Different Teep sans Mista l'homme à la grosse voix, Yézi L'Escroc (qui d'après les bruits qui courent a décidé de juste devenir "L'Escroc") et le déjà très talentueux Rohff. D'ailleurs le mec sort carrément du lot en apportant sa p'tite touche au morceau, Kéry étonne également de par son flow renouant avec son premier amour : le ragga. C'est le titre le plus "cool" de l'album, car le reste de l'opus tend comme un string la France conservatrice. Celle-là même qui verra 10 ans plus tard ses enfants porter des t-shirts à l'effigie de la clique. Nous, c'était plutôt Air Max / 501 / cuir. Ca blaguait pas !

C'était aussi difficile d'acheter un skeud à la FNAC que de garder sa casquette croco plus d'une semaine. "Demande à la FNAC, toujours nos CDs qu'on vole" a dit Rohff, c'est très égocentrique (m'enfin bon on connait le bonhomme), mais certainement aussi très vrai. Quand t'allais acheter un skeud là-bas, fallait guêter d'abord à gauche, à droite, et un p'tit coup derrière pour être sûr qu'aucun mec t'ait vu pour ensuite te le braquer à la sortie du magasin ! Bah ouais... Et si jamais ça t'es déjà arrivé : lâche un com, avec un peu de chance je te rendrais ce que je t'ai pris dans les années 90...

29 janvier, 2008

Achète le maxi t'auras le remix en bonus


X-Men "J'Attaque Du Mike" (1996)
Time Bomb Records
- Face A
1. X-Men - J'Attaque Du Mike (Version LP) (Prod : Black-Tom Cassidy)
2. X-Men - J'Attaque Du Mix (Version Remix) (Prod : Ke-C!)
3. X-Men - J'Attaque Du Mike (Instrumental)
- Face B
1. Diable Rouge - L'Homme Que L'On Nomme Diable Rouge (Version Originale) (Prod : Ke-C!)
2. Diable Rouge, Kassim, Kamal, Pit, Ziko, Booba, Ali, Cassidy, Hill-G & Hi-Fi - Time Bomb Explose... (Prod : DJ Mars)
3. Diable Rouge - L'Homme Que L'On Nomme Diable Rouge (Instrumental)
4. X-Men - J'Attaque Du Mix (Instrumental)

Time Bomb... Je suis un peu passé à coté à l'époque, la faute à ma banlieue qui était trop loin des émetteurs de certaines radios spé. J'arrivais pas à capter bien comme il fallait pour pouvoir écouter les freestyles radio de cette clique là même si quelques K7 tournaient à l'époque. Mais bon, on le savait tous : les X-Men, Oxmo Puccino, Lunatic, c'était mortel en freestyle.

A l'époque d'ailleurs, les X s'appelaient encore les X-Men et ils étaient trois : Hill-G (Gilles de son prénom, devenu Ill depuis), Cassidy et Hi-Fi (aujourd'hui en solo). En matière de freestyle, Ill était dans d'autres sphères, frôlant souvent l'abstraction mais avec tellement de style et de classe qu'on ne pouvait qu'en tomber accro... codile (j'ai pas pu m'en empêcher).
Et avec ce premier essai, c'est le carton plein. La quintessence du flow, une claque définitive pour tous les auditeurs de l'époque et la naissance d'une école dont l'influence commence seulement à faiblir aujourd'hui (à mon grand désespoir) : "textuellement parlant, le X-Men aime faire des enfants" comme le chante Cass' du "J'attaque Du Mic". Ill a toujours été cité comme référence en matière de flow par ses congénères mais Hi-Fi faisait également partie du haut du panier (ses maxis avec Leslie une fois parti en solo étaient de haute volée... j'ai un peu décroché quand il a signé chez 45 Scientific mais je crois que je décrochais du rap français tout court à cette époque). Cassidy, le pauvre, a toujours un peu souffert de la comparaison avec ses camarades mutants et j'ai toujours trouvé les gens un peu durs avec lui : je suis dingue de son couplet sur "L'invicible Armada" (faut que je vous en parle de celle-là aussi bordel)... "C'est Cassidy qui t'cause, finie la pause Kit Kat" raaaah ça me rendait dingue.

Seulement deux titres et le trio confirme tout le mal qu'il faisait à la concurrence. Sur une prod douce et enjouée, la mission des MCs estampillés du X qui consiste à attaquer le mic est plus que réussie. D'ailleurs, c'est marrant d'avoir choisi un titre aussi "agressif" alors qu'il est tout en mélodie et en technique (et j'ai presque envie de dire délicatesse). Et tout ça en parlant de leur réalité de lascar parisien, un exercice trop difficile pour les MCs en 2008 ?
"Donc voici Hill-G, strike une fois d'plus", ça attaque du mix après avoir plié le mic. Pas un remix, plus un part.2 minimaliste porté par l'alliance d'un gimmick de saxo discret et d'un beat dur et métronomique. Bien inspiré celui qui serait capable de dire quelle version l'emporte sur l'autre, du grand art dans les deux cas.

Forcément, "l''histoire" ne retient que les titres des X-Men mais chez moi, le titre de Diable Rouge a une saveur particulière. Encore une découverte partagée avec l'ami DJ Curtis : avant d'avoir ce maxi, on se passait en boucle le premier couplet de "L'homme que l'on nomme..." dispo sur la (finalement décevante) compile "Time Bomb". "En direct de Gy-cer... St Christophe pour ceux qui savent pas !". Pour les petits Conflanais que nous étions, Cergy, c'était "chez nous", ça représentait notre coin et c'était suffisamment rare à l'époque (et toujours aujourd'hui) pour qu'on en soit contents ! On découvrait le MC de LSO et même si son couplet n'était objectivement pas fantastique, on l'a bouffé en boucle : encore aujourd'hui je suis capable de le sortir d'une traite... La prod sombre et inquiétante, la voix grave de Trickpa, on s'est pété la nuque là dessus. Alors là, avec la version complète (on a été déstabilisé par les dédicaces légèrement différentes, c'est dire si on l'a saigné sur la compile), on est super guez.
A force de le saigner chez Loïc, il me le fallait ce maxi bordel... Donc mission Chatelet, direction LTD sa plage, ses cocotiers. Je sors de la boutique tout content avec mon sac plastique quand soudain, tatatin (comme la tarte), un renoi tout de rouge vêtu (jogging, béret mais pas baskets), un gros feuilles-deux au bec qui passe devant nous. Merde ! On mate la pochette du skeud (la version vinyle a une double cover : d'un coté, en bleu, les X-Men, de l'autre en rouge forcément, DR) : c'est bien lui ! Que faire ? Pas habitué pour un sou à accoster des rappeurs dans la rue à l'époque, encore moins pour leur demander de me signer mon vinyle et pas rassuré par mes 14 ou 15 printemps, j'hésite. Loïc lui se dégonfle complètement et tente de me décourager. Finalement, je me décide et c'est un Diable Rouge raide déchiré qui me signe super gentiment (et avec surprise) mon maxi. Un carnage d'ailleurs, le titre de son morceau devient, avec le marqueur (rouge) qu'il a réussi à trouver "L'homme que l'on nom". Je crois que Loïc est encore jaloux de ça aujourd'hui ahah ! Je suis content de ma pièce de collec' même si DR c'est pas les X-Men.

C'est quand même un des maxis les plus dingues du rap français ce 4 titres. Deux classiques (les titres des X) et la première et seule trace discographique officielle du crew Time Bomb au complet. "Time Bomb Explose". Prod minimaliste dans la lignée des "J'attaque..." sur laquelle se succèdent la crème du freestyle de l'époque : Diable Rouge, les Jedi Kassim et Kamal (futurs Ghett' Dip), Pit (pas encore Baccardi), Ziko (La Brigade), Ali et Booba (Lunatic). Rien que ça. A chaque fois que je réécoute ce titre, je me dis que l'apparition de Ziko est vraiment trop courte, la figure de proue des 12 brigadiers faisait vraiment partie du haut du panier à l'époque, un des mecs les plus sous-estimés...
"C'est les Lunatic connard écoute les bitchs crier / Booba + A.L.I. microphone premier / trier les bons sur Time Bomb / Les faux sont mis d'coté / C'est d'la bombe boy, 'peut pas boycotter" : Booba commençait les traumatismes. J'ai du rendre ma mère dingue à me remettre son couplet 20 fois de suite à fond dans ma chambre. N'empêche, ça m'amuse pas mal de voir les gens qui trouvent que Booba se perd, qu'il change de discours, etc... Merde les mecs, depuis "Tout Le Monde Dans La Ronde" (sur le maxi de remix de "Amoureux D'une Enigme" des Sages Po), celui qui n'était pas encore le Météore parlait de fric, de tass et de plier la concurrence avec toujours ce lien presque viscéral au bitume...
Bref, juste (encore) un petit classique. Trois sur la même galette, qui dit mieux ?

Bon alors après, oui, les X-Men ont perdu Hi-Fi, ont perdu le "Men" pour éviter les emmerdes avec Marvel et ont enregistré un "Jeunes, Coupables et Libres" assez décevant (tiens, d'ailleurs, ils l'avaient enregistré au Studio Bonzaï à Colombes à quelques mètres de là où j'ai passé mes 6 premières années, chez un ami de mes parents). Oui, Ill n'a plus jamais été aussi fort (alors que Cass' a gagné en puissance). Mais quand même, aussi décevante la suite de leur parcours a-t-elle pu être, je pense qu'il y a un paquet de MCs qui aimeraient avoir marqué le rap français comme ces trois là l'ont fait.

17 janvier, 2008

Perry Ellis, la saga continue...

Quand Octopus m'a proposé d'écrire avec lui pour le blog je me suis dit : pourquoi pas ? C'est l'occasion de se remémorer de bons vieux souvenirs. Et justement, après avoir écrit un billet (c'est comme ça qu'on dit en langage blogger non ?) sur la compilation "L432", j'ai repensé à ces fameuses Perry Ellis.




Vous vous souvenez de mon pote qui revenait des States avec? Il s'appelait Clément. Il était arrivé dans ma classe en 1997, c'était le "petit nouveau". Moi-même, ayant fait 4 collèges, j'étais pas très "ancien" non plus dans celui-ci. Deux ans j'y ai passé, mon record ! Quoiqu'il en soit, Clément était un vrai fils de riches, pas un fils de riches genre "putain ils ont une voiture neuve !", mais plus dans le style "putain ils ont 2 voitures neuves !!". Riche au point que son grand frère osait mélanger le Nutella à du Camembert dans ses sandwiches ! Quel gâchis… Mais on l'a vite fait entrer dans notre équipe car il était cool, du moins avant qu'il essaye de galocher ma zouz sous un tunnel ferroviaire pendant que je me faisais courser par les condés avec mon pote Momo (on reparlera de lui un jour). Encore une folle journée !


Quand on avait pas cours (ou pas envie d'y aller, "comme ma mère peut m'écouter pour toi je tchatche cool"), on allait chez lui pour se mettre à l'envers et faire nos histoires avec des zoulettes. Mais surtout pour y écouter du son. Il avait une chaine hi-fi INCROYABLE ! Quand on mettait le son à fond, les murs tremblaient. "Ma parole" comme disait Dan ! Quasiment tous les jours en sortant du bahut, c'était direction la FNAC. L'enculé, il avait un scooter (un vrai bolide pour l'époque, le célèbre Nitro) alors Tonio et moi on le rejoignait à pieds là-bas… Et un jour en écoute à une borne, y avait ce fameux CD d'Afro Jazz, "Afrocalypse". On avait déjà un peu entendu parler d'eux via la mix-tape de Cut Killer sortie en 95 (que j'ai mieux écouté par la suite) et leur maxi en 96, mais c'est grâce à "L432" qu'on a vraiment prêté attention à ce groupe.


Alors en voyant cette pochette légèrement surréaliste pour l'époque (wesh l'hélicoptère derrière), on s'est jeté dessus pour l'écouter. Seulement deux casques par borne, dégage Clément ! Ça a était très vite : 5 minutes d'écoute et 120 balles de plus dans les caisses de la FNAC ! 240 plutôt, Clément en avait prit un également.



Afro Jazz "Afrocalypse" (1997)
Island


  1. Intro
  2. Représente
  3. Afrocalypse
  4. La Téci
  5. Guerre Des Nerfs (Feat Suprême NTM & Lucien aka Papalu)
  6. Pénélope
  7. Sucker MC (Feat André "Doc"/Syd)
  8. Mystic (Feat Macka)
  9. Interlude
  10. Strickly Hip Hop (Feat Ol' Dirty Bastard du Wu-Tang Clan)
  11. Paria VS Etat (Feat Lucien aka Papalu)
  12. Pas Vu, Pas Pris
  13. You Can't Stop (Feat Big Red de Raggasonic)
  14. Glou-Glou Play
  15. Sacerdoce
  16. Phrasé
  17. Outro


Direction chez lui, en bus pour nous : nouvelles amendes, fausses adresses données aux contrôleurs (merci les cartes étudiantes bidons), en scooter pour l'autre privilégié. J'insère le CD dans sa putain de chaine et boum ! Nouvelle claque dans la ganache : "Représente". J'ai jamais vraiment été fan de NTM (qu'on retrouve ici en featuring sur le titre "Guerre des nerfs" avec Lucien alias MC Papalu), j'ai toujours trouvé Kool Shen un peu rincé (insultez moi j'adore ça !), mais faut bien dire que leurs "poulains" avaient prit le bon côté du groupe, le côté de Joey quoi ! D'ailleurs c'était surtout ses protégés à lui. Non pas qu'ils gueulaient dans le micro façon Jaguar Gorgone mais Daddy Jokno, Jaeyez et Robo avaient réussi à capter cette énergie.L'album sonnait super cainri pour l'époque, bien plus que leurs concurrents et c'était clairement revendiqué. Y a qu'à les voir sur la pochette, leur dégaine tout droit sortie de Brooklyn façon BCC : boots Fubu, baggys jeans, veste camouflage et blunts à la main. Un délire assumé jusqu'au bout puisque des producteurs américains de renoms (Da Beatminerz, Buckwild et Diamond D) côtoient les Français de la "
maison mère" : DJ Spank, DJ Clyde (ex-Assassin), DJ Max, Joey ou encore le "undergound hero", Daddy Jokno lui-même. Ne manquaient plus que les invités vedettes NTM, le déjanté du Wu-Tang Ol' Dirty Bastard (RIP) ou encore Big Red pour assurer correctement le buzz de cet opus.

Un casting de rêve en partie dû à une signature sur la major Island alors dirigée par le manager de NTM, Terror Seb. Sans doute la raison pour laquelle on les retrouvait sur "L432" sortie quelques temps auparavant sur le même label (merci Seb, qui au passage, plaça sa femme Lady Laistee ou encore Polo). C'était la minute mauvaise langue mais il est clair et net que les membres d'AJ ne manquaient pas de talent. Leur single avec le sale vieux bâtard de Brooklyn était monstrueux !
Je ne me rappelle plus si le clip avait commencé à être diffusé avant ou après la sortie de l'album mais je me souviens qu'il tournait pas mal sur M6 à l'époque. La nuit ok, mais quand même ! Merci Seb… Voilà que ça me reprend ! Tonio et moi, on passait nos nuits fonsdés à écouter nos vieilles K7 qui sautaient toujours au mauvais moment (pas les vôtres ?) et à mater des clips. Celui-ci nous faisait bien kiffer ! C'était pas à la même période que le one-hit wonder québécois KC LMNOP chantait "Ta yeule ! Vis tas vie pis reste en vie" ?


Mais là je m'égare et me rend compte que je n'ai pas vraiment parlé de l'album en lui-même… Bon il faut l'admettre, c'est loin d'être un classique au sens propre du terme. Néanmoins, il a quand même longtemps squatté mon lecteur.
Dix ou onze ans plus tard, je trouve qu'il a bien vieilli, bien mieux que certains de ses collègues. Le fait que l'album ait été enregistré sur NYC y est pour beaucoup je pense. On y ressent la crasse propre aux rues de la grosse pomme, mais version 77-93 ("

de Brooklyn, Aulnay à Melun"). Pas de concession ici, tout le monde en prend pour son grade : l'état, les salopes, les rappeurs en carton… Ça parle de prise de conscience de la jeunesse banlieusarde ou du réveil du peuple noir face à l'oppression. Une chose est sure : c'est ghetto !

Les MCs de l'hexagone ont toujours eu du mal à mélanger Hip-Hop et street : t'étais un scarla ou un zulu. Moi j'ai l'impression que les membres d'Afro Jazz étaient fiers d'être les deux même s'ils se considéraient "strictly Hip-Hop". Mais tout ça, Tonio et moi on s'en foutait, c'qu'on aimait c'était leurs flows qui se mariaient à la perfection et leurs 3 voix imposantes… A l'époque, les cordes vocales musclées c'était bonnard ! Les prods faisaient plaisir à entendre aussi, en pleine suprématie des violons et leurs copains pianos, sampler de la soul et du jazz était un parie risqué.


J'sais pas si l'album s'est bien vendu, en tout cas nous ce jour là, on en avait prit deux. Et tant pis s'il me manquait 100 balles pour une paire de Perry Ellis…

06 décembre, 2007

Le temps des Perry Ellis

Nous sommes en juin 1997. L’époque où dans ma rue ça portait des ensembles Pelle Pelle avec de Perry Ellis aux pieds ! Oh merde ! Perry Ellis ! Vous connaissez ? Cette année là, un de mes potes avait passé ses vacances aux States. Quand il est revenu, il portait un ensemble Fila bleu, blanc et orange comme t’en as jamais dicave par chez nous ! Et aux pieds, il avait ces fameuses shoes. Une paire de chaussures qui ressemblaient un peu aux Stan Smith mais c’était pas pareil... C’était plus cainri ! Il en a pas fallu plus pour que le petit shop du coin se fasse harceler par tous les B-boys de la ville, l’obligeant à en commander pour tout le monde ! Et c’est au cours de cette grande époque pour la mode que le label Island sort une compilation au nom un peu étrange, L432.

L 432 (1997)
Island Records


01. La roue tourne - Expression Direkt
02. Les vrais le savent - Lunatic
03. La monnaie blesse - Polo
04. Rimes et chatiments - Ärsenik
05. Pucc Fiction - Oxmo Puccino & Booba
06. 3 Spliffs et 1 freestyle - Afro Jazz & Lucien
07. Cash Remix - Ideal J
08. La parole est mienne - Casey
09. La d'ou l'on vient - La Squadra
10. 3'30 pour un freestyle - Ekoue / Polo & Casey
11. Le Zedou - Busta Flex
12. L'impact net - Lady Laistee
13. La method - Emmigrands
14. Il boit pas...- Expression Direkt & Abuz
15. Afro Jazz - Afro Jazz

Inutile de chercher un rapport entre le contenu du cd et les quelques lignes inscrites en rouge sur la pochette rappelant ce qu’est cet article du code pénal, il n’y en a pas ! Médisant et grognon que je suis, je dirais qu’on surfe ici sur la méchante vague Hostile qui a déferlait sur le rap français un an auparavant !
Mais, comme dirait Kennedy, "nique sa mère" ! A l’époque, on en avait rien à foutre de tout ça ! Si la qualité était au rendez-vous, les biftons sortaient ! Qui se souciait de savoir si les X-Men pendaient réellement les traîtres ou si Lunatic était un groupe de tireurs fous ?? Personne ! T’avais du flow, du style, on t’écoutait ! Mais la je m’écarte du sujet et prouve aux détracteurs que ces articles sont écrits par 2 vieux cons... Et c’est vrai !

Premier titre première balle ! "La roue tourne". Expression Direkt (soit Kertra, Delta, Weedy et Tintin alias Le T.I.N.), groupe mythique de Mantes La jolie, qui jusqu’ici n’a sorti que des albums (le premier épisode de "Guet-Apens" étant l’exception) bien en dessous de leur énorme potentiel, il faut bien l’admettre ! Si Express D. avait eu la chance de sortir son premier album à l’époque de ce titre et de ses autres classiques du genre de "Dealer pour survivre" ou "Mon esprit part en c…", nulle doute qu’un article aurait figuré ici ! Une prod un brin influencée "west" de Rude Lion, l’Eskwad en renfort (Weedy & le T.I.N.) et Judy au refrain… Que demande le peuple ? On les retrouve également sur la plage 14 avec Abuz sur une prod du grand Mysta D., accessoirement frère de Tepa des Spécialistes. Voilà une combinaison qui a toujours fonctionné, à tel point qu’ils auraient pu se rebaptiser Express D.Abuz ! Que ce soit sur "Guet-apens" ou "L’invincible armada", c’est toujours un plaisir d’écouter cette association. Abuz fait également partie des oubliés du rap français malgré un flow hors du commun. Il n’aura jamais la reconnaissance qu’il aurait du recevoir et depuis s’est lancé dans une espèce
de porno-music sous le pseudo de Ricardo Malone. Les auditeurs sont parfois cruels…

Comment présenter le groupe qui suit... Lunatic ce n’est finalement que deux titres en 1996 et 1997 et un album qui arrivera quelques années plus tard. Deux titres d’anthologie qui ont tenu en haleine tout le microcosme Hip-Hop ! Oui je sais il y a également eu "Tout le monde dans la ronde" avec les Sages Po’, les freestyles et le maxi avec Time Bomb mais il faut bien le reconnaître, ce qui a fait l’histoire de ce groupe météore ce sont bien ces deux titres. Je parle évidemment des morceaux "Le crime paie" présent sur Hostile et "Les vrais savent" qui apparaît sur celle-ci donc. (encore cette compile !)

Booba, Ali. Le premier de Boulogne, le second d’Issy. Ali la tête, Booba les jambes diront certains ! Jaloux ! A l’époque, c’est grâce à vos langues que le monsieur avait les fesses propres, notamment pour des titres comme "Pucc’ fiction" que l’on retrouve ici. Un casting à la "Heat", un scénario à la Scorcese sur une prod magnifiquement réalisée par Monsieur DJ Mars. Y’a pas grand-chose à raconter la dessus : Ox’ est un story-teller des plus talentueux et Boobs le petit grain de sel qu’il fallait. A l’origine, cette instru était destinée à accueillir les lyrics du "Crime paie". Bien en a pris à Mars de travailler sur celle-ci un soir avec B2o ! Qu’auraient donné ces deux chansons sans les prods auxquelles on les associe ?

Avant d’être celui qu’il est aujourd’hui, Booba est passé par la plupart des grandes équipes de son époque, de manière officielle ou officieuse : danseur pour le Coup d’Etat Phonique (je crois même que c’est Guégué qui l’incita à rapper), recrue discrète du Beat 2 Boul, C2 La Balle de Ziko (ex-Brigadier), Time Bomb et 45 Scientific pour finir. Les fans pleurent ce groupe qui ne se reformera JAMAIS et espèrent toujours que les bandes de leur album mort né de l’époque Beat 2 Boul refassent surface !

Après Lunatic, deux noms qu’on avait déjà pu lire sur le back d’Hostile. Polo et Ärsenik. A l’époque, des rappeurs, y en avait pas encore 50 par bâtiment donc fatalement, les tracklistings se ressemblaient. Mais qui va se plaindre d’entendre trop de bons titres ?? "Polo ? C’est qui ?". Si t’as moins de 20 piges je te pardonne. Polo c’est un seul et unique maxi, "Panne sèche", l’un des titres phare de la compilation du petit label à la grenade. "La monnaie blesse" sur celle-ci est un très bon morceau mais loin d’égaler "Panne sèche" avec son refrain catchy qui fit sa gloire et ce, malgré une jolie prod signée Dj Clyde & Max. Et puis plus rien ! Disparition du bonhomme ! Enfin presque. "3’30 pour un freestyle" ou comment remplir un tracklisting l’air de rien. Je n’ai pas vraiment envie de parler de ce titre. Ekoué est un très grand MC, son flow unique proche du parlé est un de ses atouts car bien évidemment, Ekoué c’est avant tout la conscience politique du rap français au sein de La Rumeur, raison pour laquelle l’utiliser uniquement pour un freestyle me fout en l’air !
Bref passons aux gars du 6ème Chaudron...
Il y a 10 ans, Villiers-le-bel brûlait déjà sur une instru démoniaque signée Djimi Finger accompagné de deux pyromanes nommés Lino & Calbo. "Rimes et châtiments" est dans la lignée de ce qu’Ärsenik avait livré précédemment : sombre, "sponsorisé par les pompes funèbres" tout comme l’étaient "Ball-trap" ("L’art d’utiliser son savoir") et "L’enfer remonte à la surface" (encore et toujours "Hostile" !). De la punchline en veux-tu en voilà ! Les frangins revinrent quelques temps après épaulés par le Secteur Ä, pour sortir un album complètement différent de ces 3 titres mais qui n’en fut pas moins un classique qui se transforma directement en B.O. des cités françaises ! Depuis, Lino, resté parmi les rappeurs favoris de ton rappeur favori, nous à quand même déçu en solo, sans parler du second effort du duo qui est carrément passé la trappe. On attend quand même impatiemment le troisième parce qu’on les aime bien et puis sans eux, qui connaîtrait René Lacoste hein!?


Joeystarr est aux manettes et donne également de la voix sur un titre. Normal, Afro Jazz c’est un peu ses poulains. Durant son histoire, NTM a "pistonné" deux groupes, Afro Jazz donc, et leurs propres backers les Psykopat. Revenons vite à AJ tellement je trouve faibles les P.S.Y.K.O ! "3 spliffs et 1 freestyle" est un titre décevant venant d’eux. Bien que la musique signée Lucien soit intéressante, les lyrics sont vraiment moyens. Heureusement que plus loin "Afro Jazz" nous rassure. Ce titre présent sur leur maxi éponyme est un pur égotrip, un exercice de style et de flow à la Wu-Tang dans la lignée de ce que vont donner par la suite Daddy Jokno, Jah Eyez et Robo avec "Afrocalypse" la même année. Deux ans plus tard, alors amputés de Jokno, les deux larrons nous balanceront dans les bacs un "AJ-1" bien décevant.

"Un jour j’ai dis et si Dieu veut tu verras, je l’enverrai au deblé faire ses beaux jours dans une villa y’a quoi !?". Kery James, Kery James... Tu m’as tellement déçu. Heureusement qu’il reste des titres comme "Cash remix" derrière toi. A l’époque, DJ Mehdi était l’un des meilleurs beatmakers de France ! Cette mélancolie qui se dégageait des morceaux produit pour la Mafia était fabuleuse, du Mobb Deep à la française ! Tout ceux qui ont connu les débuts de Different Teep ( wesh Lil’Jahson t’es où ?) ou Idéal J ne peuvent me contredire. Depuis Mehdi s’est mis à l’électro (mouais) et Kery bah... On sait pas trop ! Depuis la mort de Las Montana (membre d’Intouchable, groupe apparemment maudit qui se fera également arracher Mamad quelques années plus tard) durant la tournée du classique "Le combat continue", c’est un jour "J’vais pas leur dire c’qu’ils veulent entendre", le lendemain ça balance des "thuuuug life" et prend des poses de voyous. Et aujourd’hui Monsieur ose prétendre qu’on ne le soutient plus, nous les anciens auditeurs d’Idéal Juice parce qu’on est mauvais et jaloux ! Mec, pose-toi la question une seconde : c’est pas parce que t’aurais pas un peu régressé ?

A eux deux, Rocca et Daddy Lord C forment La Squadra, noyau dur du légendaire groupe La Cliqua. L’un des groupes, avec le Ministère Ämer les plus indignement oubliés par la nouvelle mais également l’ancienne génération de rappeurs et auditeurs. Ce titre, comme tous les autres de l’époque, est une bombe ! Normal, Lumumba quoi ! Suis-je impartial ? Nan, fan ! Même pas honte en plus ! "Là d’où [ils viennent] Dieu n’a pas mis les pieds". Sûrement. Mais forcé de constater que si Dieu n’y a pas foutu une patte, la fée du Hip-Hop a du se pencher tellement sur leur berceau quand ils étaient bébés qu’elle y est tombée ! La Cliqua, c’était 10 ans d’avance niveau flow.

Et justement, s’il existait une école du flow en France, Busta Flex en serait l’un des principaux enseignants. Il faut dire qu’il a été à bonne école avec Lone. Alors quand 3’37 après la fin du morceau de La Cliqua (comme ça on évite de passer par la plage 10), Flex Baba compare son album à un zedou sur une prod de ce dernier, on se prend une méchante gifle dans la face et on attend avec impatience que le dealer du coin nommé FNAC nous le bicrave ! Je me souviens qu’à l’époque sa promo se faisait via des k7 audio sur lesquelles figuraient uniquement le single "J’fais mon job à plein temps". On s’fait vieux...

Deux artistes féminins sur une même compilation : pour l’époque c’était beaucoup ! Aujourd’hui encore en y réfléchissant...

D’abord Casey, la meuf de Dooeen Damage, le label de l’ex Requin Vicieux Maurice et de B-Love, à qui personne n’oserait foutre la main au cul ! Une vraie caillera ! Un bonhomme en string mais aussi l’une des meilleures rappeuses françaises. C’est vrai qu’en même temps, on les compte sur les doigts de la main. Elle fut invitée par NTM sur leur dernier album, invitation qu’elle déclina car ne venant pas directement d’un des membres il me semble. La classe quand même ! Ce n’est qu’en 2006 qu’on put la retrouver sur un long format, toujours chez DD. La femme est de nature fidèle ! Haha !
La mygale ensuite... On a affaire ici à l’un des seuls titres corrects de la Lady ! Son premier album (le second n’ayant pas le droit de citer chez moi) étant une merde sans nom. Bam ! Et non je ne suis pas misogyne Mesdames, juste un fin connaisseur et un auditeur exigeant !

Ah j’ai pas parlé du titre des Franco-Américains Emmigrands ! Donc... Personne me paye pour écrire ici, pourquoi parler de ce que je n’aime pas alors ? Héhé ! Non sérieusement, y’a rien de spécial dans ce morceau. Pas mauvais mais banal, noyé parmi des classiques. Et puis le franglais m’a toujours fait chier. K-Maro n’a rien arrangé à ça ! Oh je vous vois venir, je ne mélange pas les torchons et les serviettes, je détends mes lecteurs après une review peut-être ennuyeuse ! Non ? Merci !

1997 – 2007. Ca fait long. Malgré ça, la plupart des morceaux n’ont pas prit une ride, contrairement à moi qui collectionne les cheveux blancs bien que je n’ai toujours pas soufflé ma 25ème bougie. L432 est une compilation qui a marqué son époque, avec, il est vrai, moins d’impact que ses grandes sœurs "Hostile", "Invasion" ou encore "L'Invincible Armada" (album de producteur on dit aujourd’hui). Néanmoins, toute personne se réclamant fan de rap français se doit d’en posséder un exemplaire ! A bon entendeur...

28 octobre, 2006

La Sauce avant la fuite

Busta Flex "Kick Avec Mes Nike" (1996)
La Sauce Production
1. Kick Avec Mes Nike
2. Aïe Aïe Aïe
3. Hiphopcryt
4. La Prison
J'ai pas tellement parlé de Busta jusqu'ici, pourtant quand j'étais ado j'étais dingue à chacun de ses couplets. Je l'ai découvert comme beaucoup sur le premier album de Lone où il assurait plus que le sparing partnership de celui qui l'avait découvert. Il avait bien fait un morceau avec son frère Jimmy sous le nom de Original Blue Fonk sur la première mix-tape "Freestyle" de Cut Killer mais comme je n'ai jamais eu l'occasion de mettre la main dessus...
L'album de Lone m'ayant traumatisé (pour être sincère, les apparitions de Busta m'ayant traumatisé), j'attendais le premier maxi de celui qu'on considérait à juste titre comme la fraîcheur incarnée avec impatience. Je crois que j'ai acheté ce maxi à Tikaret, à la toute fin du magasin... mais je me plante peut être complètement et ça serait alors à LTD. J'avais traîné pour aller à Chatelet et je me demandais si j'allais encore en trouver... J'ai pris le dernier !

Quatre titres, tous produits par Lone à l'époque où il était pas encore parti en courant quand Busta (Valéry François de son nom civil) eût ses embrouilles à Rennes avec Express D suite à une rime malheureuse dans un freestyle (une histoire de "style tellement fort que même les musulmans mangent du porc" en gros), mais si vous savez bien, "le 20 mars 97 ça a bardé !". Moi j'aimais bien cette période là, c'était les débuts d'Homecore qui faisaient des sapes mortelles, à un prix évidemment prohibitif, surtout quand on a 15 ans (un sweat c'est 5 albums, le choix était vite fait).

"Kick Avec Mes Nike" donc. Le titre éponyme est bien évidemment un egotrip où Sta-beu démontre qu'il est un rappeur hors norme, fan de Redman bien sur, mais avec un feeling unique. Encore aujourd'hui, l'énergie qui se dégage du morceau est assez bluffante. La prod du "gitan cosmopolite" est discrète, musicale et sait s'effacer pour laisser au MC la place de libérer son exubérance.
Tiens, j'en profite pour lancer une question en l'air : pourquoi avoir censuré certains passages du morceau ? Il aurait suffit de mettre comme ça se fait souvent une version radio et une version non éditée... Petit bras sur ce coup-là.

J'ai toujours eu une petite tendresse pour le second titre de la première face, ce "Aïe Aïe Aïe" pourtant nettement plus faible que les trois autres. D'une part pour le clin d'oeil à "Fugee-La" des Fugees dont j'ai toujours été fan, de l'autre pour le clin d'oeil aux parkas Helly Hansen "couleur papaye" à la mode à l'époque et que j'ai regardé avec beaucoup d'envie (j'avais fini par trouver un coupe vent de la même marque bleu et blanc assez mortel pour une misère... mais absolument pas ventilé, très classe les marques de transpiration quand on l'enlève). Bref, amusant ce petit morceau sur les videurs et vigiles.

La face B s'ouvre sur le titre que j'ai du le plus faire tourner à l'époque, "Hiphopcryt". J'étais dingue des voix en entrée (si quelqu'un sait d'où ça vient, je suis preneur), je kiffais les encouragements de Lone avec la voix traffiquée et on retrouvait le Busta egotrip et arrogant que j'appréciais tant. C'est vraiment dingue toute l'énergie que ce mec pouvait déployer sur un titre... Alors oui, effectivement, il a jamais fallu trop lui en demander niveau fond mais niveau forme, pour l'époque c'était sans commune mesure (et encore, je trouve que ça vieillit pas si mal malgré quelques trucs très faciles).

Finalement, quand on regarde bien, les deux faces du maxi sont composées de la même façon : un premier titre "single" égotrip suivi d'un second plus axé "story telling" comme le prouve ce "La Prison" qui, et je m'en étonne encore, n'était pas si mal écrit. Bon, c'est sur, ça transpirait pas le vécu et pour un mec qui raconte qu'il a passé 5 ans au ballon et que tout le monde l'a zappé, je le trouve bien guilleret... sûrement un manque de maturité, mais c'est justement ce coté chien fou qui faisait tout le charme du bonhomme.

Ensuite, comme je le disais, y a eu l'embrouille avec Express D et Flex s'est retrouvé tout seul avec son frangin jusqu'à ce que Kool Shen le prenne sous son aile et en fasse le fer de lance de son nouveau collectif : IV My People. Et puis forcément, ils s'embrouilleront. Et Busta ira trouver refuge un temps auprès du Comité 2 Brailleurs avec qui il finira également par se fâcher. Après la naïveté "keep it real hip hop" de son premier album, après un EP plus typé "street", il s'essaiera à un album bounce qui ne fera un bide. Depuis c'est l'éternel retour, sans jamais convaincre... Sûrement parce que le 20 mars 1997, ça a bardé... et que ça a cassé quelque chose en lui, mais là je fais ma Mireille Dumas du pauvre (vous imaginez le truc ?) donc je vais m'arrêter là.

Et pour le coup, je vais mettre les 4 titres en écoute !

PS : il est tard, j'ai la flemme de descendre à la cave pour aller chercher le maxi et scanner le sticker donc pas de pochette pour l'instant.

Petit label deviendra grand

VA "Hostile Hip Hop" (1996)
Hostile Records
1. Arsenik - L'enfer remonte à la surface (5:24)
2. X-Men - Pendez les, Bandez les, Descendez les ! (3:38)
3. 2 Bal Niggets feat. Niro - 3 fois plus efficace (4:07)
4. Polo - Panne Sèche (Halloween Rmx) (4:30)
5. La Clinique feat. Les Sales Gosses - Tout Saigne (4:13)
6. Sté Strausz - Plus d'idéal (4:26)
7. Teemour - Pas mieux demain (3:58)
8. Lunatic - Le crime paie (5:01)
9. Aktivist - Cauchemar (3:36)
10. Da Maad Fungusth - Les spots bleus (4:10)
11. Les Rongeurs - La chasse est ouverte (4:32)
12. Boss Raw - 1 million de cailleras (5:04)
Cette compile, je me souviens parfaitement quand je l'ai achetée... Enfin pas la date précise mais plus les circonstances. J'étais en seconde (1996), ça devait être à la fin de l'hiver vu qu'il faisait plutôt bon... On avait du passer le week end à écouter le vinyle chez Loïc (son frangin avait du mal cacher les cellules) et il me fallait ce disque. J'avais réquisitionné un pote de classe qui avait un booster ('tain impossible de retrouver le nom du modèle... il était rouge et blanc avec une sorte de damier façon formule 1 devant) pour m'emmener aux 3 Fontaines un midi. J'étais revenu au lycée à la bourre mais super content de mon achat. Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux...

J'ai remis le CD sur la platine tout à l'heure et l'impression est la même qu'à l'époque : y a pas à chier, la première moitié est vraiment incomparablement meilleure. Et puis en fait, les 2 premiers tiers sont vraiment biens ou étaient les classiques de l'époque.

Les frangins d'
Ärsenik (alors encore accompagnés de leur cousin Tony Truand) n'avaient fait que "Ball Trap" (quelle claque ça) et avec "L'Enfer Remonte A La Surface" ils étaient catalogués "horrorcore" (pour ceux qui connaissaient le terme, sinon c'était plus "ouais les mecs avec le délire chelou façon cimetierre là"). N'empêche que c'était encore un nouveau style qu'on se prenait dans les gencives. Quand l'album "Quelques Gouttes Suffisent" est sorti, beaucoup avaient été déconcertés de ne pas retrouver l'ambiance macabre et sadique de ces deux premiers morceaux. Ils se sont toujours défendus d'avoir voulu faire de l'horrorcore et bien les en a pris globalement.

Ensuite, y avait les rois du freestyle radio, les
X-Men (encore à 3 avec Hi-Fi). Comme à l'époque, je trouve que ça rappe vraiment dinguement (si si ça existe), il y a des phases qui sont marquées dans mon crâne minuscule en lettres majuscules (yo rap)... mais la prod me gonfle toujours autant. "Pendez-Les, Bandez-Les, Descendez-Les", c'est quand même pas la panacée niveau prod et ça m'a toujours empêché d'être vraiment fan du morceau.

Surtout que juste après, y avait mon groupe préféré sur la compile : les
2Bal Niggets, qui plus est au grand complet puisque Krokmitten pose comme toujours (mais trop rarement) un couplet totalement halluciné. A l'époque, je me souviens que la plupart des mecs à qui je parlais étaient persuadés que ce titre là ("3x Plus Efficace") était sur l'album de 2Bal de 2Neg'. Et ça doit toujours être le cas aujourd'hui... C'est vrai quoi, quelle idée d'avoir foutu le morceau éponyme de leur album sur une compile ? Ben c'est pas si con, ça fait de la pub ! Et quel morceau en plus... Après ça, on ne retrouvera plus la rage et la fraîcheur des jumeaux, de Krok' et Niro que sur la B.O. de "Ma 6-T Va Crack-Er". Déjà le début de la fin... Une chose est sure, quand on se prenait ce morceau en live dans la tête, la salle devenait dingue. Il me semble que c'est après ce morceau qu'Eben avait dû descendre calmer quelques excités à la Clé à St Germain...

On ne s'en souvient guère aujourd'hui mais à l'époque, le premier gros hit underground de la compile (qui en recèle plus d'un au final), c'était "
Panne Sèche" de Polo. Un illustre inconnu. La prod était sombre, propre et efficace. Le MC quant à lui, aujourd'hui, j'ai un peu de mal à tout à fait bien comprendre pourquoi on s'était excité comme ça sur lui. Ok le refrain rentre dans la tête dès la première écoute ("Click click, je n'ai plus de balles / J'ai vidé mon chargeur je me sens mal"). Il y a une vraie ambiance sur le titre mais niveau flow, c'est assez banal. Même chose pour les lyrics. Merde, je me sens con à plus me souvenir ce qui avait rendu dingue les gens... qui en attendaient beaucoup ! Après, une autre grosse compile de l'époque ("L.432"), Polo a disparu de la circulation. Il était question qu'il fasse partie du Black Taga, ce "super" crew qui devait regrouper Joey Starr, Solo et Polo... qui n'a jamais vraiment eu d'existence en dehors de quelques dédicaces.

Et là dessus, on se mangeait le single "grand public" (tardif) de la compile : "
Tout Saigne" de La Clinique avec les Sales Gosses. Ils auraient surement gagné à être plus clairs sur qui était qui et qui était dans quel groupe parce que c'était le merdier. Pendant longtemps, on a cru que Doc Gynéco (que personnellement, j'ai eu du mal à reconnaître au début, sa voix étant plus grave que d'habitude et son nom brillant par son absence sur les crédits du morceau) faisait partie de la Clinique alors que non, c'était juste leur "grand". En réécoutant la plage 5, et malgré le succès de "Playa", je pense que Papillon et Charlie Waits (Les Sales Gosses) auraient gagné à plus s'affirmer individuellement quand on voit le bide que leur album a fait l'an dernier. N'empêche qu'il est toujours super sympa ce titre, le refrain se fredonne immédiatement comme si on l'avait écouté la veille et l'ambiance légère bien connard qui s'en dégage rend le morceau définitivement attachant.
On retrouve cette atmosphère décontactée sur "
La Chasse Est Ouverte" des protégés de Stomy, les Rongeurs, que je redécouvre avec plaisir curieusement. La basse est bien grasse, les claps bien funkys et les deux zouaves arrivent à me faire marrer dans leur délire crève-la-chatte. Quelque chose me dit que quand ils parlent de fourrer, ils ne parlent pas de taxidermie...

Une ambiance qui tranche avec la gravité d'un autre gros succès underground (ça me fait marrer d'utiliser ce mot) de l'époque, "Pas Mieux Demain
" d'un autre inconnu, Teemour. C'est marrant comme 10 ans après, la mise en scène du morceau est douloureusement toujours d'actualité. On avait eu "Sacrifice de Poulet" par le Ministère AMER sur la B.O. de la Haine, très premier degré, impulsif... et là on a un peu son opposé. L'émeute de cité vue de l'oeil désabusé d'un banlieusard, un panorama froid d'une situation à haut risque (t'as vu le style "journaliste de presse Hip Hop" ? la classe hein). N'empêche que j'étais pas fan de sa façon de rapper au Teemour : trop articulé, trop maniéré même si je lui reconnais une interprétation cohérente avec son sujet pour le coup.
Je me souviens qu'il y avait eu grosse enflammade sur le lascar à l'époque, Cut Killer était super fan... et puis son album a fait un flop. Je me souviens encore du clip genre plan séquence qui tournait en boucle sur la 6 (c'était pas mal fait ça, sans doute l'influence du grand cinéaste Djibril Diop qui était de sa famille proche). Et puis plus rien jusqu'à ce qu'on fasse les bacs des boutiques d'occaz.

Et puis il y avait "
Le Crime Paie" de Lunatic, classique d'entre les classiques. Après avoir dansé avec le Beat' 2 Boul', après avoir enregistré un album ches les Sages Po' (pas encore sorti... mais peut être qu'en regardant du coté du Canada dans les prochains mois, on pourrait le voir resurgir) le duo s'en était détaché pour rejoindre Time Bomb et développer une image beaucoup plus sombre que ce qu'on avait pu entendre d'eux (enfin ce qu'on avait pu entendre de Booba, sur "Tout Le Monde Dans La Ronde" le morceau inédit présent sur une des deux versions du maxi "Amoureux d'Une Enigme" des Sages). Jusqu'à "Hardcore" d'Ideal J, je ne crois pas qu'un titre ait autant marqué les gens que "Le Crime Paie", Ali et Booba se complètent parfaitement et même si B2O forçait encore trop son coté "j'ai la tronche tordue parce que je suis un méchant", c'était sacrément fort. Forcément, ça a un peu vieilli mais chaque rime annonçait la qualité d'écriture future des pensionnaires du Pont de Sèvres.

A coté de ça, la Mafia Underground (
Da Maad Fungusth - y a pas idée de prendre une blaze pareil - et Sté Strausz) tentait une nouvelle percée sans succès auprès du public (alors que mine de rien, le morceau de "j'ai un nom à coucher dehors" était vraiment pas si mal). Il faut dire que le public avait beaucoup de mal à reconnaître le talent de Sulee B. Wax depuis qu'il s'était mis à photocopier (avec succès) les Ricains. Flèche Bleue (d'Aktivist), quant à lui, forçait trop le trait dans "Cauchemar" et ratait surement là une occasion de faire mieux connaître le label Phat Cratz. Too much également, Boss Raw (proche d'Assassin) qui concluait passablement la compile avec son "1 Million De Cailleras", sauvé par le refrain "délicaillera" interprêté par Karl.

Dix ans après la sortie, le petit label rock qui tentait l'aventure Hip-Hop et se faisait le tremplin de la nouvelle école de l'époque est devenu LE poids lourd des écuries rap français. Joli chemin parcouru même s'ils m'ont perdu en route (et ça a été un moment très dur à vivre pour eux j'en suis conscient). Si j'ai bien tout suivi, cet anniversaire est commémoré par la réédition de la compile (remasterisée pour l'occasion), une bonne opportunité de compléter la collec' si on l'avait pas parce que, mine de rien, c'est une sacrée pièce. Alors oui, très certainement, et plus que pour d'autres disques, c'est sa portée historique qui fait l'intérêt de "
Hostile Hip-Hop" (beaucoup de titres ayant pris un coup de vieux) mais bon, ici on est nostalgiques et on l'assume alors keskonenahafout' hein ?

La sélection du cru : "
Le Crime Paie" par Lunatic forcément, La Clinique, Les Sales Gosses et Doc Gynéco pour "Tout Saigne" et un petit coup de "3x Plus Efficace" des 2Bal Niggets et Niro. Je me fais plaisir...

17 octobre, 2006

Conçu pour ne pas durer

La Cliqua "Conçu Pour Durer"(1995)
Arsenal / Night & Day
1. Intro (Jelahee / Le Chimiste)
2. La Cliqua - Tué Dans La Rue (Rocca, Egosyst, Daddy Lord C, Doc Odnhok / Le Chimiste)
3. Rocca - Comme Une Sarbacane (Rocca / Le Chimiste)
4. Coup D'Etat Phonik - Dans Ma Tête (Doc Odnhok, Egosyst / Lumumba)
5. La Cliqua - Freestyle (Rocca, Egosyst, Daddy Lord C, Doc Odnhok / Lumumba)
6. Daddy Lord C - Toujours Plus Haut (Daddy Lord C / Le Chimiste)
7. La Cliqua - Conçu Pour Durer (feat. Lyon S) (Doc Odnhok, Rocca, Daddy Lord C, Raphaël, Egosyst, Lion S / Lumuba)
"En direct de la Fourche, touche à mon emblême et je t'enfourche !" - Rocca, sur le morceau collectif "L'Underground S'Exprime Chap.1" instigué par Assassin.
Ouais ok, ça veut pas dire grand chose, on sait pas ce qu'est son emblême mais au moins on sait qu'il vient du 18ème. C'est un peu l'arnaque d'ailleurs parce qu'à part la Squadra (Rocca et Daddy Lord C), ils venaient tous de Boulogne, Pont de Sèvres il me semble. En tout cas, Egosyst (Guégué pour les intimes, Arafat aujourd'hui quand il rappe avec IMS), Doc Odnhok et Raphaël étaient du 92 plus que de Paris 18.

Depuis les premiers maxis de Daddy Lord C (et le désormais classique "Freaky Flow 1995 Remix"), on l'attendait ce premier disque de la Cliqua. Et c'est même pas un album. Commençons par exorciser une frustration : je suis passé devant le vinyle de "Conçu Pour Durer" des dizaines de fois, à chaque fois je me suis dit en voyant le vinyle translucide "je le prendrai une autre fois, je préfère acheter un disque que je n'ai pas déjà". Et puis finalement je l'ai jamais acheté et aujourd'hui, il se deal à des prix complètement dingues. Voilà, c'était la minute du collectionneur aigri.

Je me souviens qu'au début, c'est (encore et toujours) Loïc qui m'avait mis "Tué Dans La Rue" sur une cassette. Enorme gifle immédiate et définitive, la prod jazzy, la diversité et l'originalité des flows, l'ambiance générale du track... Un modèle du genre, encore aujourd'hui à mes oreilles. La première grande force de ce disque, c'est son ambiance. Les p'tits gars à la prod (en l'occurrence Le Chimiste, aujourd'hui reconverti dans la réalisation de documentaires et Lumumba) ont du pas mal écouter le grand frère new-yorkais, c'est crasseux, poisseux, collant, dur et sincère. Oui oui, rien que ça. C'est court et c'est bon (pour une fois, désolé mesdames).

Quant aux MCs, à l'époque, je ne vois pas qui pouvait rivaliser avec le duo de la Squadra (Rocca et Daddy Lord C). Le premier, petit Colombien à la voix rocailleuse est capable de placements incroyables et ses incartades en espagnol lui donnent un charisme incontestable. Le second, tout en swing, en aisance domine la discipline comme il dominera la boxe professionnelle française quelques temps plus tard. Quand les deux partagent le micro, c'est ce qu'on fait de mieux en matière de duo : les voix se marient parfaitement et les pass pass fonctionnent à merveille. La complémentarité en matière de rap à l'état pur.
Les autres, forcément, sans démériter, restent un cran derrière. Raphaël n'a pas plus de 16 ans et ne pose sa voix braillarde que ponctuellement et Doc Odnhok (Kohndo aujourd'hui) est encore trop fouillis pour convaincre. Reste Egosyst, Guégué pour la postérité, qui joue plus que les sparring partners pour les heavyweights précités. Il influencera d'ailleurs plus ou moins directement toute une scène active aujourd'hui.

Majoritairement égotrip, ce manifeste new school (avant même les guéguerres commercial/underground, il y a eu cette dichotomie inutile old school/new school... là n'est pas la question comme disait Rocca) n'a guère d'autre ambition que de montrer que le posse du Fourchlin Zoo en a largement sous le pied pour faire taire la concurrence. La rue, la rue parisienne si particulière imprègne les textes des 5 MCs. Il n'est pas question de jouer à celui qui a la plus grosse, qui est le plus gros tueur, la plus grosse caillera, juste de revendiquer un attachement à un environnement particulier. Une seule prétention : froisser des micros et là dessus, il y a consensus à l'époque : ils sont au top. Pourtant, Clark pourrait jouer les bad boys sur disque sans qu'on y trouve à redire, la réputation des Black Dragons (chasseurs de skins émérites et bande mythique des années 80-90) parlant pour lui.
Sept titres seulement, 120 francs à l'époque (je me souviens, 20 balles le titre, ça m'avait fait mal... jusqu'à ce que je pose le disque dans ma mini chaine Aiwa). Les photos d'Armen dans le livret. L'intro intouchable. "Sarbacane", le hit underground. Ce disque est une pièce maîtresse du rap français. Y a pas à chipoter.
Bon la suite a été nettement moins glorieuse que le fut ce EP et la tape que Cut Killer leur consacra. Après une compilation présentant leur label Arsenal (on aura surement l'occasion d'en reparler) et quelques compilations (dont Invasion), les rats quittent le navire. Guégué quittera Kohndo pour aller fonder IMS, Kohndo ira voler de ses propres ailes (et se fera copieusement allumer sur le maxi "Pas De Place Pour Les Traîtres") et les trois survivants auront toutes les peines du monde à sortir leur premier vrai album. Il arrivera d'ailleurs trop tard (c'est ça de venir en licorne aussi...) et malgré une production solide de Gallegos, il peinera à convaincre le public. Déçu par l'accueil et aigri que le succès d'estime ne se transforme pas en disques vendus (surtout à une époque où le rap français sait vendre gros), la Cliqua se sépare et chacun vaque à ses activités en solo.
Rocca continue à sortir des solos qui ne reçoivent pas non plus l'accueil escompté malgré certaines qualités et il décide de s'expatrier aux Etats-Unis et en Amérique latine avec son groupe Tres Coronas qui rappe en espagnol. Daddy Lord C se consacre un temps à la boxe et devient même champion de France professionnel avant de reprendre le micro... Il sortira un solo des plus décevants et il figure parmi mes plus grandes déceptions en matière de rap quand j'entends ce qu'il peut faire aujourd'hui. Quant à Raphäel, il évolue sous le pseudo de Raphton au sein du crew THC proche d'Audiomicide.

Bon, c'est la reprise là, j'aurais pu faire mieux mais faut que je me remette en jambes ! Bon, et pour le son, c'est comme avant, toujours dans la radio blog juste en haut à droite là.